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sont pétris nos bons voisins; la constatation des faits histo riques ne paraît pas troubler leur sommeil. Sur les questions du passé ils se repaissent l'esprit de chimères.
N'était - il pas de mode, il y a cinquante ans, de dire que l’histoire du Canada ne valait pas la peine d’être écrite, attendu que ce pays avait été peuplé par un ramas d’aventuriers fran çqais qui ne tenaient à rien parce qu'ils ne tenaient de rien ?
Quel changement depuis lors! Il ne se rencontre plus d’étrangers instruits pour nous jeter l’insulte à la face : nos hisio toriens en ont eu raison.
On sait maintenant d'où nous sommes venus, ce que nous venions faire en Amérique, comment nous avons travaillé à la civilisation de ce continent et pourquoi nous avons été conquis. Le passé, révéié par l'étude et le courage de nos écrivains, nous protége contre les dénigrements de l'ignorance et de la ma lice.
Eh bien! la même chose reste à faire pour l’Acadie, cette terre taut de fois snoliée, cette population si souvent persécutée et diffamée. Le livre de M. Rameau accomplira cette œuvre méritoire, non sans que l’on s’en plaigne en certains quartiers.
Dans un chapitre des plus remarquables, l’auteur d'Une colonie féodale a hardiment soutenu que les colonies françaises de l'Amérique du Nord étaient, par leur organisation et le choix des colons, supérieures à celles des Yankees. Ce n'est plus seulement la question acadienne qui est en jeu, c’est l’esprit même de nos établissements qu’il faut mettre en regard des entreprises d’une autre race.
Puisque nos devanciers dans les lettres ont amené les étran gers à respecter nos gloires anciennes, il reste aux hommes d'aujourd'hui à démontrer que nos voisins ne nous valaient pas.
Aussi, comme les revues américaines se fâchent ! M. Rameau dérange la petite chapelle que les préjugés publics ont consa crée aux Yankees, en exagérant leurs mérites. C’est la manie de l'heure présente. On va jusqu’à admirer les vices qui rongent les États - Unis.
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Les historiens de la grande république ne reviennent pas de -l'audace de ce Français qui porte des jugements sur leurs ancê tres. Une revue de New- York, The Nation, publie à ce sujet un article que l’on peut qualifier de malveillant. À quoi sert de s’échauffer la bile quand i! s’agit de l'histoire? Peut-on contredire les faits? A force de se dire les uns aux autres qu’ils sont le premier peuple du monde, nos voisins ont fini par le croire, et, ce qui est plus fort, ils ne se contentent pas du présent, il leur faut encore le passé !
Cette lutte nous concerne, nous Canadiens, plus que M. Rameau, car le vrai point à débattre, c’est la supériorité que son livre attribue aux colonies françaises sur les anglaises ; derrière les difficultés de détail qu'ils soulèvent en ce moment, il est visible que c’est là le fait essentiel qui frappe nos voisins. J'ai même reçu des lettres qui l’aftestent ouvertement. Donc, voici le point sensible.
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Je l’ai dit plus haut, la Franeæ agissait de manière à ne pouvoir conserver ses colonies, mais les colons canadiens réparaient ses fautes et maintenaient sa position daus le Nouveau - Monde. L’Angleterre finit par avoir dés vues plus élevées et plus sages, mais ses colons gâtaient constamment les opérations commen cées.
Sur divers détails, on peut soutenir que les denx couronnes ont eu, alternativement, l’hemmeur des bonnes conceptions et le désavantage de faux calcuËs remarquables. A tout prendre, je crois que l'Angleterre agissait mieux que sa rivale, dans ses intérêts. Le résultat Va démontré, car tout n’est pas hasard et accident.
On me comprendra si je nomme les Yankees et les Anglais séparément, comme aussi il faut distinguer entre les Acadiens, les Canadiens et les Français.
Sur les bords de l'Atlantique, les Anglais ont établi Boston ; les Français, Port-Royal ; et, sur le Saint - Laurent, les Français encore, Québec, le tout presque en même temps. Ces trois germes ont grandi les uns à côté des autres. Il est facile de les
suivre chacun dans $es phases particulières et de s'expliquer pourquoi l’un a étouffé les autres.
Mais, durant un siècle et demi, de quel côté a été le beau rôle? Les Yankees veulent que ce soit de leur côté. Nous al lons voir.
Dans le commerce? Oui, si le fait d'apporter constamment
d'Europe des marchandises, que l'on sacrifiait pour sustenter les colons peut s'appeler du commerce. Mais qui a exploité le premier, et sur une vaste échelle, les produits naturels du nouveau continent? qui a lié amitié avec les sept huitièmes des nations sauvages ? qui a réuni dans sa main le monopole de la traite des pelleteries ? qui a ouvert des cultures rt s’est mis sans retard à l'abri de la famine ? Les Canadiens. Dès leur débarquement, ils apprirent à se suffire à eux-mêmes. Ils fabriquaient tous les objets d’habillement, ils avaient des artisans dans tous les mé tiers. On construisit bientôt des navires qui exportèrent le surplus des céréales récoltées; on établissait de puissantes for ges ; les bois, les fourrures, le poisson, les huiles prenaient le chemin de la France ou des îles, et tout cela avait lieu à une époque où nous ne comptions pas six mille âmes. Et que faisaient les Yankees pendant ce temps? (Craintivement cabanés près du rivage, ils seraient morts de faim, si leurs amis en Angleterre n’y eussent pourvu; ils attendaient d'Europe de quoi se vêtir ; ils ne tiraient presque rien du sol et encore moins de la forêt, où ils n’osèrent jamais s’aventurer, à tel point que leurs récits mentionnent comme un fait des plus extraordinaires le voyage d’un de leurs ministres à trente lieues dans l’intérieur, alors que les Canadiens avaient parcouru tout le continent et traitaient au pied des montagnes Rocheuses! Tous ces contrastes sont accablants pour nos voisins.
Dans le choix des colons ? Ce n’est pas chez nous, Dieu merci, que l’on a envoyé des chargements de repris de justice et de filles équivoques. Notre population a été puisée à une source tellement pure et si parfaitement appropriée aux exigences du pays où on l'envoyait, qu’elle n’a presque rien demandé à la mère - patrie, tout en exécutant, bien au - delà des espérances que l’on avait conçues d'elle, le plan de colonisation et d’exten sion préparé par ses chefs. Cinquante ans avant la conquête, nous fournissions de colons, d’artisans, etc., sans l’aide de la France, la iongue ligne de forts et d'établissements qui se prolongeait jusqu'aux bouches du Mississipi.
Dans les découvertes? Nul Yankee n’avait encore perdu de
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avant la conquête. Ainsi, une population qui ne pouvait pas
vue son campement, que déjà nous avions remonté l'Ottawa, visité les grands lacs, atteint le bas Wisconsin, et enfin pénétré au cœur du continent. Va-t-on croire que, par la suite, nos voisins se sont mis à nous imiter ? Pas du tout. Leur part dans la découverte de l'Amérique du Nord est représentée par zéro, ou à peu près, car si Hudson a fait connaître la baie qui porte son nom, ce sont les Canadiens qui l’ont occupée. De Terreneuve au Pacifique et à la Nouvelle - Orléans, il n'y a pas un pouce de terrain .qui ait été connu des Yankees
se suffire à elle-même, faute d'industrie et d'organisation, ne sut pas, non plus, étendre son influence au delà de son petit territoire et ne fit rien pour la civilisation. J'avoue que l’idée de vouloir la comparer aux groupes acadien et canadien me fait sourire.
Dans les fondations ? Où sont les Yankees descendant des fondateurs de la Nouvelle - Angleterre, le groupe le plus noble dont puissent s’enorgueillir les États-Unis? Ils sont aussi clair -semés que la noblesse des croisades. Pourquoi ? Parce que leurs pères sont venus ici au hasard, sans ordre, sans plan, sans rien de ces grandes vues qui marquent le type canadien. Ils ont flotié au gré des événements, et bien que plus nombreux que nos pères, leurs comtemporains, ils n’ont jamais été capables de rivaliser dignement avec eux. Tandis que nous nous établissions, nos voisins tâtonnaient. Tandis que nous nous pourvoyions du nécessaire, puis du luxe, ils attendaient les vaisseaux d'Angleterre. Il a fallu des séries d’années pour mettre quelques éléments de vigueur parmi ce peuple flottant, et cela n’a eu lieu qu’à force d'immigration et parce que les Anglais ont pris la chose à cœur. Jusque là, rappelons -nous quelle était la faiblesse, la gaucherie et même la timidité des Yankees, comparée à notre élan. L’habitant canadien cultive
“aujourd’hui la terre défrichée par son septième ou huitième
grand - père ; il n’a pas été supplanté, comme le Yankee, par des individus plus vigoureux, plus courageux, plus intelli gents. Ilest de la famille de ceux qui ont fondé trente postes
dans des contrées où la conquête a tout balayé, croit -on:
Haut - Canada, Nord - Ouest, Louistane, et où, cependant, on voit reparaître, de nos jours, de fortes branches canadiennes.
Sans l’espèce de marée humaine que l’Europe a refoulée sur les
États - Unis, ils n’existerait pas de Yankees. Et, précisément
nous les Canadiers, nous n’avons rien reçu de France depuis cent trente ans. Où est la gloire des fondateurs yankees, qui n'ont rien fondé ? .
Dans la guerre? Vais-je prendre la peine de répondre à
cette question ? On saura toujours que nos chefs, avec quelques centaines d'hommes, ont établi et soutenu linfluence
française dans un rayon immense, et qu’ils pesaient sur les Co-
lons yankees de manière à paralyser leur forces. A toutes les époques, ceux-ci ont été plus nômbreux que nous et toujours battus. Sans l'intervention si ferme et si patriotique de l’Angleterre durant la guerre de sept ans, la conquête du Canad: p’avait pas lieu. Les Yankees ont tenté dix fois de franchir nos frontières et il n’ont pu y réussir. En revanche, pendant les trois quarts de siècle qu'ont duré nos guerres, nous avons semé la terreur et la ruine dans leur pays.
Bref, on s’est mépris sur l’histoire des premiers colons de la
* Nouvelle - Angleterre, parce que l’on a actuellement sous les yeux le spectacle d’un développement industriel et agricole
énorme, lequel n’est nullement le ‘fruit de leurs labeurs, mais
le résultat produit par Les contingents nombreux d'hommes atti rés plus tard de tous les points du globe vers ce sol privilégié.
Qu'’étaient, territorialement pariant, les États - Unis en 1760, au jour de la conquête du Canada ? Une petite lisière de terre sur les bords de l'Atlantique, rien de plus. Si l'Angleterre, ac tive, prévoyante, prête, en ce temps-là, à des sacrifices pour s'assurer l'avenir, n'avait pas décidé de reculer, coûte que coûte, cette barrière restreinte, jamais, au grand jamais, les Yankees ne l’auraient pu, et pourtant le chiffre de leur population était alors vingt fois plus considérable que celui de la nôtre ! Comme auxiliaires des Anglais, dans la guerre de la conquête, les quelques mouvements qu'ils ont tentés les ont fait battre par no: gens: demandons -en des nouvelles à Wash ington et à ses Virginiens. On ne voit nulle part que l’élément “yankee ait eu, à ces époques, du poids, de la valeur, d° l'esprit d'entreprise. Alors, pourquoi chercher à les défendre ? Mieux waut ‘‘ garder de Conrard le silence prudent, ”
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Que l'on nous rende ces parties du Maine, du Vermont, de l'Ohio comprises autrefois dans nos limites, et que l’on appelle pour les protéger, d’une part, les descendants des fondateurs du
( Canada, de l’autre, les descendants des pionniers des colonies anglaises. Cette démonstration vaudrait des volumes de rai sonnements, car nos voisins auraient à peine assez de senti nelles pour couvrir leurs postes, et pas d'armée, tandis que nous aurions trois cent mille hommes sous les armes. Est-ce assez concluant ?
Ceux qui n’ont pu nous battre, ceux que nous avons sans cesse battus, ceux qui n’ont laissé ni souvenirs de gloire, ni travaux civilisateurs, ni familles, ne peuvent être mis en comparaison avec la race formée dans la Nouvelle - France sous le nom Canadien.
Que des hommes qui ne sont pas leurs descendants écrivemt des articles avec la prétention d'être fort méchants, cela ne changera rien à la vérité. Comme le dit un proverbe, le sang est meilleur que l'encre.
M Rameau n'est pas homme à refuser le combat. Ce n’est pas sa cause que je plaide, c’est la nôtre. Du reste, il a commencé
ù le feu par ia lettre suivante, qu’il est bon de remettre sous les <a yeux des lecteurs, quoiqu'elle ait paru dans l'Opinion Publique, e de Montréal :
is “Je vous transmets ma réponse au journal la Nation de à - New - York. Vous savez qu’on ne peut pas contenter tout le
monde, et, bien que je n’aie point ménagé aux Américains les louanges qu'ils m'ont paru mériter, on paraît, cependant, fort
0, irrité contre moi.
e ‘ Dans cette critique, dont la forme est acerbe et dont le RTE MR”: i fond est pauvre, on s'attaque à de prétendus inexactitudes, ;
| dont l'importance serait bien minime alors même qu’elles se -
F raient démontrées. En tout cas, aucune d’elles ne peut influer
6 sur le fond du débat. Ce qui choque, en effet, derrière ces !
es | arguties puériles, c'est que j'ai rétabli quels étaient les pro- | Ni US : cédés et la forme des premières colonisations, et ce qui blesse | La. la surtout, c’est que j'ai déchiré le voile des préjugés qui flattent 14 la la vanité des Yankees. Ces subtilités puériles, sur lesquelles
on argumente, ne servent qu’à dissimuler la mauvaise humeur
ait qu'inspirent ces questions indiscrètes que j'ai soulevées.
h - “ Mais ces questions elles- mêmes, on évite de les discuter ; "10 nt on se rejette sur des incidents, et quels incidents? Le rédac- Mn: Loft teur de la Nation, qui les a choisis, y tombe presque toujours
Le dans des méprises tellement bizarres, qu’il est nécessaire de
les signaler, pour montrer quelle est la science de cet esprit fort. 4 2 J’entre donc dans l’examen de ces griefs. ;
RS ge À ed RER ne An ENT;
“4er grief. Il consiste à contester l’état de communauté de biens, dans les temps primitifs des colonies américaines. Qu'il me suffise de dire que c’est un fait établi d’une manière incon testable par Bancroîft, et que Howison, dans son Histoire de la Virginie, décrit tous les détails de ce régime et de ses conséquences. Ce sont, dira-t-on peut-être, des autorités de seconde main ; soit, mais leur main est assez forte pour qu'un critique puisse compter avec elle.
‘9e grief. ‘“* Les concessions françaises, ai-je dit, étaient disposées en paraliélogrammes, et les concessions anglaises en carrés!” Uëtte assertion semble fort ridicule au journal la Nation. Ilest possible qu'à New - York on ait perdu ces choses de vue, mais je n’ai besoin ici de recourir à aucune autorité, c’est un fait topographique ; je lai observé moi-même depuis les bords de l'Atlantique jusque sur les rives du Mississipi, et l’ose dire qu’il est familier à tous ceux qui ont étudié les pays joù les vieilles colonies françaises sont en contact avec les co-
sonies anglaises.
3e grief. J'aurais confondu, assure-t-on, Genesee (sic) avec le fort Latour, et avec le fort de Naxoat! Or Genesee est au centre de l’État de New-York, dans l’intérieur des terres ; comment aurais-je pu confondre les forts situés sur le fleuve Saint-Jean avec cette localité ?
‘“ Je crains que le rédacteur de la Nation n'ait pris le Pirée pour un homme, et qu'il n’ignore lui-même qu’il y avait sur le Saint-Jean un lieu nommé Jemsek ou Gemsek, près duquel Latour bâtit un fort vers 1630 ou 1632, lequel fort fut appelé pendant sa vie le fort Latour, puis reprit le nom de Jemsek, sous lequel les Anglais l’occupèrent en 1654, et sous lequel ils le remirent à M. de Grandfontaine, le 27 août 1670, suivant un procès-verbal dont je tiens la teneur à la disposition de mon aimable contradicteur, qui aime si fort les autorités de première main : cela embellira sa collection! L'usage de ce fort de Jemsek fut ensuite concédé au sieur de Soulanges, le 20 octobre 1672, toujours par un acte authentique que l’éditeur de la Nation fera bien de se procurer.
‘4e grief. On m'accuse d’avoir confondu Portsmouth avec Pemaquid. Or, je n’ai jamais parlé de Portsmouth, et je crains fort qu’il n’y ait là sous roche, comme ci-dessus, l'ignorance d’un document — dont je pourrai aussi enrichir la collection de notre amateur — sous la signature de M. de Villieu.
“5e grief. J’ai osé dire que les colonies françaises étaient agricoles! Le rédacteur de la Nation prétend qu'elles vivaient
de leur commerce de fourrures. Non, monsieur, elles en mouraient plutôt, mais elles vivaient bien du grain et du bétail que produisaient les familles laborieuses qui peuplaient les sei: gneuries agricoles ; et ici encore j'aurai le plaisir d'accroître Le nombre de vos documents de première main.
‘ Les quatre derniers recensements agricoles que nous pos-
que paraî pucir diffèr du m daig sulte juste lono d’Aul Acadi [14 Il pense
pour es arç Quelqt ‘Serait « [44 Le ‘taquer fond dé relativé 66 Ma
-sédons sur la Nouvelle-France sont de 1719, 1720, 1721 et 1724. Or, ils nous montrent, par leurs moyennes, que la production du froment était par an de 11.90 boisseaux par tête d’habitant, et, si nous faisons un bloc de tous les grains alimentaires, nous trouvons une moyenne annuelle de 14 boisseaux par tête ; encore faudrait-il ajouter quelque chose pour le seigle, qui est omis.
Or, si nous prenons les trois derniers recensements du Bas - Canada, 1851, 1860 et 1870, nous trouvons qu'aujourd'hui, la production moyenne du froment n’est que de 2.59 boisseaux par tête d'habitant, et que la totalité du grain alimentaire ne donne que 6.50 boisseaux par tête.
‘Quant au bétail, la moyenne des chevaux était la même autrefois qu'aujourd'hui, un cheval par à habitants, et la moyenne des bêtes à cornes était même plus forte.
‘ Il résulte donc de tout ceci que le Canada, sous la domination française, était un pays encore plus agricole qu'il ne l’est aujourd'hui, et c’est pourquoi je conclus de nouveau qu'il vivait des produits de son travail, tandis que le commerce des fourrures l’affaiblissait sensiblement, et, en ceci, je suis d'accord avec la correspondance de tous les gouverneurs du Canada.
‘“ Je ne répondrai point ici à tous les détails que j'ai donnés sur les cultures des Acadiens. dJ’ai cité assez de documents à ce sujet pour ne laisser aucun doute.
& Ge grief. J'ai confondu les récollets et les capucins ! C'est ici que se montre à son zénith la science de notre critique. Il paraît qu’on ignore à New - York que les récollets et les capucins sont deux variétés de l’ordre des franciscains, qui ne diffèrent guère que par l’habit : Les uns et les autres dépendaient du mème supérieur général, et, quoique mon contradicteur dé daigne si fort les autorités de seconde main, je l’engage à con sulter le livre de M. Moreau, dont il ne paraît pas apprécier la juste valeur ; il y trouvera l'acte notarié par lequel le Père Ionoré, supérieur des capucins, donne procuration à M. d’'Aulnay pour administrer les biens que son ordre possède en Acadie.
‘ Il est permis d'ignorer des choses, mais alors on se dispense d’en parler, et surtout on se garde de se faire de sa propre ignorance un argument pour critiquer les autres.
‘“ Voilà donc les chicanes de détail qui devaient me faire passer our un ignorant et un esprit léger. On concoit, en effet, que fes arguments d’une science si lourde soient capables d’écraser
quelqu'un, au moins par l’étonnement qu'ils inspirent; on
serait ébloui à moins de frais.
‘“ Le critique de la Nation eût mieux fuit, ce nie semble, d'attaquer tout de suite les ‘leux grosses questions qui étaient au fond de son esprit : celle du régime féodal, et celle de la valeur relative des colons anglais et français.
‘ Mais je pense qu’il était mal préparé pour discuter, et peut-
être même pour comprendre la première ; et, quant à la seconde, je conviens qu'il est dur de voir discuter un préjugé séculaire dont on profite, et que l’on croit inébranlable. Il serait, cependant, plus raisonnable de l’examiner que de l’écarter par des faux-fuyants : l’autruche n’a jamais rien gagné à mettre sa tête sous son aile quand le chasseur la poursuit.
“ J'ai cité assez de faits à ce sujet pour avoir le droit d’attendre qu’on les contredise, et je ne saurais, en vérité, me contenter d’un éloge sur les marins de l'Amérique. Il y a une question de fait: Qui donc a occupé le premier tout l’intérieur du Nouveau - Monde ? quel est celui qui a constamment battw l'autre ? J’attendrai qu'on ait discuté ces deux points ; cela me permettra de reprendre haleine; car, si je coatinuais le débat et que mon adversaire courût encore se réfugier sur ses bateaux
baleiniers, comme mon esprit est confus et mon jugement iéger, j° serais hors d'état, après cette controverse fatigante, de le suivre au milieu des glaces du Pôle.”
J'ai dit que nos luttes conwre les colomes anglaises ont duré trois quarts de siècle, se terminant en 1760 ; mais, comme 1l s’agit dans cet article autant de l’'Acadie que du Canada, il faudrait mettre en toute exactitude un siècle et demi (1613-1760).
L’Acadie française réclame cent années ( 1613 - 1710) durant lesquelles ni la France ni le Canada ne lui ont prêté main forte. tous les efforts de ses adversaires ont été impuissants à la déra ciner. A cette dernière date (1710), on lança contre elle autant et plus de soldats que le chiffre total de sa population, hommes femmes et enfants ; elle disparut du rang des colonies francaises.
Le Canada eut d’abord contre lui l'indifférence de Mazarin (1642 - 62); il prit son essor sous la surveillance active de Col bert (1662-80). En 1672, la fondation du fort Frontenac { Kingston) ouvre la série de nos difficultés avec les Yankees, qui ne devaient se terminer qu’en 1760.
Nous commençions la lutte avec une population de sept mille âmes ; nos voisins en avaient 45,000. Néammoins, ils ne furent jamais capables, non - seulement de nous conquérir, mais même de nous intimider. Nos forts, avancés jusqu'aux sources de l'Ohio, se maintinrent soixante ans contre toutes leurs démons -
prod
eussd eût s vena
trations hostiles ; à plusieurs reprises nous avons été ravager leur territoire ; et, quand ils ont fait mine de recourir aux représailles, des échecs éclatants les ont arrêtés en route. Les fils du baron de Bécancour, Le Moine d'Iberville, Hertel de Rouville, les fils du baron de Longueuil, Boucher de Niverville, et d’autres, les ont constamment tenus sous l'empire de Ia crainte et du découragement.
Lorsque, sous la décadence de la monarchie française, l’Angleterre songea sérieusement à prendre l’ascendant dans les colonies, il lui fut impossible de confier à ses sujets, nos voisins, la tâche, en apparence facile, de nous écraser : elle employa à. cette œuvre de toute importance ses meilleures troupes (1755) Les Yankees comptaient beaucoup plus qu’un million d’âmes ; nous n’en avions que soixante mille. On vit se renouveler ce qui avait eu lieu cinquante ans auparavant en Acadie : l'Angleterre envoya contre nous autant de soldats que nous avions d'hommes de tout âge, de femmes et d'enfants réur:s, et, spec tacle que l’histoire n’a presque jamais présenté, ces forces im posantes furent retenues par des défaites trois ans sur nos frontières. La campagne de 1759 fut sur le point de tourner comme les précédentes. Les historiens reconnaissent tous qu’il est impossible de pousser plus loin l’héroïsme que ne l’ont fait les Canadiens. En supposant que la France nous eût aidé seule ment de dix mille hommes, la fortune changeait complétement.
Disons avec M. Rameau: ‘Que fût-il arrivé en 1690, en 1706, en 1756, si les Canadiens, au lieu d'être un contre vingt, eussent été seulement un contre cinq, ou si même la France eût secondé leur vaillance et leur habileté par un secours convenable ? ”
Ah ! si l’on avait su comprendre, à Versailles, ce que pouvait
produire pour l'honneur du nom français
Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux
Quelle fut la conséquence des deux batailles d'Abraham? Le
drapeau anglais flotta sur le Saint-Laurent et le Mississipi.
Prenez la carte et voyez ce que cela veut dire. Depuis cent ans,
toutes ces contrées nous étaient connues, étaient à nous. Les Yankees n'avaient jamais su en tirer parti ; ils arrivèrent juste à point pour recueillir les fruits de nos immenses travaux, grâce à l'énergie et au coup d'œil des hommes d'État anglais.
De quelque manière que l’on retourne l’histoire, il faut en arriver à cette conclusion, que les Canadiens ont su découvrir, fonder, coloniser, et protéger très-longtemps, par leurs armes, la moitié de ce continent, et que lorsque les deux couronnes — France et Angleterre —se virent au moment suprème où il fallut trancher leurs différends sécu'aires, le fruit de tant de persévérance, de labeurs et d'énergie passa, par un caprice du: sort, aux mains de ceux qui n’avaient rien fait pour le mériter. De cette heure date l'existence des États-Unis tels que le monde les connaît. Que les citoyens de la grande république soient fiers des progrès qu'ils ont accomplis depuis ce temps,. nous n’y voyons rien que de légitime, mais qu'ils ne parlent pas de l'époque antérieure! Ni rhétorique, ni jactance, ni sophismes ne leur serviront. Enfants gâtés d’une race qui a tout fait pour eux, il leur sied mal de parler de leur jeunesse à côté d’un petit peuple qui, à part sa confiance en Dieu, a tirétout de lui-même. et a laissé des monuments uniques dans: l'histoire de la colonisation américaine.
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