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part, M. de Villieu assurait que son beau-père avait toujours considéré cette contrée comme une dépendance implicite de son poste de traite et de sa seigneurie, que l'annexion régulière lui en avait été promise, et qu’il avait toujours envoyé ses agents dans cette contrée, pour faire la troque avec les Indiens.
Le temps se passait donc et le procès allait s’entamer, lorsque Thibaudeau et Blanchard, agissant en gens prudents et pratiques, offrirent à M. de Villieu de prendre des concessions éventuelles émanant de M. de La Vallière, auquel ils se soumettraient s’il était reconnu seigneur du lieu, tandis qu'elles tomberaient à néant et que la seimeurie leur serait dévolue, si le gouvernement ne reconnaissait pas la légitimité de ses prétentions; ils préféraient un sacrifice aux ennuis et aux pertes d’un plus long retard. Mais Villieu, qui avait un caractère hautain et difficile, au lieu de reconnaitre la modération de leur conduite, recut fort mal leurs ouvertures, et ne voulut leur accorder que des concessions de terrain si petites qu’elles étaient dérisoires pour une telle entreprise.
La négociation fut donc rompue, et Thibaudeau ainsi que Blanchard, chacun de leur côté, demandèrent directement au gouvernement royal qu'il leur fût accordé en fief la rivière Chipody et la rivière Peticoudiak, avec deux lieues de front sur la baie de Beaubassin; ils s’autorisaient de l’exemple de Mathieu Martin, à qui l’on avait concédé en fief la rivière de Cobeguit; ils alléguaient les frais qui étaient déjà faits, les travaux qu'ils avaient exécutés, et les ressources de toute nature qu'ils avaient veunies dans leurs mains, pour mener promptement à bonne fin une entreprise qui intéressait si fort toute la province,
Comme le gouverneur Villebon demeurait toujours à Pentagoët, et que d’ailleurs il avait donné son assentiment
aux projets de Thibaudeau, Desgouttins, qui remplissait le rôle d'administrateur à Port-Royal, expédia lui-même ces demandes en les appuyant formellement; il rassura ces courageux pionniers sur la possession et la jouissance actuelle des terres qu'ils avaient travaillées, et les engagea à attendre l'avenir avec tranquillité et confiance; il est certain qu'il avait lui-même intérêt au succès de ces réclamations, puisque Thibaudeau, un des pétitionnaires, était son beau-père; mais il est non moins évident que le pays tout entier ne pouvait que gagner à l'établissement prompt et solide de ces nouvelles colonies.
« Le nommé Guillaume Blanchard et autres habitants « de Port-Royal, écrit Desgouttins, sont venus ici il y a « deux jours, pour prendre des concessions dudit sieur de « Villieu, comme fondé du sieur de La Vallière; mais « celui-ci ne voulant leur donner que deux arpents de « front pour fourrages, et de la terre pour semer huit bar- «riques (de blé), ils se sont en allés sans rien faire. — Or « il est à remarquer que cette terre n’est qu'une prairie et « qu’il n’y à aucune profondeur, et où un habitant ne peut « pas élever de bestiaux, ce qui retarde l'établissement de « Ja colonie et cause un notable préjudice à ses habitants.
« Les nominés Jean, Antoine, Pierre et Michel Thibau- « deau, comme étant ceux qui ont découvert ladite rivière, « et y ont fait le transport à leurs frais, avec leurs bati- « ments, des habitants qui ont pris des habitations dans « ladite rivière, supplient qu'on leur accorde, à titre de « fief, deux lieues de front au lieu où ils ont commencé « leur établissement. Vous ne pourriez, monseigneur, en « gratifier en ce pays de plus dignes sujets. »
1700. — En 1700, au inilieu du printemps, Thibau-
deau reprit donc la mer avec tous les siens, y compris sa propre femme; un de ses voisins, riche cultivateur de
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Port-Royal, Jean-Francois Brossard, lui confia son fils ainé Pierre, âgé de dix-huit ans; ce Brossard s'était établi en Acadie entre 1671 et 1686, et il avait prospéré dans ses travaux ; c'était un homane actif, entreprenant, d'environ cinquante ans, auquel souriait assez l’idée d’un établissement nouveau; il envoyait donc pour ainsi dire son fils en avant-garde, pour reconnaitre ces fertiles vallées où lui-même devait plus tard jouer un certain rôle, Quatre autres jeunes fils de tenanciers laboureurs, André et Jacques Martin, Pierre et François Pitre, s'adjoignirent aussi a l'expédition comme explorateurs; tous étaient dans la force de la jeunesse, tous appartenaient à d'anciennes familles de l'Acadie, capables de les soutenir dans leurs travaux! ; enfin six autres jeunes garcons avaient été engagés de côté et d'autre par Thibaudeau, qui les prenait à sa solde pour deux ans. Avec ses deux moulins, il embarqua aussi toutes les munitions nécessaires, et une bassecour complète : un cheval, des vaches, un taureau, des pores, de la volaille, ete., etc.
En entrant dans la rivière de Chipody, il trouva ses fils qui l’attendaient sur le rivage, car dès la veille ils avaient été avisés, par leurs amis les Maléchites, qu'on apercevait en mer un navire européen, Bien qu'ils eussent supporté
| courageusement les ennuis de ce long hivernage, il est
facile de comprendre combien leur joie fut grande, et quel accueil cordial et chaleureux on se fit des deux parts. Ces jeunes gens n'avaient point perdu leur temps : de nombreux paquets de pelleteries dans les magasins, avec beaucoup d’ustensiles faconnés ; au dehors, des constructions nouvelles et de vastes amas de bois déjà équarris, témoimaient de leur activité et de leur savoir-faire. Ils n'avaient
! Voir et comparer les recensements acadiens de 1686 à 1700. — Les Martin et les Pitre sortent des recensements de 1671 à