‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 4 sur 40 · ® PAR À · texte numérisé non relu

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Le groupe acadien, constamment détaché du nôtre, a donc son histoire séparée C'est le champ d'étude vers lequel M. Rameau s'est dirigé, et, nous devons le dire, avec un succès qui +4 efface tout ce qui s’est écrit en ce genre avadt lui Voulant se 24 rendre compte des luttes engagées entre les colonies anglaises . AA et les fondateurs de l’Acadie, il a examiné de près les sources, les tendances, et l’organisation des deux peuples. Les merveilles de la résistance des Acadiens aux attaques si souvent EN répétées de leurs voisins, bien que connues dans l’ensemble, étaient à peu près inexplicables. Encore un peu de temps, et cela devenait de la légende, puis disparaissait des pages de l’hisà | toire. En recherchant les causes de cette série d'événements | LIN remarquables, on s'aperçoit que plus d’un rapprochement pour - |' CIN | rait être fait entre les aventureux pionniers de l’Acadie et les À 63 ait colons des bords du St-Laurent. De part et d'autre, ilyaun JS S, fond, un caractère, une pensée dont les peuples exclusivement ‘commerçants, comme les Anglais, ne paraissent pas avoir senti l'importance : choisir de bons cultivateurs, les transporter dans UE les les terres nouvelles de l'Amérique, et faire en sorte qu'ils s’y 1 LEA € ses créent de toutes pièces une patrie, telle est l’idée que les Espa- : Î ail, gnols n’ont pas connue, que les Anglais ont efileurée, et que la Fe des France a réalisée avant 1713. Le sol du nouveau pays, partagé | Ë entre les seigneurs, qui étaient les promoteurs et les chefs du

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mouvement, se couvrait de fermes et d'habitations, qui, par là même, prenaient un caractère de stabilité et de permanence mille fois préférable aux entreprises décousues que les autres races tentaient sur différents sites du continent et des îles. Aussi, profondément attachés à leurs établissements, les anciens Acadiens surent-ils les défendre, pendant de longues années, contre les invasions incessantes d’adversaires nombreux et puissants.

Contrairement à ce que l'on a toujours dit, ce peuple ne fut pas une réunion d'aventuriers, un ramas d'écumeurs de mer, une sorte d'organisation de boucaniers vivant au jour le jour dans des camps volants et pliant ses tentes à l'approche du danger. Il était avant tout agriculteur, ne spéculant pas sur les hasards de la guerre, et cherchant à se faire un avenir par le moyen le plus droit et le plus honorable: le travail. Si les ‘olonies anglaises n'avaient pas commencé l'agression, nous w’aurions pas vu les habitants de Port - Royal et du bassin des Mines se mettre en mer, devenir corsaires, “ courir sus aux mauvais garçons,” et répandre la terreur sur les côtes de la Nouvelle - Angleterre.

Les historiens n’ont pas cessé de nous peindre les Acadiens primitifs comme des brigands, des pirates, des gens de sac et de corde. Aujourl’hui on découvre que c’est tout le contraire qui est vrai. Les paisibles fermiers qui, à Port-Royal et à Grand- Pré, cultivaient la terre avec ardeur, multipliaient leurs troupeaux et fondaient des familles nombreuses, ne possédaient ‘pas un navire. Contents de leur sort, songeant au bonheur que d’abondantes récoltes ne manqueraient pas de produire pour leur descendance, ils n'étaient pas hommes à franchir les bornes de leur horizon et à adopter d’eux - mêmes cette vie de périls, de misères et de déboires qui leur fut imposée plus tard.

En les laissant cultiver tranquillement leurs terres, un royaume français, paisible et vigoureux, se dessinait sur les plages baignées par l'Océan. Telle était la pensée des fonda teurs de l’Acadie.. C'était précisément ce qui contrariait les gens établis dans la Nouvelle - Angleterre ; ils voulurent détruire ces établissements si bien commencés et dont les progrès

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furent emportées, l’Acadie en 1713, ie Canada en 1759.

-organisés admirablement par eux -mêmes, exécutaient des mer -

promettaient de faire surgir à leurs côtés une influence rivale, tant dans le commerce que dans la possession des territoires. Des vaisseaux armés allèrent, au mépris de toute loi et de toute justice, saccager les campagnes acadiennes. Les malheureuses victimes de ces iniquités, sentant qu'elles avaient du sang français dans les veines, se mirent en devoir de venger leurs désastres. Alors commença cette épopée dont le caractère n’a pas été bien saisi par les historiens, mais que des révélations tardives nous forcent à étudier. Les fils des laboureurs, bannis de leurs chaumières, se construisirent des barques ; en peu de temps on les signala partout, et comme les caps de leur pays commandaient en quelque sorte la mer,

on les vit couper la route des marchands qui allaient de l’Angleterre à Boston.

‘“ Alors, plus de repos, plus de nuits, plus de sommes ! ”

Toujours le grand air, la course et le combat !

Cette poignée de Français devient la terreur des colonies anglaises, dans la deuxième moitié du dix-septième siècle.

A l'intérieur de l’Acadie on cultivait des champs d’une fécondité prodigieuse ; à la frontière, sur la ligne d’eau, dans les brouillards et sur les vagues de l'Océan, on se battait, sans jamais faiblir. C'était comme une seconde nature, une habitude terrible dont les Acadiens finirent par se montrer crgueilleux.

Si la France eût eu la main plus ferme, si elle eût compris ; P

combien il importait à son prestige et à son pouvoir de sou - ne tenir ses intrépides enfants, il ne resterait rien aujourd'hui de AT la Nouvelle - Angleterre, car les efforts combinés et persistants AR + ‘4 de l’Acadie et du Canada l’auraient effacée de la carte de l’Amé - 4 8

rique. On sait ce qui arriva : les colonies fondées par nos l HAT pères, obligées de se maintenir seules dans une lutte inégale, He

4 Nu rie Le spectacle d’une si longue résistance, malgré d’aussi faibles 14 moyens, intéressera toujours les hommes portés vers l'étude FRE

du passé et qui recherchent les causes des succès et des déca - 1 dences des races. Il est visible que la France avait adopté une ‘+ fausse politique à l'égard de ses colonies, mais que ses colons, | d,

veilles, tandis que l'Angleterre, sagement inspirée, dictait à ses dépendances une ligne de conduite que celles-ci semblaient prendre plaisir à fausser, En résultat final, l'Angleterre a eu le dessus.

Il en a été des premiers travaux de l'établissement de l’Aca die comme de ceux du Canada: la couronne ne les prit pas assez sous sa protection. L'initiative individuelle pouvait donc seule les faire réussir, et c'est ce qui arriva. On rencontre, dans l’histoire, de ces hommes d'élite dont le dévouement est, pour ainsi dire, illimité et qui apparaissent à l’heure voulue, dépassant de toute la tête ceux qui les entourent, créant, fécon dant une œuvre nouvelle, puis s’éteignant sans laisser de fortune, sans presque laisser un nom, tandis que les fruits de leurs efforts nourrissent et ensemencent un sol conquis par eux. Tels furent Poutrincourt, Biencourt, son fils, Charles de Latour, Razilly et d’Aulnay, pour n’en citer qu’un petit nombre, intimement liés à la fondation de l’Acadie. De 1605 à 1670, nous les voyons lutter avec une énergie incroyable pour établir Port-Royal, Saint-Sauveur, la Hève, Jemsek, malgré leur peu de ressources pécuniaires, malgré les dissensions de leurs associés en France, et les contre-temps qui mettent leurs entreprises à un doigt de la ruine, malgré les ravages à main armée des Yankees.

Dès 1636, d’Aulnay guidait les colons dans leurs défriche ments; il veillait à approvisionner les familles à mesure qu’elles prenaient des terres et se mettaient à les cultiver, ‘ ras surant les uns, modérant les autres, encourageant et soutenant tout le monde.” Nicolas Denys avait pris le côté commercial de la situation. Il tenait les magasins, il expédiait en France des produits du pays, pour couvrir les achats que nécessitaient les établissements. Latour battait les bois, vivait avec les sau vages, attirant la traite des pelleteries. Razilly, leur chef à tous, déployait une activité sans cesse en éveil, toujours utile, jamais ralentie. Les seuls colons établis à poste fixe égalaient presque en nombre la population du Canada qui se livrait aux mêmes occupations, et on peut dire que ceux qui parcouraient les forêts, ayant des rapports ayec ces ‘habitants, ”’ étaient au

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moins aussi nombreux que ceux des bords du St-Laurent. Et pourtant, la guerre avait déjà promené l’épouvante dans ces humbles fermes ; Port-Royal avait été détruit ; une colonie écossaise était venue s'emparer du pays. En moins de trente années, tous les maux s'étaient abattus sur les compagnons de Poutrincourt et de Latour, mais la France avait fait le traité de 1632, et les courages s'étaient relevés. En peu de temps, de nouveaux colons étaient arrivés de France ; les anciens, dis persés dans les bois, avaient reparu; les cendres des habita tions brûülées avaient été emportées par le vent; enfin, les Écossais s'en étaient allés en grande partie ; le reste se laissait absorber par l'élément français.

Puis, vingt ans après, autre guerre. Sauf les ports ocrupés dans le nord par Denys, toute l’Acadie tomba au pouvoir des Yankees. Il fallut attendre treize ans avant que la France reprit possession de cette terre, à la faveur du traité de Bréda. On conçoit la situation dans laquelle le pauvre petit peuple acadien se trouvait.

A partir de 1670, un changement s'opère pour le mieux. La colonie semble n'être plus oubiiée. Colbert a l'œil sur elle. Les forces lui surviennent un peu de partout. C’est l’ère de la grande prospérité agricole et l'époque des exploits de Saint - Castin. Les Yankees tremblent à leur tour. On les poursuit sur mer, on les harcèle par terre. Sœur du Canada, l’Acadie se fait res pecter, elle aussi, en refoulant chez lui un adversaire encore dix fois plus fort, mais lourd dans son action et tout stupéfait de la hardiesse de ceux qui lui portent ces coups.

Mais le grand ministre mort, on se remit à négliger les co lonies. L’Angleterre, loin de suivre le même système, appuyait ses gens de Boston et d’ailleurs.

Vers 1700, l’Acadie se trouva tellement privée de certains articles indispensables, que ses marchands les achetèrent des Anglais. En apprenant cela, le chef du bureau des colonies s'écria que c'était très-mal. Il y avaiten germe, dès lors, dans la tête des ministres de Versailles, le thème des fameuses dépèches par lesquelles, durant la guerre de sept ans, on nous enjoignait de mourir jusqu’au dernier, bien que le roi jugcât à propos de ne nous envoyer ni soldats, ni poudre, ni argent, ni

vivres !

Pour couronner les misères des Acadiens, qui avaient à sup-

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