‹ Une cigale au Salon de 1884Chapitre 23 sur 53 · OPHÉLIE · texte numérisé non relu

OPHÉLIE

Ib retirent de l'eau, doucement, cette épave,

Ce corps blanc qui flottait enguirlandé de fleurs ;

Ils éprouvent, grossiers, un recueillement grave ;

Le visage est resté, malgré la mort, suave;

Sans voix, il semble dire aux vivants ses malheurs.

A quoi bon pour mourir ainsi s'être parée,

Lorsqu'on a dans la vie une place à tenir ;

Lorsqu'on n'a qu'à paraître afin d'être adorée ;

Qiioi donc peut obscurcir, à jamais, l'avenir?

Un drame épouvantable aussitôt se présente

Et vient sinistrement effrayer les esprits ;

A quoi bon se noyer lorsque la lèvre chante

Et que la bouche encor conserve un doux souris !

Hélas, on sent ici la raison envolée.

Quelle terrible histoire! Écoutez, matelots,

Et vous saurez pourquoi la pauvre âme troublée

S'est couverte de blanc et puis s'en est allée

Comme un rameau de fleurs se perdre dans les flots.

Page 1