PRÉFACE
J'ai fait connaissance du D*' ehan Vellard, en 1928, d Rio-de-Ÿaneiro. Après avoir collaboré de longues années à l'Institut de Butantén (État de Säo Paulo) avec le D' Vital Brasil, et fait de remarquables travaux sur les vemns, il avait accepté de continuer ses recherches à l’Institut similaire de Nictheroy. Le Professeur Caullery, qui se trouvait également en mission au Brésil, et moi-même nous fümes aussitôt séduits par l'extraordinaire connaissance que Ÿ. Vellard avait de la nature tropicale. Biologiste dans l’âme, il fut pour nous, Européens un peu désorientés dans un mulieu nouveau, le plus sûr et le plus précieux des guides. Comme il m'avait manifesté le désir d'entreprendre de grands voyages d'étude, je lui promis de l’aider à les réaliser, certain que son tempérament de naturaliste saurait s'adapter à l'observation ethnologique. C’est ainsi que Ÿ. Vellard put organiser une premiére mission de Rio au Par par l’Araguaya, d’où il rapporta une ample moisson de documents sur les Indigènes des rives du grand fleuve brésihen. Ensuite, grâce à l’aide d’un savant argentin, M. Ricardo de La Fuente Machain, grand ami de notre pays, il s’en fut au Paraguay, explora le Chaco dans des conditions singulièrement dificiles et dangereuses, puisqu’y sévissait la guerre entre le Paraguay et la Bolivie, et termina par un voyage chez les Indiens Guayaki, tribu indienne encore en marge de la civilisation, sur laquelle on ne possédait que des renseignements sommaires et incomplets.
À peine de retour à Rio, T. Vellard partit pour le Vénézuéla où je lui avais signalé l'intérêt des populations indigènes de la Cordillère de Mérida. La encore, il fit preuve des plus belles
qualhtés de chercheur et d’observateur et, par ses envois, combla une des lacunes les plus regrettables de nos collections ethnographiques et archéologiques. |
T. Vellard se fixa ensuite à Pernambuco où le gouvernement. brésilien avait songé à utiliser une nouvelle fois sa remarquable expérience de naturaliste. Actuellement, il se prépare à accompagner M. Lévi-Strauss dans une grande expédition vers une des régions les moins connues du Brésil central, la Cordillère des Paressi, où vivent des tribus mal connues, mal classées, dont l'existence nous a été révélée par les travaux du Général Rondon et de ses collaborateurs du Service de protection des Indigènes et du Musée national de Rio.
Cette esquisse rapide de la vie de Ÿ. Vellard suffit à démontrer que « Une civilisation du miel » n’a rien de commun avec cette littérature superficielle et hâtive que le goût de lexotisme et la facilité des communications ont si fâcheusement mise à la mode. Le lecteur y trouvera un récit vrai, écrit par un homme qui a vu la nature et les êtres autrement que par la portière d’un wagon-lit, ou du haut d’un avion, des observations faites au contact même de la réalité et non pas des impressions sommaires, souvent influencées par des conversations recueillies dans le salon d’un palace ou à la terrasse d’un grand café. C’est un documentaire tourné sur place, au péril de sa ve, que Ÿ. Vellard offre au public et non un de ces films truqués exécutés dans un confortable studio.
Ÿ'ai lu avec passion ces pages, dont beaucoup ne sont que la transposition de notes de route, écrites hâtivement le soir après une rude étape, dans le repos précaire du campement de nuit. Tout leur mérite et tout leur charme viennent de là. Elles exhalent le parfum troublant de la forêt mouillée et moite, à l'heure où la vie mystérieuse s’éveille dans les sous-bois impénétrables et hostiles.
Avec quelle simplicité F. Vellard rapporte l'épisode le plus émouvant de la belle aventure qu'il a vécue:
« Nos guides indiens fugitifs étaient de retour. En revenant, ils avaient rencontré dans un petit campement guayaki deux femmes et un enfant. Les femmes s'étaient enfuies, ils s'emparèérent de l'enfant, d’un coati et d’un vase de cire rempli de miel. L'enfant, une fillette de 2 à 3 ans, avait été fort maltraitée