‹ Une cigale au Salon de 1884Chapitre 14 sur 53 · NYMPHE QUI PLEURE · texte numérisé non relu

NYMPHE QUI PLEURE

Tu caches dans tes mains ta tête, Jeune nymphe ; pourquoi pleurer?

Conte-nous ce qui t'inquiète ; Pourquoi tant te désespérer?

Qpand le soleil luit sur la terre, Pourquoi, dans un coin solitaire.

Près de Tarbre viens-tu gémir?

Qpand on est jeune et qu'on est belle, La douleur n'est pas étemelle ; Le temps vient toujours l'endormir.

Dis-nous ton chagrin, ô mignonne, Dont le corps a tant de blancheur, Qpe le bois entier en rayonne Et te garde comme une fleur, Comme une fleur si délicate, Qu'on la contemple et qu'on là ^ktt^ Qyànd son bourgeon vient à pousser.

Est-il donc une âme inhumaine Qyi put te faire de la peine, Qyand tous voudraient te caresser?

NYMPHK Ql!I PLi:UKE

As-tu perdu dans le bocage

Un de tes oiseaux favoris,

Qyi recherchait ta main pour cage,

Et quêtait ton gentil souris.

Tu l'as rencontré sur ta route,

Ce matin, couché mort ; sans doute

Tu regrettes le malheureux

Oiseau, dont la voix est éteinte.

Qui ne voudrait mourir sans crainte

Étant pleuré par de beaux yeux?

Peut-être aussi qu'un fier jeune homme Parla-t-il, prés de toi, d'amour, Pour une belle qu'on renomme; Pour sa grâce et pour son humour.

A la beauté tu viens de naître ; Tu n'auras bientôt qu'à paraître Pour être adulée à ton tour ; Tu verras chanter les poètes ; Les peintres prendront leurs palettes Afin de te faire la cour.

Sois fière; ta grâce naissante Promet des triomphes prochains ; On aime à te voir innocente Et le visage entre les mains.

Ton mal n'est pas bien grand, fillette ; Ton cœur pour un rien s'inquiète ; Tu feras autrement souffrir, Plus tard, quand ta coquetterie

Jettera, parmi la prairie.

Un mal difficile à guérir.

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