‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 5 sur 40 · PRESS · texte numérisé non relu

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porter l’abandon que la mère - patrie faisait d'eux, et à payer seuls la gloire qu’ils avaient acquise pour la France, la guerre éclata encore une fois. En 171Ù, Subercase, enfermé dans Port - Royal avec quelques hommes, fit une résistance héroïque, digne du sol où il se battait; mais écrasé par le nombre, il capitula, si l’on peut appeler capitulation l’acte d’un capitaine qui abandonne ses retranchements tout à fait ruinés, en sort tambour battant, bannières au vent, et s’embarque après avoir tiré de l'ennemi tous les secours dont il manquait pour prendre la mer. L’Acadie française était finie.

Je me trompe : elle devait revivre. Ses courageux enfants ne la quittèrent pas. Ils étaient, comme nous, les Canadiens français, sans désir aucun de retourner en Europe. Quarante ans ne s'étaient pas écoulés après le traité d’Utrecht, qu'ils comptaient une quinzaine de mille âmes et possédaient des cultures sans égales, en leur genre, sur ce continent. On sait ce qui arriva. La déportation en masse vengea leurs anciens ennemis d'une prospérité si noblement acquise. Pendant des années, on put dire avec le poëte :

Sur la croix des tombeaux leur histoire est écrite !

Mais les voilà qui reparaissent! Ils sont plus de cent milie dans les provinces du Nouveau - Brunswick, de la Nouvelle - Écosse et de l'ile du Prince - Édouard. N'est-ce pas le moment d'écrire leur histoire, de la débarrasser des erreurs dont on l’a chargée avec complaisance, et de rendre à ce peuple fidèle des pages qui cadrent si bien avec les traditions qu’il a conservées et dont il a tant droit d’être fier ?

— À continuer.

BENJAMIN SULTE

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Tout y est parfumé, fleurs et fruits, arbres et plantes.

Tout y croît, tout y prospère, et lorsqu'on respire les brisee embaumées qui jouent dans les branches des arbres ou courent sur le gazon, lorsqu'on voit ses fruits d’or, ses fleurs innombrables, ses tapis de verdure, coupés par ses chemins blancs, bordés de cactus et de lauriers - roses, il ne peut venir à la pensée qu’un être malheureux arrive dans ce paradis terrestre, traverse cet Éden, sans s’y arrêter et sans voir aussitôt ses maux finir. Les pétales aux vives couleurs, les corolles par fumées, les oiseaux qui chantent, et les feuilles vertes, nourpres ou argentées qui murmurent éternellement, tout parle de bon heur et de félicités célestes.

Cependant, un homme s’avance sous les orangers fleuris, et son aspect est horrible de dénûment. Son visage, et sa poitri ne, qu'on entrevoit par les déchirures de sa veste, brûlés par le soleil, ont cette teinte bistrée qui fait reconnaitre dans les rues d'Alger les Bédouins voleurs du désert. Un lambeau de toile sordide, serré autour de son front par une corde de poil de chameau, le burnous en lambeaux qui flotte sur ses épaules, ses pieds nus, son long fusil, le haïillon qui lui entoure la taille en guise de ceinture, et dans lequel sont passés un riche yatagan et un long poignard, lui donnent l'apparence d’un bandit re doutable : car il est de haute taille; ses yeux étincellent au fond de leur orbite, comme deux tisons ; il a le geste prompt et nerveux d’une bête fauve, et il va droit devant lui, foulant les fleurs, broyant les ronces épineuses sous son talon nu, brisant, au lieu de l’écarter, le rameau qui entrave sa marche et bon dissant au- Gessus de la haie au lieu de la tourner.

Son front est sillonné de grandes rides ; deux plis profonds creusent sa joue et donnent à son visage une expression amère ; enfin une longue barbe inculte et grisonnante flotte sur sa poi trine, et achève de lui donner l'aspect farouche qui me l'a fait comparer à un bandit.

Qui reconnaitrait dans cet homme le beau coulougli qui naguère — il y a deux ans à peine — faisait rèver toutes les femmes d'Alger! Qui reconnaîtrait en lui le hardi corsaire, le fier raïs au-devant duquel accouraient la brise, l’hiron delle et la mouette, pour lui dire : Sois le bienvenu! cartu es la jeunesse, la force et la vaillance de ce pays ! Nous te saluons parce que tu es l’honneur et la gloire de ces rivages !

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HAMED LE COULOUGLI 141

Ah! c’est que la fatalité l’a saisi au visage, et a gravé sur son front, en stygmates indélébiles, le sceau du malheur. C'est que la Douleur, qui l'a pris au sein de ses joies, l’a enlevé dans ses serres, l’a porté sur un grand sommet, où il a trouvé un autre mauvais génie, le Souvenir, qui l’a cloué sur le rocher,

et qui, pareil au vautour de Prométhée, lui déchire incessam ment le cœur, et du bec et des ongles!

Il arrive à Alger, s'arrête aux premières constructions, lève la tête et regarde. Il est devant la porte Bab- Azoun'! C'est ailleurs qu’il se rend ; les ancûtres dorment au cimetière de la porte Bab - el - Oued, et c’est là qu’il va! La maison des morts est sacrée, cet asile doit lui rester. Il tourne à droite, suit extérieurement le rempart et arrive avec la nuit au terme de son voyage.

Le vieux gardien allait fermer la grille du jardin des morts; Hamed le repousse et entre. Le vieillard veut lui dire qu’il est trop tard pour visiter les tombeaux ; Hamed le regarde, et Abon - Hassan s'enfuit épouvanté, convaincu qu’il vient de voir l'ange du mal, et que, par conséquent, sa fin est proche!

Hamed trouve facilement le tombeau de ses pères, car l’Ara be a le culte des morts, et jamais le raïs ne s'était mis en croisière sans venir prier Allah pour ceux qui n'étaient plus. Il pousse la porte de bronze, qui tourne lentement sur ses gonds et lui livre l'entrée du mausolée.

A la voûte funéraire pendait une lampe d'argent, un vérita ble chef-d'œuvre d’orfévrerie, accompli chez les barbares et apporté d'Espagne par un ancêtre, compagnon de Boabdil, ou rapporté par un autre de ses pères, qui l'avait enlevé à quel que basilique chrétienne, dans l’une des courses hardies qui ont illustré sa famille. Cette lampe brülait là, probablement entretenue par les soins ni :* %’:r esclave de sa maison.

Le coulougli s'arrête au seuil. Il a honte de ses haillons, devant les grandes ombres que sa pensée évoque en présence de ces ossements vénérés. Sa poitrine se serre, son cœur s’Oppresse, et il sent, avec étonnement, des larmes remplir ses yeux! Une force invisible, mais d’une puissance irrésistible, courbe sa grande taille ; il se prosterne et prie.

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