‹ Une colonie féodale en AmériqueChapitre 8 sur 28 · TJ NE COLONIE FÉODALE · texte numérisé non relu

TJ NE COLONIE FÉODALE

et à lui remettre les postes qu’il occupait dans l’Acadie; Claude de Latour, mis à la tête d’une expédition, aurait échoué vis-à-vis de la magnanime résistance de son fds, qui l’aurait laissé à la porte de son fort, en refusant de l’écouter même par les meurtrières; sur ce texte, dont nous abrégeons les détails, ont été publiés en Amérique un nombre prodigieux de romans, de drames, et même des tragédies en vers 1 .

En réalité, les seuls faits qui nous soient connus d’une manière sérieuse sont : la lettre de Charles de Latour au roi de France, l’envoi de son père en France, la prise de celui-ci par Kirk, et l’inscription de leurs noms sur le rôle des baronnets de William Alexander*. Ce qui est également avéré, c’est qu’en 1629 ce dernier envoya en Acadie un certain nombre de familles écossaises, qui furent débarquées à Port-Royal, non pas au même lieu où s’était établi Poutrincourt, mais à l’ouest de la rade (où est aujourd’hui Grenville), presque vis-à-vis l'Ile aux chèvres; ils y bâtirent un fort dont Halliburton assurait encore, en 1830, pouvoir distinguer les traces; ce lieu du reste s’appelle encore Scotch-Fort. Quant aux Français qui avaient pu demeurer jusque-là sur la rivière du Port-Royal, ils se reportèrent dans le haut de la vallée, selon Denys, ou dans les postes du littoral.

Le nombre de ces colons écossais s’élevait à un peu plus d’une centaine, y compris les femmes et les enfants *. Leur établissement ne fut point prospère : au commencement de l’hiver, il n’y restait plus que soixante-dix

1 Voir le récit détaillé dans Halliburton, Ferland, Beamish et tous les chroniqueurs de l’Amérique du Nord, le poème de M. Gérin-Lajoie, etc.

s Beamish.

’ Cliarlevoix. — Ferland. — Beamish. — Mémoire inédit de La Mothe-Gadillac, aux Archives.

LES POU T RI N COURT-

personnes, et avant le printemps de 1630 plusieurs moururent encore de maladies et de privations. Enfin un nouveau convoi arriva d’Angleterre de la part du seigneur lord'. Ce secours sauva la colonie d’une destruction complété ; mais les Écossais étaient découragés : une partie se réfugia au Massachusetts, et le surplus languissait misérablement, quand le traité de Saint-Germain rendit l’Acadie à la France, en 1632. Ainsi prit fin l’entreprise du comte de Stirling, à peine ébauchée, et avant qu’il eût pu installer dans leurs fiefs ses baronnets, dont les cadres étaient déjà tout préparés en Angleterre*.

Cependant le jeune Latour s’était toujours maintenu dans 1 intérieur et dans ses postes du littoral, d’où il continuait à tenir la campagne, en faisant la troque avec les sauvages. Il y avait bientôt quinze ans qu’il menait, ainsi que ses compagnons, cette existence étrange au milieu des Micmacs, « s’appuyant, dit-il dans une lettre, sur « l’amitié des gens du pays, vivant comme eux et vêtu « comme eux » . On passait l’hiver à courir les bois, en chassant, en troquant des babioles contre les pelleteries des Indiens ; on cabnnait dans des huttes de neige, on s’alimentait avec des racines, avec des viandes et du poisson fumés, puis de temps à autre on revenait vers les magasins de la cote, avec les ballots de fourrure que l’on amassait. Le printemps et l’été, nos aventuriers parcouraient les bords de la mer, vivant de pêche et de chasse, en guettant les navires qui venaient sur ces côtes, à la pêche de la morue; on leur faisait des signaux pour les attirer vers les petits forts ou magasins palissadés, dans lesquels les peaux étaient entassées, et l’on recevait en retour des armes, des munitions, des denrées et quelques ustensiles.

1 Beamisti.

2 Ibid., p. 74.

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