XVI © INTRODUCTION
« du foyer domestique a été un des traits généraux du
« moyen âge. c’est une des plus fécondes traditionsk
« du continent européen, et celle qui assure, en beau- « coup de contrées, à chaque famille, riche ou pauvre, « la propriété de son habitation; et les institutions « qui conservent cette pratique salutaire sont au pre- « mier rang parmi celles qui concourent à la prospé- «rité d’une nation. » (LE PLAY, Réforme sociale.)
Chaque seigneurie, chaque fief petit ou grand, eut}
dès lors pour dépendances : 1° les domaines et terres
appartenant directement au seigneur et exploitésk
pour son compte en régie ou à moitié ; 2° les terres et fermes accensées, appartenant soit à des feudataires de liberté ancienne, soit aux représentants des serfs affranchis. Ces dernières devaient au manoir l’aveu de foi et hommage et une rente foncière qui variait de 1 sol à 5 sols par arpent; elles constituaient ainsi des arrière-fiefs et absorbaient une grande partie, souvent même la majeure partie du sol; en réalité, c'étaient de véritables propriétés grevées d’une rente fonciere, et elles ont été la principale origine de la petite propriété en France. Les unes se subdivisèrent, d'autres s’agglomérèrent suivant les circonstances, mais les choses se perpétuèrent ainsi jusqu’au quinzième siècle, sauf les modifications qu'amenait le cours du temps '.
Au quinzième siècle, le monde rural, en Europe,
était encore ainsi hiérarchisé en trois ou quatre éche- }
1 Perrin, De la richesse. — Ch. Louandre, Exposé de L.. . ‘couverte du registre terrier d’Abbeville en 1312. — F. Labour, Hist. d'Oisery. — Tocqueville. — Dareste, Histoire des classes agricoles.
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INTRODUCTION. xvVIL
Mons, depuis le cultivateur qui exploitait le sol avec sa famille jusqu'au seigneur du fief principal, qui lui-
éme relevait de la couronne. Beaucoup de fermes grandes et petites étaient habitées et exploitées par leurs propriétaires eux-mêmes ; et l’on peut dire qu’avant le quinzième siècle c'était là le fait normal. Mais depuis lors, plusieurs de ces propriétaires ruraux laccrurent leur fortune, tandis que, d'autre part, beaucoup d'artisans, de commerçants et de bourgeois urbains achetèrent des fonds ruraux. La distribution primitive du sol et des cultivateurs s’altéra profondément, et un grand nombre de: propriétaires furent conduits à affermer leurs héritages, ce qui grossit sensiblement la classe des métayers, qui auparavant était l'exception.
Le seigneur de haut parage, qui relevait de la couronne, recevait donc foi et hommage de tous les châtelains établis sur son fief; ceux-ci recevaient à leur tour foi et hommaye de tous les tenanciers d’ar- Bnicre-fiefs, cultivateurs auxquels leurs ancêtres avaient concédé des terres à cens et à rentes, et parmi ces tenanciers, ceux qui avaient affermé leurs terres recevaient de leurs métayers une part de grains ou le prix du fermage. Dans cet état de choses, chaque habitant de la campayne avait son droit et sa place définie dans l’ordre social, car les simples manouvriers ruraux n'ayant que leurs bras pour vivre étaient dans l’origine en nombre très-restreint; on pourrait presque affirmer méme qu'il y eut un temps, au moins dans certaines provinces, où chacun, pauvre ou riche, avait un foyer lui appartenant en propre.