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État des terres à acquérir pour r extension du fort que Sa Majesté a fait bâtir à. Port- Royal, et des maisons a démolir comme nuisibles a la fortification. 1705.
« Terres arpentées par le sieur de Laljat, ingénieur ordinaire du M Roi et lieutenant dans les compagnies de marine. Les estimations « ont été faites par MM. Pierre Leblanc, Pierre Godet et Jean « Babineau^ habitants de Port-Royal, nommés experts.
« A M. de Villieu : un emplacement de terre devant l'angle « flanqué du bastion Dauphin, contenant trente pieds de front « sur la rue Saint-Antoine, suivant le plan de l'ancien terrier, « contenant dix-neuf perches; et sur ce terrain une maison, une « cuisine et une étable, le tout 900 livres, — A François Gautrot : « un autre emplacement de trente pieds de front joignant le côté « du vieux fort, dix-neuf perches, 80 livres.
K A Guillaume Trahan : un autre emplacement, trente j>ieds « de front, 79 livres. — A Jules Blanchard : un autre emplace- « ment, trente pieds de front, 73 livres 8 sols. — A Simon Pelle- « tret : un autre emplacement, trente pieds de front, 73 livres « 8 sols.
M A Michel Boudrot : un autre emplacement, soixante pieds de « front, 80 livres 14 sols.
« A Martin Aucoin ou au sieur Sàint-Castin : un autre empla- « cément, soixante pieds de front, 80 livres 14 sols.
u A M. de Belle-Isle : un autre emplacement, joignant et bornant
« le fossé de l'ancien fort, trente pieds de front, 9 livres 4 sols.
« A Jean Belliveau : deux autres emplacements à côté de celui « du sieur de Villieu, trente pieds de front, 66 livres 19 sols.
« Un autre emplacement du côté sud-est, de la rue Saint-An- « toine, vis-à-vis la maison du sieur de Villieu, cinquante pieds de « front et trois mille pieds carrés, 18 livres 14 sols.
« A Abraham Dugast : un autre emplacement, joif;nant le pré- « cèdent et tirant vers le vieux fort, deux mille six cent quatre- « vingt-dix -huit pieds carrés, 16 livres 7 sols; une autre pièce « même ali^^nement, cinq mille cent soixante-deux pieds carrés, M 31 livres 10 sols.
« En discussion entre la dame de Belle-Ile^ Pierre Doucet et w FrançoU Robichau, autres emplacements, joignant le précédent, « aboutissant au fossé du vieux fort, trois cent dix-liuît pieds le M long de la rue, 183 livres 16 sols.
« A M. Louis Alain : terres et maisons hors du fort à mettre « en esplanade. Une pièce de terre sur la rue Saint- Antoine en « descendant vers la rivière du Dauphin, soixante pieds de long « sur ladite rue, vingt-un mille neuf cent soixante pieds carrés, « 173 livres ; une maison sise sur ladite rue (cotée sur le plan 11), " 900 livres.
« A madame de Belle-Ile et M. de Latour : autre pièce de terre, «joignant ladite rue, vingt-sept mille pieds carrés, 213 livres « 3 deniers; uue maison cotée 13 sur le plan, 1,013 livres.
« A Jean Labat, dit le marquis : autre pièce de terre, 66 livres « 16 sols, et une vieille étable cotée 14, 80 livres.
« A Charles Robichau : autre pièce tenant à la précédente, « 211 livres, et sur cette terre une maison cotée 15, 1,000 livres.
«« A M. de Bonaventure, une petite pièce de terre vis-à-vis la « maison d'Alain, tenant au jardin de M. de Bonaventure, cent « trente-deux pieds de front sur la rue Saint-Antoine, et cent « trente-huit de front devant la barrière du fort, 140 livres.
« Signé y le 2 décembre 1705, par de Labat. >» (Arch, mar.)
Livres terriers de V Acadie.
Il existait à Port-Royal des livres terriers : ils sont cités : 1» dans rétat des terres qu'il fout exproprier pour le fort, dressé en 1705 par Labat; on parle à diverses reprises des livres et du plan terrier de Port-Royal; 2'' dans une lettre de Desgouttins, de 1706, où il dit que les livres terriers sont déposés au greffe.
Hôpital. — Liiôpital qui est établi a Port-Royal a vin^ït-cinq pieds de lonj» sur dix-Kuit de larj^e, — huit lits très-mauvais, car il n*a rien été envoyé pour cet liôpital depuis cinq ans. — Les revenus de cet hôpital consistent en amendes et quelques casuels, ce qui ne va pas a 200 livres. On y a aussi attaché les rentes censives de la banlieue de Port-Royal, qui sont quelques boisseaux de blé et 56 livres en ar^fent, plus les lods et ventes; le tout ne va pas à 125 livres. (A?-chwes de la marine.)
On voit par là que le fort du Port-Royal était considéré comme manoir royal , puisqu'il y était rattaché des jentes censives. Le manoir seigneurial dont relevaient les tenanciers ruraux devait être dans quelque autre logis. Tous les fiefs de l'Acadic devaient donc hommage au fort.
D'après le devis des travaux à faire au fort, il y avait les bastions de Bourgogne et de Berry et le bastion Dauphin.
Le bois de charpente était mis en œuvre à raison de 3 sols 6 deniers le pied ; la planche de deux pouces d'épais coûtait 12 deniers le pied d'achat (il y avait un moulin à planches) .
Le sieur Charles Orillon, dit Champagne, avait été envoyé par M. de Brouillan comme maçon à 30 livres par mois, plus une ration et demie ; il servait aussi de concierge à l'habitation de M. de Brouillan.
Le sieur Marc Gautier dit Baclian, menuisier à 18 livres par mois, réformé par M. de Bonaventure au 15 avril 1705.
Lafond, sergent, était employé à tenir les rôles des travaux. Plus trois maçons : François Gautier, Jean Roger à 40 livres par mois ; Gentil, à 25 livres par mois^, et Pierre Cogeaux dit Manceaux, charpentier, à 40 livres par mois; tous ont été engagés à Rochefort.
Extrait (fini mémoire sur les moyens de conserver l'Acadic, qui paraît être de 1690. Numéroté 63. (At^chives de la marine.)
« Il y a trois endroits où on peut faire un fort : l*' à la
vieille habitation du sieur Maillet, située dans un détroit à une demi-lieue au-dessus de l'ancien fort; 2° à un autre détroit à trois quarts de lieue au-dessus, en montant ladite rivière; 3® à la Prée-Ronde, ce lieu étant à la tète des habitations du haut de la rivière, qui sont les plus considérables.
ÏX
René Flanc fut amené de France en 1703 avec les ouvriers destinés aux travaux de réparation du fort de Port-Royal ; il est mentionné dans un mémoire de M. Desfjouttins, du 17 novembre 1703, comme employé par M. de Rrouillan à la surveillance des travaux du fort; il était piqueur à raison de 600 livres par an et une ration et demie.
On rapporte que M. de Brouillan l'employait souvent à son service personnel, quoiqu'il fut payé par l'Etat, et que M. de Brouillan le fit emprisonner plusieurs fois pour malversation. En 1707, on retrouve Flanc acquéreur d'une maison et d'un pré vendus par M. Duvivier et Marie Mius sa femme. Acte de vente textuellement rapporté ci-dessous. On voit dans cet acte que Flanc avait déjà acheté une maison contiguë peu de temps auparavant. K Par devant nous, Jean Ghrisôstome Loppinot, conseiller procu- « reur du Roy et notaire royal à l'Acadie, y résident au Port- Royal ; et témoins cy bas nommés furent présents : M. François Duvivier, enseigne des vaisseaux de Sa Majesté et capitaine d'une compagnie franclie de la marine en garnison au fort royal de l'Acadie, et dame Marie Mius, son épouse par luy autorisée à l'effet des présentes, lesquels ont reconnu et confessé avoir vendu, cédé, quitté, transporté et délaissé dès maintenant et à toujours, promis garantir de tous troubles et empêchements généralement quelqonques à Jean-François Flanc^ habitant du Port- Royal, à ce présent, acceptant, retenant pour luy, ses hoirs et ayant causes, savoir, est un emplacement de terre sur le bord de la rivière du Dauphin y tenant d'an bout et ayant de front sur la ditte rivière soixante- dix-sept pieds^ d'autre bout allant en pointe jusqu'aux piquets de Pèlerin, d'un côté à la terre de M. de la Boularderie bornée par une roche sous laquelle est trois morceaux de mâchefer, et par en bas à un petit piquet, la ditte roche mise et posée par M. de Labat, ingénieur pour le Roy à l'Acadie, et d'autre côté au sieur Louis d'Amour et le sieur de Ghofour à prendre à la masure de défunt Saint-Onge qui lui appartient présentement, qui est à trois pieds de la maison dont cy-dessous va être fait mention et où ils ont pareillement planté des piquets, et en outre luy vendent la maison qui se trouve sur laditte terre en l'état quelle est ; cette vente et cession faite moyennant le prix et somme de 200 livres que lesdits vendeurs
3i8 TROISIÈME SÉRIE.
« confessent avoir r(^çu3 dutlit sieur aquéreur dont ils le quittent « et décliarfifcnt : en outre à la cliarj^e des lotz et ventes, lesdits « ventfeurs luy (garantissant laditte terre sur l'iiypothèque de tous « leurs biens présents et à venir promettant et obligeant et à ce « renonçant :
« Ce fait et passé au Port-Royal, ce trentième du mois de mars " mille sept cent sept, en présence du sieur de Belle-Isle, seigneur " en partie de l'Acadie; et de Alain de Lamotbe, marchand, « demeurant nu Port-Royal, témoins qui ont, avec les parties, « signé à la minute des présentes demeurant devers nous. »
« LOPPINOT,
« Scellé ce 31 mars 1707. » pr. inclus du greff. » [Arch. mar. )
Familles métisses de l'Acadie.
Les côtes de l'est de l'Acadie ont toujours été un centre demisauvage, demi-civilisé, où se réunissaient volontiers des familles métisses, dont la première origine remonte certainement jusqu'aux compagnons de Biencourt et de Latour. Quelques-unes de ces familles comptaient déjà une ou deux générations lors du recensement de 1771.
La famille métisse des Lejeune était établie depuis longtemps à Mirligouesli, car deux hommes de Port-Royal avaient épousé deux filles Lejeune, entre 1638 et 1650. En 1686, les Lejeune étaient fixés à la Hève ; Pierre Lejeune dit Briard, qui épousa la fille de Thibaudeau de Port-Royal; ils eurent un fils, Joseph, en 1705; — Martin Lejeune^ qui épousa une métisse, Jeanne-Marie Kagigonias, dite aussi Marie Godet, demeuraient, en 1702, au Port-Maltais, où ils ont eu deux bessons, Paul et Martin Lejeune. Ils avaient un autre fils plus âgé, Claude Lejeune, qui épousa, en 1705, Anne- Marie Godet, fille de Jean Godet, habitant de la petite rivière près la Hève; c'était peut-être une parente de sa mèrt^, Marie Godet Kagigonias, qui était déjà morte à cette époque, comme il est dit <lan3 l'acte.
Le 25 février 1727, on trouve encore le mariage de Martin Grand- Claude, sauvage micmac (lisez métis), avec Marguerite Lejeune, fille de François Lejeune, en présence de Pierre Sellier, aussi métis.
Sur les registres de Port-Royal, nous trouvons aussi, à Mirli-
jTOuesli, une famille métisse Guidery; en 1701, Claude Guidery et sa femme, Marguerite Petitpas, ont eu cette année un fils, Paul Guidery. Et il se trouve, en outre, un Baptiste Guidry qui a été le parrain. Ce Paul Guidry doit être celui qu'on a surnommé le Grivois, que l'on voit souvent paraître, avec son embarcation, sur les côtes de l'Est et sur les côtes du cap Breton dans les événements de 1744 il 1758. Il se maria vers 1730 à 1740, avec Anne d'Entremont, fille d'un Mius d'Entremont et d'une sauvagesse; une de leurs filles fut sur le point d'épouser un sieur de Lanoue de Bogard, officier de la garnison de Louisbourg; de là un procès, en 1755, parce que le commandant de la place s'opposait au mariage d'un officier avec une métisse. Ce Guidry et les autres de Mirligouesli prirent des concessions de terre du colonel Mascarène.
Voici les noms de quelques-unes des familles métisses de la côte de l'Est :
François Doucet, fils de Germain Doucet ; Godet, Marie Pisnet et François Pisnet, enfants de Pierre Pisnet et (VAniie sa femme, sauvage; Lejeune, Sellier^, J. B. Char r et, fils de Pierre Charret^ Mius, Petitpas, Guidery, etc., tous ces noms sont extraits des actes de l'église de Port-Royal, entre 1700 et 1726. Il n'y aurait rien d'étonnant que ces Doucet fussent des bâtards issus de Germain Doucet de la Verdure, l'homme de confiance de d'Aulnay, et que les Godet fussent issus de Jean Godet ou Gaudet, le doyen de la colonie, qui avait quatre-vingt-seize ans en 1671 ; les Mius d'Entremont ont laissé Ijeaucoup de bâtards en différents lieux de l'Acadie; on ne les voit jamais porter le nom d'Entremont, mais seulement Mius.
L'agglomération de ce groupe de métis autour de la Hève donne à penser qu'ils sont originaires de l'époque où le principal établissement était à la Hève, alors qu'il y avait très-peu de femmes européennes, du temps de Uazilly et de d'Aulnay, ou même au temps de Biencourt, alors qu'il n'y en avait pas du tout.
Les recensements indiquent encore d'autres mariages et d'autres familles métisses; ainsi, en 1671, Pierre Martin, puis Saint-Gastin, Regnaut-Bordonnaut, Enaut de Kepisiguy, Jean Roy et Glémenseau, qui épousa la fille dudit Roy, le 3 mars 1703 ; enfin, dans les documents de Paris, publiés par Brodbead, nous trouvons en 1710 le sieur de Bellisle et Jean Denys établis à Pentagouët et mariés à des squaws, et un Petitpas de Port-Royal aussi marié à une squaw.