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pratiques religieuses étaient plus strictement et plus fréquemment observées, Il était rare que les curés ne s’attachassent point, d'année en année, à quelques enfants mieux doués que les autres, auxquels ils apprenaient certains éléments des connaissances usuelles: et d'autre part, durant les longues veillées d'hiver, les parents perpétuaient souvent parmi leurs enfants le peu de savoir qu'ils possédaient, savoir que Ja lecture des livres de piété maintenait soit dans l’intérieur de la famille, soit dans les réunions publiques.
Ces assemblées dominicales, auxquelles assistaient les sauvages voisins, étaient parfois suivies dans la soirée de quelques jeux violents et d'un grand repas, où se cimentait l'amitié des deux races, dans de longs récits avec forec causeries et chansons, Quelquefois un missionnaire parvenait jusqu'au Camp des pionniers, à travers ses longs et laborieux pèlerinages, et c'était alors jour de grande frérie, avec office du matin et du soir (il y avait alors à Beaubassin un prêtre résidant, M, Trouvé, des Missions étrangères !, et un moine récollet, M. de Noinville, évangélisait les tribus à lPouest de la baie Francaise*). Plus tard, lorsqu'il y eut des familles et des enfants, le missionnaire s'arrétait plusieurs jours, confessant les uns, catéchisant les autres, mariant les jeunes couples, édifiant toute la communauté en unc sorte de retraite spirituelle, où tout le monde se recueillait, dans un campement improvisé, autour de cet homme apostolique.
Cependant l'hiver s’approchait, et il était inutile de passer à Chipody cette rude saison, qui n'eût pas permis de pousser plus avant les travaux d'établissement; on ferma les batiments, en y laissant les gros outillages, et l'on
1! Mémoires sur les moyens de conserver l'Acadie, (Archives,
# Note trouvée sur les actes de l’église de Port-Royal.
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en confia la garde aux amis sauvages que l'on s'était ménagés, absolument comme avaient fait, un siécle auparavant, le bon Lescarbot et Poutrincourt; on embarqua le bétail, le menu ménage, et nos gens, pleins de joie et d'espérance, firent voile sur Port-Royal à la tin de 1698.
Cet hiver fut employé à compléter les préparatifs nécessaires pour mener à bonne fin cette grande entreprise, et dès le printemps de 1699 on reprit la mer avec de nouveaux approvisionnements et quatre bœufs ; on trouva tout en bon ordre sous la garde des Maléchites, et l’on put se remettre promptement au travail. Les approvisionnements de foin assuraient largement l'existence des bestiaux ; le labourage et les semailles furent exécutés tout de suite; puis les travaux d’abatis, de défrichement et de construction, furent poussés de nouveau &vec activité; on commença même Île fossé et l'abboiteau. Les Indiens apportèrent leurs fourrures de l'hiver, et à l'automne, quand le chef de la famille retourna à Port-Royal, il laissa sur place trois de ses fils, Pierre, Antoine et Michel, pour garder son établissement, ses cultures et ses bœufs; ils devaient en mème temps continuer le trafic des pelleteries, plus fructueux en hiver qu’en toute autre saison.
I arrivait donc à Port-Royal joyeux, frais et dispos, lorsqu'il s’y trouva surpris par un orage que rien Jusqu'alors n'avait fait soupeonner. Les Blanchard, qui l'avaient accompagné en 1698, étaient encore venus de nouveau, cette année même 1699, explorer les côtes où ils désiraient s'établir; mais ils étaient retournés à Port- Roval bien avant Thibaudeau, et avaient raconté avec de vrands détails leurs excursions, ses travaux, les avantages qu'il pensait en tirer, et jusqu'aux gros profits qu'il réalisait sur les fourrures.
Comme ces causeries se colportaient dans toute la seigneurie et y faisaient grand bruit, il arriva qu'un des
officiers de la petite garnison, M. de Villieu, gendre de M. de La Vallitre, le seigneur de Beaubassin, se mit en tête que tous ces événements, se passant dans la baie de Beaubassin, devaient intéresser la seigneurie de son beaupère, car il s'imaginait naïvement que celui-ci étant seigneur de Beaubassin, tout ce qui touchait cette baie devait lui appartenir. De Villieu éprouva donc une grande irritation contre ce qu'il appelait les usurpations et déprédations des Thibaudeau et autres gens de Port-Royal; il se répandit publiquement en menaces contre eux, ne visant à rien moins qu'à faire détruire tous leurs travaux et à les poursuivre devant le gouverneur.
Ce fut sur ces entrefaites que Thibaudeau débarqua à Port-Royal; il ne fut pas médiocrement étonné de tout ce bruit, surtout après la démarche qu'il avait faite auprès de M. de Villebon ; mais comme il était de sens rassis et expérimenté dans les traverses de la vie, il alla, sans s’effrayer outre mesure, se consulter près de son gendre Desgouttins, le commissaire de la marine, et celui-ci le rassura de son mieux, en écrivant aussitôt à M. de Villebon sur cette affaire.
Les pourparlers trainèrent ainsi pendant l'hiver (1699 à 1700), et Thibaudeau, dans cet intervalle, commanda à Boston les mécanismes d’un moulin à blé et d’un moulin à scie qu'il destinait à Chipody. Les communications avec la France étaient si difficiles, si rares, si peu certaines, qu'il fallait souvent, comme on voit, s'adresser aux colonies anglaises, et sous le coup des nécessités urgentes, l'autorité francaise fermait elle-même les veux.
Cependant la discussion durait toujours ; Thibaudeau et ses amis montraient avec raison que les rivières de Chipody et de Peticoudiak, se versant dans une fourche de la baie tout à fait séparée de la seigneurie et fort loin d’elle, ne pouvaient être comprises dans ses limites. D'autre
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