INTRODUCTION. XIX
étre l’état du tenancier propriétaire, à la base du système féodal, était-il moins bien constitué, moins général, en Angleterre qu'ailleurs. Peut-être les rêveries religieuses et outrées des puritains en furent-elles l'origine. Quoi qu'il en soit, on ne tarda pas à revenir à la concession terrienne et censitaire; plusieurs, comme le comte de Stirlins, Ferdinando Gorges, lord Baltimore, lord Berkeley, sir Carteret et lord Shaftesbury, conçurent directement la colonisation de l'Amérique comme la prolongation des établissements terriens ou féodaux du vieux continent '. Plus tard, Guillaume Penn, tout en s'appliquant à réaliser l'idéal conçu par les quakers, était en fait et en droit le seigneur de la Pennsylvanie et agissait comme tel en concédant les terres à cens et à rentes.
M. Léopold Delisle a parfaitement établi, dans son Histoire des classes agricoles, que c’est cette situation des esprits et des choses qui servit de point de départ aux fondateurs de colonies dans l'Amérique du Nord, et celui qui n’en a pas une notion nette comprendra mal les temps primitifs de la colonisation de ce pays. Dans le premier chapitre de ce volume, nous avons cherché à montrer que, conformément aux vues de cet éminent écrivain, les Français, les Hollandais, les Anglais n'ont fait autre chose en Amérique que d'y transporter le régime féodal dans son organisation rurale. Au fond, nous retrouvons partout le même système : un seigneur personnel ou impersonnel, un homme ou une compagnie, recevant de la couronne
! Bancroft, Hildreth, Histoire des États-Unis, — Beamish, History of Nova-Scotia, — Carlier, Histoire des peuples américains.
xx INTRODUCTION
l'investiture seigneuriale sur une région déterminée, à charge par lui d'en opérer le peuplement; si la seigneurie est une principauté, comme les seigneuries anglaises ou l’Acadie française, le seigneur sous-con-
cède des fiefs à des gentilshommes, à des freeholders ; R
si elle est un simple fief, comme dans le Canada, le seigneur circonscrit ses terres de réserve pour établir son manoir et ses ferres, puis il fait arpenter et diviser le surplus en lots, qui contiennent ordinairement cent acres ou cent arpents (cinquante hecteres environ); alors il sous-concède ces lots à des familles qu'il fait venir d'Europe, moyennant une rente perpétuelle (quit rent) qui était généralement de 1 sol par arpent; le concessionnaire qui devient censitaire de la seigneurie doit rendre aveu de foi et hommage au manoir, payer annuellement sa rente et se joindre au seigneur pour la défense du territoire".
Le produit de ces rentes était assez minime d’abord, mais il devait augmenter avec les progrès de la seigneurie ; le seigneur y trouvait en outre, dès le présent, un titre et une situation sociale qui ne pouvait que s’accroitre pour sa postérité; celle-ci était assurée d’une expansion facile, car au milieu de ces forêts immenses et désertes le champ était libre pour la création de nouvelles seigneuries. l'els étaient ordinairement les motifs déterminants qui engageaient les chefs de l’émigration à passer en Amérique.
Quant aux familles des colons, elles se sentaient au départ rassurées contre l’imprévu par la confiance
1 Aveu du tenancier Guyon, cité par Ferland.
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