INTRODUCTION. XV
Contrairement aux préjugés communément répandus, et que le progrès des études historiques commence à dissiper aujourd’hui, la propriété foncière a été autrefois très-divisée en France et en Europe; on peut même dire qu’elle était plus uniformément, plus raisonnablement divisée qu’elle ne l’est au- Rourd'hui. Cette division du sol fut la conséquence de l’affranchissement des serfs du onzième au quatorzième siècle, parce que le serf et la glèbe furent lsénéralement affranchis ensemble. La portion de terre qui était annexée à la famille serve devint sa propriété, sous la charge d’une redevance fixe et minime, à laquelle s’ajoutaient quelquefois certains services déterminés. Telle fut l’origine des rentes censives et de la propriété censitaire, qui était la base mème du système féodal’. Cet état de la propriété constitua partout, pour le tenancier cultivateur, le chez soi, le foyer domestique, ce signe matériel de la famille, de la tradition et de la moralité.
La division du sol, ainsi conçue, différait essentiellement de ce morcellement abusif et fortuit que l’on voit de nos jours développé à l'excès en certains endroits, tandis qu’il fait absolument défaut en maint autre lieu ; elle se rapprochait beaucoup, au contraire, de l’idée américaine du home-stead. « La propriété
! Guérard, Prolésomène du Polyptique d'Irminon. — Léopold Delisle, Histoire des classes agricoles en Normandie. — Tocqueville. — Ch. Perrin, livre IF, chapitre xt, page 396.
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