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INVASION ANGLAISE ET CONQUÉTE. 325 travers les écrou.
r de la contrée, «t it cinquante guer-
réserve, Car ils vous surprennent autant par leurs défaillances que par leurs succès.
Les capitaines de l’Acadie firent subir aux colonies anglaises d’incalculables dommages; dans les pays déserts, sur une vaste étendue forestière, ils faisaient tête à des forces qui leur étaient dix fois supérieures et les tenaient en échec ; nous les verrons même, dans des engagements réguliers, se montrer bien au-dessus de ce que l’on pouvait attendre de leur faiblesse numérique. Mais en rase campagne, et concentrés sur un point déterminé, il leur était impossible de contre-balance” Tongtemps l'énorme supériorité du nombre que possédaient les Anglais ; encore si ces derniers n'avaient pu attaquer l’Acadie que par terre , il leur eût été difficile de la conquérir. Mais les côtes leur offraient un accès très-aisé jusqu’au centre de la colonie; une flotte équipée à Boston pouvait promptement transporter une armée au pied même du fort de Port-Royal, et il était plus facile aux Américains d'amener trois mille soldats sous cette place qu'il n’eût été possible aux Acadiens d’y réunir cinq cents hommes, en y comprenant la garnison, les milices et les sauvages.
Telles étaient les circonstances que les Acadiens avaient à utiliser ou à craindre quand éclata la guerre en 1702. Pendant que M. de Brouillan s’efforcait de mettre Port- Royal dans le meilleur état possible, les Anglais commenrent les hostilités dans le quartier de Pentagoët en attaquant le manoir de Saint-Castin, en 1703. Cette attaque fut vaillamment soutenue, puis définitivement repoussée avec le concours de M. de Beaubassin, fils de La Vallière, seigneur de Beaubassin. Ce jeune officier, qui avait avec lui une petite bande de Canadiens et d’Abénakis du Canada, rallia sous ses ordres les Abénakis de Pentagoët; se joignant alors à Saint-Castin après l’avoir dégagé, il se jeta sur les frontières du Massachusetts :
diocre, n’eût pas ur extrême mobi- » les caprices de laient souvent les icun capitaine de nicre certaine, ni ait réunir, ni sur rec lui; il arrivait | avait réuni cent as la moitié quand ise; les revers les ion du succès provoulaient aussitôt curs prisonniers, nglants trophées, * un terrible coup il était impossible
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« Les sauvages, divisés par bandes, assaillirent avec les « Français toutes les places fortifiées et toutes les habi- « tations à la fois... Il semblait qu'à la porte de chaque « maison un sauvage caché épiait sa proie. Que de per- « sonnes furent massacrées ou entrainées en captivité! Si « des hommes armés, las de leurs attaques, pénétraient « dans les retraites de ces Barbarces insaisissables, ils ne «trouvaient que des solitudes. La province du Massa- « chusetts était désolée et la mort planait sur ses fron- « titres !, »
Cette campagne se termina par la prise du fort du Casco, dont la garnison anglaise fut obligée de capituler, en se rachetant par une forte rancon *,
Les gens de Boston, effrayés et irrités de ces ravages, travaillèrent pendant tout l'hiver de 1703 à presser léquipement d’une grande expédition, qu'ils méditaient contre Port-Royal depuis le commencement de la guerre. Leur flotte se composait de vingt-deux vaisseaux, et les troupes de débarquement furent placées, au mois de mai 1704, sous le commandement du colonel Church, le plus habile partisan de la Nouvelle-Angleterre ; c'était lui qui, en 1696, avait dirigé l'expédition qui attaqua le fort de Jemsek et pilla la colonie de Beaubassin.
Il fit voile sur Port-Royal, en rangeant la côte du Maine, où il parvint à surprendre et à faire prisonniers quelquesuns des Francais qui demeuraient sur la baie de Passamacadie; mais un peu plus loin il fit une prise bien autrement importante. Le vieux baron de Saint-Castin était parti pour la France avec son fils Anselme à la fin de 1703, pour recueillir un héritage dans le Béarn, laissant à Pentagoët sa femme indienne Marie Pidikwamiscou, autre-
1 Chronique du temps, citée par Bancroft, vol. IT, page 849. * Beamish, page 265.
aillirent avec les toutes les habiporte de chaque ie. Que de peren captivité! Si ues, pénétraient isissables, ils ne ince du Massait sur ses fron-
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«+ IT, page 849.
ment dame Melchide, avec ses autres enfants : or une de ses filles fut surprise par la croisière anglaise, qui l'envoya à Boston comme otage.
Le 2 juillet 1704, l'ennemi entra enfin dans le bassin de Port-Royal; on commenca tout de suite le débarquement ; les premiers détachements pillérent quatre maisons et enlevérent toute une famille d'habitants avec cinq hommes. Vovant alors que l’on prenait les armes de toutes parts, Church feignit de se retirer, mais il reparut subitement trois jours après, et, débarquant avec treize cents hommes à l'ouest du bassin, il fit trente-deux prisonniers, parmi lesquels figuraient deux familles notables du pays; déjà Pon commencait à enlever du bétail, et plusieurs maisons méme avaient été brûlées, lorsque M. de Brouillan, ayant
jeté quelques détachements de tirailleurs dans la cam-
pagne, arrèta cette invasion et pressa tellement les Anglais que, le soir mème du 5 juillet, ils commencèrent à se rembarquer", pour se diriger sur le bassin des Mines, où déjà les avaient précédés quelques embarcations légères, destinées à explorer les côtes.
C'était en effet la première fois que les Anglais s’aventuraient sur ces plages boueuses et d’un abord difficile ; au premier moment, les habitants se montrérent fort cffravés, et plusieurs maisons furent pillées ainsi que l'éslise; mais ayant coupé leurs digues et rendu le pays impraticable, l'ennemi fut obligé de se rembarquer le 22 juillet, sans avoir obtenu aucun avantage sérieux, el après avoir perdu quelques hommes, dont un lieutenant ?. Trois habitants des Mines furent pris dans cette affaire.
De là Church se rendit à Beaubassin : c'était le théatre de ses premiers exploits en 1696; ce fut là qu'il termina
! Charlevoix, — Beamish. — Rapports déposés aux Archives.
? Id... ibid.
sa campagne, Le 28 juillet, les Anglais abordèrent la côte avec cinq bâtiments légers; ils descendirent à terre à la pointe du jour, sous le couvert de la brume, brâlèrent vingt maisons et tuérent quelques bestiaux ; ils demeurèrent ainsi trois jours dans le pays, mais sans s’écarter du rivage: quelques habitants revinrent alors contre eux en tirailleurs, accompagnés de dix-huit sauvages des environs, et les Anglais se retirérents aucun prisonnier ne fut enlevé à Beaubassin !.
La jeune colonie de Chipody échappa entièrement aux déprédations des Anglais; quoiqu’elle fût assez proche de Beaubassin, ils n’en avaient encore sans doute aucune connaissance, La flotte anglaise retourna donc à Boston sans avoir pu occuper solidement aucun poste, M. de Brouillan avait été efficacement secondé dans sa résistance par les habitants ; ils sont plusieurs fois mentionnés dans les rapports officiels, où il est même question d’un détachement de neuf habitants et de vingt-six sauvages qui fut envoyé aux Mines le 22 juillet, après que la flotte ennemie eut définitivement quitté la rade. Il y avait aussi sous le canon du fort deux corsaires dont on eut beaucoup à se louer : l’un venait de Bordeaux, commandé par le capitaine Grangeau ; l’autre était une petite corvette nommée la Gaillarde, construite à Port-Royal même pour le compte du Roi, et que commandait un flibustier de Plaisance (Terre-Neuve) *.
Ces corsaires rendirent alors de grands services : les prises qu'ils faisaient, étant amenées à Port-Royal, fournissaient le pays de fer, d’étoffes, de denrées coloniales et de toutes les marchandises européennes qui faisaient défaut pendant la guerre; leurs courses perpétuelles dans la baie Francaise éclairaient les mouvements des Anglais;
1 Rapport déposé aux Archives.
? Beamish, page 267.
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enfin, s'ils étaient trop vivement poussés, ils embossaient leurs navires sous le canon de Port-Royal, et les équipages, descendant à terre, devenaient un des plus énergiques éléments de la résistance.
Se trouvant délivré des Anglais, M. de Brouillan se rendit durant l'hiver de 1704 en France, où l’appelaient depuis longtemps ses affaires, celles de la colonie, et sa propre santé; il laissa le commandement par intérim à M. Denys de Bonaventure, officier de marine appartenant à l’ancienne famille des Denys; pour lui, il ne devait plus revoir l'Acadie, car à son retour d'Europe il mourut en pleine mer, et son cœur seul fut conservé et rapporté à Port-Royal, où il fut enterré le 3 octobre 1705, au pied d’une croix, sur un petit tertre où il avait dessein de faire rebûtir l’église.
Son successeur fut M. de Subercase, homme actif et énergique, qui venait de faire ses preuves à Plaisance de Terre-Neuve, où il commandait; son premier soin dut être de restaurer la discipline dans la garnison. Plusieurs soldats, pendant l'absence de M. de Brouillan, avaient refusé de travailler aux fortifications de Port-Royal; quelques-uns cherchèrent même à s'emparer d'un petit navire pour s’en aller à Boston, c’est-à-dire déserter à l'ennemi; cette infanterie de marine, recrutée en grande partie sur les quais de Paris, était en effet assez mal composée. Les correspondances de toutes les colonies sont remplies de plaintes énergiques à ce sujet. Subercase sut, par sa fermeté, rétablir l’ordre et inspirer à tous confiance et respect; arrivé dans le courant de 1706, ses débuts furent salués par deux événements heureux : l’un fut la mise à l’eau d’une frégate nommée la Biche, que l’on venait de lancer à Port-Royal, où déjà l’on avait exécuté plusieurs constructions de ce genre ; l’autre fut l’échange des prisonniers de guerre.
330 UNE COLONIE FÉODALEF.
LS Anglais avaient emmené, en 170%, cinquante ou soixante prisonniers; mais un bien plus grand newibre
d'Anglais étaient détenus à Port-Royal, les uns capturés par Saint-Castiu et par ses bandes, les autres enlevés par les corsaires sur les navires de prise, quelques autres enfin saisis à la suite du débarquement des Anglais. Or KR présence de ces prisonniers, dans un pays si peu peuplé et avec une garnison si faible, devenait un embarras croissant de jour en jour. On chercha done à négocier un échange à Boston; deux Acadiens, Bourgeois et Allain, qui avaient dans cette ville certaines relations commerciales, furent chargés de cette affaire, Ils avaient déjà ramené, l'année précédente, la fille et les gens de Saint-Castin avec deux autres prisonniers ; ils furent plus heureux encore en 1706, et le 18 septembre ils débarquèrent à Port-Royal, accompagnés des cinquante et un prisonniers qui restaient encore à Boston.
Ces négociations cependant n’interrompaient en rien le cours des hostilités, et la guerre continuait avec acharnement en Europe comme en Amérique. Les Canadiens venaient précisément de diriger contre la Nouveile-Angleterre deux expéditions désastreuses pour ce dernier pays : en 170%, Hertel de Rouville, après avoir pris et détruit le fort de Deerfield, ravagea tout le nord du Connecticut, et en 1705 une autre colonne s'empara du fort Haverhill.
Pour se venger de ces échecs, on préparait à Boston une expédition plus considérable que la précédente; on leva à cet effet deux régiments de milice formant seize cents hommes, que lon mit sous les ordres du colonel March. L'entreprise fut conduite avec tant d’habileté et de discrétion, que la flotte entra le 6 juin 1707 dans le bassin de Port-Royal, sans que les Francais eussent pu en être prevenus, Les hommes de garde postés à l'entrée du bassin n'eurent que le temps de se sauver vers le fort, et le len-
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demain les Anglais débarquèrent à la fois sur les deux rives.
Subercuse était donc surpris; mais, comme c'était un homme de tête, il ne se troubla point, rassura tout le monde, et, communiquant à chacun son sang-froid et son courage, il jeta vivement au dehors quelques détachements pour escarmoucher sur les flanes de l'ennemi et arrêter sa marche, tandis qu'il se hâtait de barricader avec des pièces de bois et des fascines les points les plus faibles de ses petites fortifications.
Les forces de l'ennemi se composaient de s:ize cents hommes et des équipages de sa flotte. Les Acadiens comptaient à peine cent miliciens, un peu plus de cent réguliers, et un détachement de soixante Canadiens arrivés depuis peu sous les ordres de M. Denys de La Ronde"; quelques miliciens se joignirrnt à ces derniers comme volontaires, et ce petit corps de tirailleurs fit merveille, en sénant grandement la marche des Anglais. Subercase, de son côté, fit tête à l'ennemi; il eut un cheval tué sous lui, mais il ménagea si habilement sa résistance que, malgré l'énorme supériorité de leur nombre, il tint les assaillants en haleine jusqu'au 10 juin, ne cédant le terrain que pied à pied, sans leur permettre de rien entreprendre de sérieux ; ilse trouva alors poussé jusque sous le canon du fort, où il s’enferma avec son intanterie régulière, après avoir brûlé les maisons Îes plis voisines; mais il laissa au dehors quatre-vingts hommes choisis parmi les meilleurs tireurs dans les Canadiens et les gens du pays”; ce détachement, auquel se joignirent quelques sauvages, devait harceler l'ennemi et l’empècher de se répandre dans la contrée pour y piller et fourrager. Gette petite troupe fut bientôt
1 C’est encore là un des petits-fils du vieux Denys. % Beamish, p. 294.
grossie par l’arrivée de Saint-Castin et de ses Abénakis, et ce dernier, prenant alors le commandement, se jeta résolâment sur ua parti des assiégeants qu'il dispersa après leur avoir tué quelques hommes.
Néanmoins les travaux de la tranchée étaient commencés, et le 16 juin le colonel March ouvrit un feu très-violent, qui fut suivi d’une attaque de vive force contre une partie faible du rempart ; mais les assaillants furent recus par un feu d'artillerie et de mousqueterie si vif et si bien nourri qu'ils abandonnè:ent l’attaque et rentrèrent dans leurs tranchées. Ils reprirent alors le travail de linvestissement ; mais cette opération était fort contrariée d’un côté par Saint-Castin, et de l’autre par le feu de la frégate et de quelques croiseurs qui étaient à l'anere sous les murs du fort : après avoir essayé vainement de mettre le feu aux vaisseaux, les assiégeants furent donc obligés d'ahandonner l'investissement, et ils rétrogradèrent vers le littoral.
Leur situation se trouva alors assez fausse : l'attaque contre le corps de la place devenait très-faible, tandis que Saint-Castin et les Acadiens multipliaient tellement leurs escarmouches au dehors, qu'ils ne pouvaient aucunement s'écarter de leur camp; ils durent même abandonner le peu de bestiaux qu'ils avaient pris. Ainsi les rôles s’intervertissaient peu à peu, à tel point que les assiégeants semblaient eux-mêmes être bloqués; sentant donc que le décou: ragement gagnait ses troupes, March jugea qu'il était inutile de s’opiniàtrer davantage contre cette résistance acharnée ; il rembarqua sa petite armée et quitta la rade de Port-Royal le 17 juin 1707, laissant à terre quatrevingts morts et beaucoup de blessés ?. Subercase cependant avait à peine sous ses ordres trois cent cinquante com-
1 Bcamish.