‹ Une cigale au Salon de 1884Chapitre 28 sur 53 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Elle n'a pas vingt ans; quelle douleur profonde, On devine, en voyant cet être infortuné, Lasse sur le chemin» sans appui dans ce monde. Elle a péché : son cœur^aimant fut entraîné; Elle tient dans ses bras un enfant nouveau-né : Est-ce pour éviter la honte à sa famille, Qu'elle fait, qu'elle prend le sentier détourné? On frémit en songeant où va la pauvre fille!

Sans doute un joli gars, épris de Tenfant blonde, Dans les prés tout en fleurs, près d'elle aura tourné Dans les jours de printemps quand le soleil seconde Les amoureux ; son corps doucement amené Se sera, frisonnant, enfin, abandonné; Il disait : « Rien ne vaut ton regard qui pétille! » Elle est mère ; il est loin, l'amant par trop aimé. On frémit en songeant où va la pauvre fille !

Qye faire? que faut-il partout qu'elle réponde? Le monde, elle le sait, a toujours condamné Sa faute ; le mépris est partout à la ronde.

Le séducteur, heureux, sourit environné De tous, son parler est toujours passionné.

Le péché n'est pour lui qu'aimable peccadille! Et le malheur est là, peut-être irraisonné.

On frémit en songeant où va la pauvre fille !

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