‹ Une colonie féodale en Amérique [microforme]Chapitre 52 sur 63 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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hommes à nourrir, entretenir et solder !. Les navires qu’il

envoyail en croisière, et les corsaires qui fréquentaient le | port?, lui permettaient de subvenir à peu près à ces dépenses, car les flibustiers devaient à l’État une certaine

part sur leurs profits”, et d'autre part ils répandaient à bon compte dans le pays, contre des traites tirées par Subercase sur les finances de France, les farines, le poisson salé, les étoffes, les fers qu'ils capturaient, ainsi que le rhum et les mélasses que plusieurs d’entre eux rapportaient des Antilles.

Cette abondance de toutes choses, le travail et la bonne économie des funilles acadiennes ne tardèrent pas à répandre une telle aisance, que Subercase termine ainsi une de ses lettres au ministre : « Toutes choses sont maintenant « abondantes, excepté les vêtements, mais rien ne sera «plus facile que d'en créer un bon approvisionnement, <car le lin et la laine foisonnent ici d’une manière mer-

« veilleuse, Plus je considère ce peuple, plus je pense que

«ee sont les gens les plus heureux du monde; les voilà

« presque entièrement relevés des pertes que leur avaient

« causées les invasions anglaises il y a deux ans. Jai pu distribuer aux Indiens de la poudre et du plomb, presque en même quantité que les autres années; les missionnaires jésuites m'ont grandement aidé. »

Le plus notable et le plus redouté de ces corsaires fut sans contredit Pierre Morpain, flibustier de Saint-Dominrue, lequel s'était fort distingué en 1707 durant les deux siéves de Port-Royal. Étant alors reparti pour Saint-Domingue, il en revint avec un chargement qui fut très-utile

! Beamish, page 300.

? Morpain, Delacroix, un Provençal nommé Ricord, et deux flibustiers de Plaisance : noms mentionnés par Beamish et dans les registres de Port-Royal, année 1709.

3 Beamish, page 308.

Les navires qu'il | fréquentaient le | peu prés à ces Stat une certaine ils répandaient à traites tirées par farines, le poisraient, ainsi que

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avail et la bonne rent pas à répannine ainsi une de sont maintenant ais rien ne sera

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es corsaires fut e Saint-Dominlurant les deux pour Saint-Doui fut trés-utile

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à Subercase; puis il reprit la mer dans l'été de 1798 et ramena à Port-Roval, en moins d'un mois, neuf prises, après avoir coulé à fond quatre navires qui s'étaient défendus ‘.

I composa alors un chargement de mûts, de planches, de poisson salé et de divers articles pris sur les Anglais, qu'il conduisit à la Martinique, d’où il revint avec les denrées et munitions qui manquaient à Port-Roval; c'était au commencement de 1709. Sur sa route, il rencontra un navire de guerre de Boston. Morpain résista et lui fit éprouver de sérieuses avaries; mais, comme son tonnage élait beaucoup plus faible, il se trouva bientôt oblige de prendre chasse pour lui échapper; ee fut alors que, se sentant serré de près par PAnglais qui le poursuivait, il intervertit les rôles et, virant de bord avec résolution, aborda son adversaire avec une telle furie, que plus de la moitié de l’équipage anglais (cent hommes) fut massacré avec le capitaine, et que le reste se rendit à discrétion *.

Le flibustier n'avait perdu que sept hommes. Il ramena sa prise en triomphe à Port-Royal avec son propre charsement ; il v fut reçu avec enthousiasme, et son ovation fut d'autant plus complète qu'il courtisait alors la fille d’un des seigneurs de l’Acadie, Marie, fille de Louis Damours Dechoffours, ce capitaine de sauvages qui possédait le fort de Jemsek sur le Saint-Jean; ce fut sa fiancée qui le couronna dans ce triomphe, et il l’épousa le 13 août 1709 *.

Un autre mariage avait été déjà célébré à Port-Royal, dix-huit mois auparavant, dans des circonstances analogues : Anselme de Saint-Castin, qui s'était si glorieuse-

ment distingué dans les combats de 1707 autour de cette

1 Beamish, page 306.

8 Ibid., page 307.

3 Registres de l’église de Port-Royal.

place, avait été récompensé de sa bravoure en épousant, le 31 octobre 1707, Charlotte Damours, sœur de la fiancée de notre flibustier !, La cérémonie avait été célébrée avec

une grande solennité, en présence du gouverneur et aux

acclamations de la population acadienne, pour qui les

Saint-Castin étaient des héros favoris.

Ce mariage d’Anselme détermina alors celui de deux de ses sœurs : Anastasie, qui épousa Alexandre Le Borgne de Belle-Ile, fils du seigneur de Port-Roval, et Thérèse, qui épousa Philippe Mius d'Entremont, un des fils de Jacques Mius, baron de Pobomeoup; les deux unions se célébrèrent le même jour #4 décembre 1707. Leur mére, dame Melchide Pidikwamiscou, assitait à la cérémonie, également vénérée par les Acadiens et les Indiens; et, bien que tous ces enfants de Saint-Castin fussent des métis, on voit que, contrairement aux préjugés actuels, leur alliance était recherchée par les premières familles du pays.

Après son mariage, Morpain ne tarda pas à reprendre la mer, et il se trouva jusqu'à cinq et six navires armés en course à Port-Royal; en cette année 1709, ils capturèrent trente-cinq bâtiments, et l’on compta jusqu'à quatre cent soixante-dix prisonniers de guerre dans le pays : c'était une lourde charge et un objet d'inquiétude, de sorte que dans l’hiver de 1709 on consentit à les échanger à Boston contre quelques prisonniers français ?.

Le commerce de Boston était à demi ruiné par les déprédations des corsaires, mais ces grands succès euxmêmes étaient à la fois profitables et funestes à l’Acadie ; ces croisières, en effet, poussaient à bout les Américains, et accroissaient de jour en jour Pirritation extrême qu’ils

! Registres de l’église de Port-Royal.

2 Correspondance de Subercase. (Archives.)

LU

nourrissaient contre les Francais, et le désir haineux de se

e en épousant, Je ‘ur de la fiancée été célébrée avec

délivrer de leur fatal voisinage. Les colons francais, il faut bien cependant le reconnaitre, furent toujours entrainés,

> ‘0e iv nacçto era ll”. i ta ‘0 ira 1 | loc uverneur et aux RC CT onstanc $, par l animosité première des Anglais RAR et par la force des événements. IIS eussent volontiers €, pour qui les ee A souscrit à participer aussi peu que possible aux guerres

. » ® or LR Aic se sC Le 1 "s LE ‘6s U YO s celui de deux RroP'ennes; Mais, 5 sentant toujours menacés d'agres

ndre Le Borgne val, et Thérèse, un des fils de deux unions se

sions redoutables (depuis Argall jusqu'à Church) et ne recevant de France qu'une protection très-insuffisante, ils

étaient obligés de recourir à des moyens extrêmes de défense irrégulière, par le concours des sauvages et des cor- . , . . , » . .

x aires ; sité des Anglo-Américains enait alors 07. Leur mère, Rires; l'animosite . ne \méric ains a À * , , A » Le D 1 » S » L f L ‘e , » » LUE « S x £ S- \ la cérémonie, une rage furieuse, et le remède empirait ainsi le mal, Jus

‘ : ’à la crise finale qui devait emporter le malade. les IMdiens ; et, qu à la € Ï a ( (8 Il al d

Là se formait en effet dans la Nouvelle-Angleterre ssent des métis, I se formait en effet dans la Nouvelle-Angleterre un

s actuels, leur res familles du

orage terrible contre lAcadie. Samuel Vetch, un des

notables de Boston, et Francis Nicholson, gouverneur de

la Virginie, avaient été successivement députés à Londres pour presser l'envoi de renforts considérables, afin de

as à reprendre NEA j . k ; réduire l’Acadie et le Canada. Si les réclamations de ces

avires armés en

pays étaient peu goûtées à Versailles, celles de Boston étaient

ils Capturèrent pu à quatre cent e pays : c'était

>, de sorte que anger à Boston

mieux appréciées à Londres, où l’on se préoccupait davan-

tage des colonies, en s’isolant plus facilement des sucrres

continentales ; en juillet 1710, il arriva donc à Boston un

répiment d'infanterie de marine, des officiers, des muni-

tions de toute sorte, et les fonds nécessaires pour lever et

organiser dans la contrée même quatre régiments ". Il est

ruiné par les ds succès euxles à l’Acadie ; Américains, et

bon de noter ici que ces colonies riches, très-peuplées,

éprouvaient toujours le besoin du secours de l'Angleterre

pour attaquer le Canada, tandis que ce dernier pays, qui ne possédait pas le dixième de leur population, recevait à peine quelques recrues de sa métropole; on peut ainsi

extrême qu'ils

1 Beamish, pages 309 et 310.

vérifier à chaque pas les observations que nous avons présentées plus haut sur la virilité respective des deux peuples,

Les mences et les préparatifs des Anglais n'étaient iynorés de personne, et dans toute la Nouvelle-Angleterre on se vantait publiquement que non-seulement Port-Rovu, mais le Canada tout entier seraient entièrement subjugués avant deux ans; c’est en vain que Subercase redoublait ses avertissements et ses demandes de renforts; à lintcrêt relatif des difficultés présentes, s’ajoutaient cependant les considérations de Pordre le plus élevé pour lavenir. En observant les progrès extraordinaires que les Acadiens avaient accomplis par eux-mêmes malgré leur isolement, un esprit intelligent eût pu facilement présumer ce qu'on pouvait attendre d'un peuple qui, depuis quarante ans, se doublait sans immigration en quinze ou seize ans, et d’un pays qui, malgré les guerres et son peu de population, produisait si abondamment toutes les denrées de première nécessité. La défense et lavenir du Canada lui-même étaient visiblement liés à la conservation de PAcadie ; Port-

Royal était l'ouvrage avancé de cet immense domaine que

nous possédions en Amérique, et si lon continuait à ne point peupler ces vastes pays par une forte immigration, la perte de cette place compromettait le salut général, en libérant les Anglais de toute inquiétude pour leurs côtes océaniques.

Mais aucune considération ne put émouvoir le gouvernement français, qui depuis deux ans n'avait rien envoyé en Acadie! Port-Royal, à trois reprises différentes, avait repoussé l’ennemi par une résistance héroïque, et cela suffisait à la cour; cependant ces succès eux-mêmes, si extraordinaires et qui n'avaient été obtenus que par un emploi judicieux du peu de ressources dont disposait Subercase, avaient épuisé le pays; il était donc nécessaire de mettre ce capitaine ingénieux et hardi en état de braver

IOUS aVOns pré- ‘s deux peuples, iglais n'étaient velle-Anpgleterre ent Port-Rova,, ment subjugués case redoublait forts; à l’intcent cependant ' pour l'avenir, ie les Acadiens leur isolement, uimer ce qu'on uarante ans, se ize ans, et d’un de population, es de première nada lui-même l’Acadie; Portse domaine que ‘outinuait à ne * Immigration, lut général, en our leurs côtes

oir le gouverit rien CHVOYE férentes, avait oique, et cela ux-mêmes, si is que par un . disposait Su- : nécessaire de tat de braver

les efforts des Anglais, sans rencontrer pourtant d'insurmontables difficultés.

Nous avons déjà indiqué plus haut que cinq cents hommes de troupes régulières eussent suffi pour défendre Port- Royal et paralvser en même temps toutes les tentatives de l'ennemi contre le Canada : Subercase eût alors disposé de sept cents soldats, du contingent des sauvages sous les ordres de leurs capitaines, et de la milice acadienne, Dans ces circonstances, il pouvait, laissant deux cents hommes dans la place, disposer tout le reste de ses forces au dehors, de manière à rendre l’armée assiégeante incapable de tenir la campagne. Les siéges que Port-Royal soutint en 170% et en 1707, et les deux sièges de Louisbours, trente années plus tard, nous montrent assez que cette méthode était la seule efficace dans ces parages pour la défense du pays : Port-Royal n’était qu'une bicoque, et par trois fois l’armée anglaise fut obligée de lever le siége avec de grosses pertes; Louisbourg, qui était une citadelle de premier ordre, succomba très-promptement toutes les fois qu’elle fut attaquée, faute d'une armée extérieure, destinée à arrêter les progrès des assiégeants, si faible qu’elle pût être.

Ce n’est point une armée de trois mille ni de quatre mille hommes qui eût pu s'emparer de Port-Royal, si Pc: eût pris de telles mesures; or les colonies anglaises étaient hors d'état d'envoyer une armée plus considérable contre lPAcadie, étant obligées de garantir leurs frontières terrestres contre les expéditions d ngereuses que le Canada lançait perpétuellement contre elles.

Telle était en eftet la disposition de nos deux colonies que, déjà très-difficiles à attaquer par la nature des lieux, elles se soutenaient en outre l’une l’autre comme deux bastions sur un front fortifié; elles forcaient toujours l’ennemi à ne jamais attaquer l’une sans avoir besoin de se

AP ra

protéger contre l’autre; la nature avait tout fait pour leur défense, la France ne fit rien pour les conserver!

Que l'on considère cependant ce que sont devenues ces faibles colonies dédaignées et délaissées par la métropole : cette poignée de Francais abandonnés dans les déserts, conquis par l'étranger, sont devenus un peuple ; on compte aujourd'hui plus de quinze cent mille Canadiens-Francais', et les Acadiens, malgré des désastres inouïs, sont maintenant plus de cent mille, Qui pourrait nier que ces

peuples n’eussent formé une grande nation, s'ils eussent

été convenablement défendus, et soutenus par une émigration suffisante? Or, si, conformément aux prévisions de Vauban*?, on comptait aujourd'hui les Français par millions dans l'Amérique du Nord, est-ce que la politique générale du monde n’eût pas été profondément modifiée? Reconnaissons done combien étaient sensées les paroles prophétiques du gouverneur d'Avaugour, quand il écrivait à Louis XIV : « La France peut en dix ans, et à moins de « frais, s'assurer en Amérique plus de puissance réelle « que ne sauraient lui en procurer cinquante années de « guerre en Europe. »

Mais, tandis que nous poursuivions l'ombre au lieu de la réalité, l'Angleterre ne prit point le change; elle comprenait toute l'importance de ses domaines transatlantiques, et concentra avec persistance ses efforts contre le Canada et l’Acadie, dont le voisinage était si funeste au développement de ses colonies. Quant à la cour de France, on y fut très-heureusement surpris de voir les nôtres repousser avec une telle opiniatreté les invasions anglaises ;

l Recensement de 1871 au Canada. — Recensement des États- Unis : New-York, — Vermont, — Massachusetts, — Convention des Canadiens établis aux États-Unis, — Les Canadiens aux États- Unis, par l'abbé Chandonnet. Montréal, 1872.

2 Les Oisivetes de Vauban.

ut fait pour leur server !

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8, — Convention À a adiens aux Etats-

cela donna matitre à beaucoup de compliments, mais

sans qu'on se souciat davantage de soutenir cette résistance courageuse et cette bonne fortune inattendue, On se rappelle involontairement les inqualifiubles désordres de la

cour de François Ê, alors qu'il laissait périr de misère et

de faim ses armées d'Italie; c'est en vain qu'elles étaient

commandées par les capitaines les plus valeureux et les

plus habiles, ils étaient réduits à maudire leur impuis-

sance, même avec la victoire sous la main!

Le brave et intelligent gouverneur de Port-Royal vit échouer de même pendant trois ans ses demandes urgentes, ses supplications réitérées; après le séjour de la Vénus et de la Loire en 1708, il ne reeut plus un homme ni un

éeu", ayant à peine du papier pour écrire sa correspondance. Igagna ainsi l'été de 1710, époque où l'on eut à Port-Royal des nouvelles précises et certaines de l’arme- “ca qui s'opérait dans le port de Boston, plus considérable, plus menacant que tous ceux qui avaient précédé, L'escadre de la Grande-Bretagne était arrivée dans ce port en juillet, avec un régiment d'infanterie de marine; chacune des colonies de la Nouvelle-Angleterre levait ses milices, tant pour attaquer PAcadie que pour couvrir la

contrée du côté du Canada ; on activait de toutes parts la

reunion des navires et des munitions nécessaires. Il se trouva précisément qu’en cet instant critique les corsaires, si nombreux les années précédentes, avaient

tous quitté l’Acadie, chassés par une épidémie ?; non-

| seulement on perdait avec eux un secours efficace, mais

aussi les ravitaillements de toute nature que leurs croisicres faisaient affluer à Port-Royal, où l’on se trouva bien-

tôt très-médiocrement approvisionné. La garnison se com-

1 Correspondance de Subercase. (Archives) ? Correspondance de Subercase. — Actes de l'église de Royal.

Port-

posait de quatre compagnies de marine qui comptaient à peine cent soixante hommes ; Subercase fit bien un appel à Saint-Castin, aux autres capitaines et aux Indiens, mais ces derniers étaient dégoûtés par la parcimonie et la négligence du gouvernement francais, On ne leur faisait plus de présents, pas même les distributions normales de munitions de guerre; ils se sentaient en outre découragés en comparant le petit nombre et le dénûment des Franeais avec Ja multitude toujours renaissante et toujours croissante des Anglais; l'absence complète de tout renfort achevait de grandir leur méfiance, et il devenait trés-difficile de les mettre en mouvement, Saint-Castin et plusieurs autres vinrent donc accompagnés d’un nombre d'hommes si restreint, que lon ne put songer à organiser une petite armée extérieure, comme on lavait opéré avec tant de suceès dans les siéges précédents.

On pouvait d'autant moins v songer que les Acadiens eux-mêmes étaient atteints par cette épidémie du découragement; se sentant isolés et comme abandonnés dans le désert par la mère patrie, en face de Panimosité persistante

ÿ inquiétude vague, qui ressemblait à de Peffroi, Seul M. de

et passionnée des Anglais; ils étaient à la fin saisis d’une

Vaudreuil, gouverneur du Canada, envoya à leur aide un détachement de milice canadienne !; mais cette faible troupe, peu exercée à la vie militaire, et encore moins propre à résister aux influences de son entourage, fut d’un médiocre secours. Ces hommes se laissèrent aller à l’abattement général, plusieurs désertèrent ?, et c’est à tort certainement que Garneau, dans son Ilistoire si excellente d'ailleurs, reproche à Subercase de n’en avoir pas tiré meilleur parti.

1 Garneau. — Charlevoix.

8 Lettre de Subercase au ministre, du 1* octobre 1710.

ui comptaient à it bien un appel ix Indiens, mais arehmonie et a ne leur faisait ns normales de utre découragés unent des Frannte ct toujours te de tout renet il devenait nt, Saint-Castin nés d’un nombre : SOnger à organme on l'avait précédents, que les Acadiens lémie du découandonnés dans le 1osité persistante \ fin saisis d’une ffroi. Seul M. de a à leur aide un ais cette faible et encore moins ourage, fut d’un nt aller à l’abatet c’est à tort oire si excellente avoir pas tiré

bre 1710.

Telle était la situation de F'Acadie à la fin de Fété 1710, lorsque la flotte anglaise, partie de Boston le IS septembre, atteignit l'entrée du bassin le 2%; elle portait trois mille quatre cents soldats”, et Nicholson, qui commandait l'expédition, fit aussitôt sommer Subercase de se rendre, Si celui-ci n'eût écouté que le sentiment général de ceux qui l'entouraient, ce que lon appelle Fopinion publique, il fût aussitôt entre en pourparlers avec le commandant anglais; mais c'était un homme énergique, habile, plein de ressources ; ils’étaic déjà trouvé plus d'une fois en pareille aventure à Plaisance et à Port-Royal : son courage et son sang-froid avaient certainement sauvé cette dernière place malgré elle, lors de la première attaque de 1707, I résista donc à l'entrainement, et bien qu'il eût conscience de toute sa faiblesse, il résolut de tenter encore la fortune en dépit des circonstances, el répondit avec une certaine hauteur à Nicholson de venir chercher lui-même les clefs du fort,

Les Anglais du reste n'avancaient qu'avec circonspection : la résistance victorieuse qu'ils avaient rencontrée jusqu'alors, les échecs inattendus et répétés qu'ils avaient subis, malgré la puissance de leur marine et la supériorité de leur nombre, les mettaient en garde contre toute témérité présomptueuse, Ce ne fut que le 6 octobre qu'ils commencérent leur débarquement; ils ne rencontrérent aucune opposition. Subercase avait trop peu de monde pour les combattre, et d'ailleurs, comme il nous l'apprend luimème, il était si peu sûr de ses hommes qu'il n’osait les faire sortir du fort, de peur qu'ils n’y rentrassent point À, Il se contenta donc de diriger contre l’ennemi le feu de l'artillerie; ce qu'il fit avec assez de succès pour obliger celui-ci à se replier en arrière après avoir perdu quelques

! Garneau, — Beamish, page 313.

3 Charlevoix.

hommes, Avant alors changé la direction de leur attaque, les Anglais parvinrent, à la faveur d’un feu violent, dirige par leur flotte contre les remparts, à s'en rapprocher du coté du ruisseau de Aiguille; mais le lendemain Subercase fit un si judicieux usage de ses canons qu'il contraignit encore les assaillants d'abandonner cette situation nouvelle, aussi bien que les travaux d'une batterie qu'ils commencaient à établir, Le 9, deux galiotes bombardèrent le fort, mais vainement; le fea de la place atteignit encore les troupes anglaises et jeta un grand désordre dans leur camp.

La résistance était done opiniatre et d'autant plus remarquable que le commandant français, n'ayant qu'une rarnison très-faible et mal disposée, entendant parler de tous côtés de capitulation, ne pouvait en quelque sorte compter que sur lui-même et sur quelques hommes d'élite qui le secondaient, Malgré ces circonstances défavorables, s'il eût pu être soutenu, comme en 1707, par une forte diversion au dehors; s'il se fût trouvé, répandus dans la campagne, sept où huit cents hommes, Acadiens, Indiens et réguliers, bien armés et bien commandés, il n’est pas certain que les assiégeants, malgré leur nombre considéable (3,400), malgré leur puissante flotte et malgré leur artillerie, eussent eu un meilleur sort que ceux qui les avaient précédés.

Mais c’est à peine si Saint-Castin, réduit à quelques Abénakis qui lui étaient personnellement dévoués, parvint à harceler l’ennemi de manière à gêner ses opérations; le brave Subercase n'avait d'autres forces que sa garnison découragée, dans un fort à moitié ruiné; c’est assez dire que le temps de la résistance était nécessairement trèslimité. Le 9 et le 10 octobre, les Anglais poussèrent activement leurs tranchées, de manière à établir une batterie abritée qui fit le plus grand mal aux assiégés; un des

PE RE RE PA Sep dia amener» mo

de leur attaque, ‘u violent, dirigé n rapprocher du ndemain Suberns qu'il contrai- * celte situation e batterie qu'ils es bombardérent ‘atteignit encore ordre dans leur

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Latour du cap Sable (Charles de Latour), qui s'était joint à la garnison, fut dangereusement blessé sur les parapets, et un angle du magasin à poudre fut emporté; le feu devint si violent que cinquante habitants et sept soldats, forcant la consigne, parvinrent à se sauver hors de la place, Le 11, le reste des habitants, épouvantés, présentèrent à Subercase une pétition afin qu'il traität avec les Anglais,

Cependant celui-ci résistait toujours, et le 12 octobre, aiguillonnant le courage des uns, suscitant l’activité des autres, il répondit encore feu pour feu aux batteries ennemies qui commencaient à l’environner de toutes parts, mais il se sentait moralement abandonné de tout le monde; il réunit donc ses officiers en conseil, et sur leur avis il envoya un enseigne en parlementaire demander que les femmes et les enfants réfugiés dans le fort pussent en sortir. Nicholson refusa d’adhérer à cette ouverture, mais il envoya vers Subercase le colonel Reding, jour traiter directement de la reddition du fort, La capitulation fut signée le lendemain 13 octobre, Il y avait dix-neuf jours que celte mauvaise bicoque de terre et de bois, hors de la portée de tout secours et privée de tout appui, résistait à l'armée et à la flotte anglaises; ectle résistance opiniatre et héroïque fut du moins récompensée par les conditions très-honorables qu'obtint le commandant de la place :

« La garnison sortira en ordre de bataille avec armes «et bagages, tambours battants et les couleurs au vent, « — Il lui sera fourni les navires et les provisions suffi- « santes pour se rendre à la Rochelle ou à Rochefort. Elle « emmènera avec elle six canons et deux mortiers à son « choix, — Les officiers emmèneront tous leurs effets. — « Les habitants qui demeurent dans le rayon de Port- « Royal auront le droit de conserver leurs héritages, ré-

1 Beamish,

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mr nr nage ee

« coltes, bestiaux et meubles, en prêtant le serment « d’alléseance; s'ils s’y refusent, ils auront deux ans pour « vendre leurs propriétés et se retirer dans un autre pays. « Les ornements et les vases sacrés de la chapelle seront « remis à l’aumônier; il sera fourni un vaisseau aux cor- « saires des Antilles pour leur rapatriement, ete., etc. »

Ces termes de composition, si avantageux et si rares, étaient exclusivement dus à l’intrépidité et à l’énergie de Subercase, qui avait dû lutter autant contre le décourasement et lindiscipline des siens que contre le feu de l'ennemi. Ilest mème probable que Nicholson ne se fût point montré aussi accommodant, s'il n'eût été sous linfluence des souvenirs de 1707 : l'hiver s’approchait en effet, et si les Francais eussent pu prolonger leur résistance, où opérer quelques diversions au dehors, les assiéseants auraient été obligés de se retirer dès les premières gelées, comme dans les siéges précédents.

La place de Port-Roval fut done remise aux Anglais; la sarnison sort les armes à la main, mais vêtue de guenilles, et son dénûment était poussé à un tel point qu'il fut impossible de faire sortir les canons réservés par la capitulation; il est évident que l'audace et le sang-froiïd du commandant avaient seuls dissimulé ce triste état de choses, en faisant prendre le change aux Anglais. La garnison ne put done emmener avec elle qu'un mortier trainé par les soldats; mais de cette pénurie même lPingrnieux Subercase, qui devait être un Gascon s'il n’était un Dauphinois, fit sortir un prolii et des ressources inattendues ; à moins que ect effet n’eût été calculé d'avance par

une ruse de son esprit; quoi qu'il en soit, profitant d’un |

certain prestige que ses anciens succès, SON courage personnel et son intelligence lui avaient toujours conserve durant ces négociations, il parvint à obtenir de Nicholson qu'il achetàät et payät comptant tout ce qu’il laisserait sur

tant le serment it deux ans pour is un autre pays, à chapelle seront 'AISSEAU aux Corent, etc., etc.» {eux et si rares, ct à l'énergie de mtre le découracontre le feu de ‘holson ne se fût eût été sous l’in- * s’approchait en onger leur résisdehors, les assiédès les premières se aux Anglais; la ais vêtue de gucan tel point qu'il S reservés par la t le sang-froid du ‘e triste état de Anglais. La gare qu'un mortier ie mème l’inpr- ‘on s'il n’était un ‘ssources inattenulé d'avance par Lt, profitant d’un son courage per- )ujours conserve nir de Nicholson d'il laisserait sur

INVASION ANGLAISE ET CONQUÊÉTE, 3c>

les remparts faute de pouvoir Femmener : ilse fil remettre ainsi 7, 499 livres et 10 sols !, somme inappréciable pour un chef de corps dénué de toutes ressources depuis longtemps, et ne vivant que sur un crédit qui souvent lui faisait défaut ?; il put ainsi régler les dettes les plus pressantes, et distribuer avant l’'embarquement une certaine solde à ses officiers et à ses soldats.

Les Anglais exéeutèrent loyalement ces conventions, sans chercher à se prévaloir du délabrement de la place, comme ilarrivait très-souvent à cette époque ; Saint-Castin, qui commandait quelques tirailleurs au dehors, fut libre de retourner chez lui sans être inquiété; il fut mème chargé d’escorter un officier anglais que Nicholson depêcha par terre au Canada, pour prévenir M. de Vaudreuil de cette capitulation, et négocier en méme temps un échange de prisonniers.

La garnison et les officiers, au nombre de cent cinquante-six hommes, furent embarqués pour la Rochelle *; les employés, quelques marchands et engagés et même un petit nombre d'habitants qui voulurent profiter de Ta capitulation, se firent transporter à Nantes, où ils arrivèrent le L décembre 1710 : le tout formait deux cent cinquantedeux personnes, Y compris les femmes et les enfants *. On comptait du reste parmi eux fort peu d'habitants, car en comparant le recensement de LTOT et celui de LTI#4, qui sont l’un et l’autre nominaux, on retrouve dans le second toutes les familles citées dans le premier, à l'exception de dix-neuf, parmi lesquelles quatre avaient quitté Port-Royal pour aller à Chipody où aux Mines; on ne peut done pas évaluer à plus de quinze le nombre des tumilles qui retour-

! Beamish,

2 Lettre de Subercase, du {°° octobre 1710. (Archives.) 3 Charlevoix.

# Broadhead, Documents de Paris, page 929.

ncrent en France à cette époque, et ces familles étaient toutes d’un établissement récent dans le pays, il est facile de s’en convaincre par l’étude des recensements; de sorte que toutes les vieilles souches acadiennes drmeurèrent sur les héritages où leurs pères vivaient déjà «& nuis trois où quatre générations.

Les Anglais changèrent aussitôt le nom de Port-Royal en celui d’Annapolis, en l'honneur de la reine Anne; PAcadie recut le nom de Nouvelle-Écosse, et ils laissèrent dans le fort comme gouverneur le colonel Vetch avec quatre cent cinquante soldats; le reste de leur armée se rembarqua très-promptement pour Boston le 28 octobre, douze jours après la capitulation.

La prise de Port-Royal n’était en effet pour les Anglo- Américains que le préambule d’une expédition bien autrement importante contre le Canada, et l’on avait hâte de retirer les troupes de ces parages dont l'accès et le ravitaillement étaient très-difficiles. Ce fut l’année suivante (1711) que la flotte américaine fut dirigée contre Île

Canada, agression inutile qui échoua après avoir essuyé de grandes pertes ; mais la conquête de Port-Royal fut maintenue, et la paix d’Utrecht en 1713 la consacra comme un fait définitif, en attribuant aux Anglais tout le terri- 9 U toire de l'Acadie.

La France cédait l’Acadie à l'Angleterre comme un objet de peu de valeur; sans explications, sans conditions spéciales ; les limites ne furent même pas déterminées; on se contenta de stipuler que des commissaires, nommés par les deux couronnes, fixeraient ultérieurement la ligne des frontitres.

« Le Roy très-chrétien, disait le traité d’Utrecht « (article 12), délivrera à la reine de la Grande-Bretagne, « les iles de... ete., etc., etc... et aussi toute la Nouvelle-

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Écosse ou Acadie comprise dans ses anciennes limites ; « et aussi la cité de Port-Royal appelée maintenant Anna- « polis-Royal,..... et ensemblement le domaine, la pro- « priété et possession, et tous les droits que ledit Roy « où quelqu'un de ses sujets peuvent posséder dans les- « dits lieux, et les habitants en sont cédés et soumis à la « reine de la Grande-Bretagne.

« Article 1%. Il est expressément convenu que dans « toutes lesdites places et colonies,..... les sujets dudit « Roy auront la liberté pendant un an de se retirer dans «un autre lieu, à leur convenance, en emportant tous « leurs biens meubles ; mais ceux qui voudront y rester «et être sujets du roi d'Angleterre, jouiront du libre «exercice de leur religion, selon l'usage de l'Église de « Rome, aussi loin que les lois de la Grande-Bretagne ‘ peuvent !2 supporter. »

Tels étaient les termes du traité d’'Utrecht, contenant à peine une garantie assez mal définie de la liberté religieuse des habitants; quant à la condition civile et politique des personnes, elle était laissée dans la plus grande indétermination. Ileureusement que, trois mois après la signature du traité, la reine Anne voulut bien le compléter par une interprétation plus favorable, ainsi qu’il résulte de la lettre royale suivante, adressée le 23 juin 1713 à Nicholson.

« Ayant égard à la bienveillance avec laquelle le Roy « très-chrétien à remis leurs peines à plusieurs de ses « sujets condamnés pour cause de leur attachement à la « Réforme; c’est notre vouloir et bon plaisir que tous « ceux qui tiennent des terres sous notre gouvernement en Acadie et Terre-Neuve, qui sont devenus nos sujets

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« par le dernier traité de paix, et qui ont voulu rester sous notre autorité, ayent le droit de conserver leurs dites terres et tenures, et d'en jouir sans aucun trouble, aussi pleinement et aussi librement que nos autres sujets peuvent posséder leurs terres où héritages, et aussi qu'ils puissent les vendre de mème, s'ils viennent à préférer aller s'établir ailleurs. »

Cet acte créa pour les Acadiens une situation nouvelle, et il ne faut point le perdre de vue, pour apprécier et juger avec justice leur longue et malheureuse histoire. Désormais ils pouvaient quitter PAcadie, non pas seulement dans le délai d’un an, mais quand ils le voudraient; non-seulement ils pouvaient quitter l'Acadie avec leurs meubles, mais la propriété des terres leur restait pleine, enticre et sans réserve; ils pouvaient en jouir et les vendre, et ils avaient le droit d'en emporter le prix pour aller former de nouveaux établissements, en tous lieux, en tout temps, comme il leur plairait.

Au moment où ce pays passait ainsi sous la domination anglaise, on y comptait, répartis dans les quatre districts de Port-Royal, des Mines, Beaubassin et Chipody, deux mille cent habitants; nous laissons de côté à dessein, dans cette énumération, les Acadiens qui demeuraient sur la rive droite de la baie Francaise (baie de Fundy), dans la vallée du fleuve Saint-Jean, parce que ce pays restait sous la domination de la France.

Cette population si minime parait au premier abord

bien peu digne de considération; il y avait déjà plus de cent ans, en effet, que M. de Poutrincourt avait jeté les premiers fondements de cette colonie. Mais quand on réfléchit au petit nombre d’émigrants qui vinrent de l'rance se fixer en Acadie (soixante familles environ, et cent cinquante célibataires) ; quand on songe aux inva-

sions, aux difficultés et aux souffrances de tout genre que

i ont voulu rester le conserver leurs ns aucun trouble, t que nos autres où héritages, et

1 1 1 L 4? à DU ces pauvres gens eurent à subir, il y a lieu de s'étonner

de trouver un tel nombre d'habitants si solidement établis

dans le pays. ;

Mais ce petit peuple devient bien plus intéressant et plus digne d'étude, quand on jette les veux sur la suite de son histoire et sur le développement rapide, considérable qu'il prit dans la suite, malgré la conquête el la domination étrangère, Ses nouveaux maitres en faisaient si peu l’état, qu'ils entretenaient à peine une petite garnison à Port-Roval. Abandonnées au milieu des brouillards de Terre-Neuve, délaissées et oubliées par Fa monde entier, ces familles continucrent à s’accroitre en nombre et en

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] . , ne ‘ elles devinrent promptement l'origine d'une population considérable, comme on peut le voir dans les chapitres

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