II. — Passage de Vordre de marche à la formation de combat
Pour le cas où la colonne serait attaquée en marche, il est nécessaire de donner des indications fixes qui auront pour résultat d'éviter le désordre en faisant connaître à chacun son rôle pendant le combat.
Principe général, -* La colonne se folrmera en carré.
Spahis, — En cas de rencontre avec Tennemi, l'effectif des spahis, déjà insuffisant pour le service de sûreté, leur interdit de s'engager iso* lément. Dès qu'ils auront aperçu l'ennemi, le chef de peloton fera prévenir au galop l'éiat-major. Il essayera ensuite de déterminer la force et la direction de l'attaque^ préviendra le commandant de la colonne, puis il rassemblera rapidement ses spahis et viendra se placer en arrière de la colonne, en ^'écoulant le long du flanc non menacé.
FoRHÀTioif DU CARRÉ. — Daus Ics divcrs cas qui peuvent se pré* senler, le carré sera formé comme suit :
1» Attaque en marche; attaque de front ou sur les flancs. -«- 1<> La section d'avaot-garde s'arrête court et s'établit à gauche du chemin, perpendiculairement h sa direction, en bataille sur un rang;
2^ La section de tirailleurs, marchant en tôte du gros, vient prolon* ger, à droite du chemin, la ligne déjà formée, et prend la môme formation ;
3^ L'état-major se place au centre de la ligne, et un pou en arrière ;
4^ L'infanterie de marine vient former la face droite du carré et laisse entre sa gauche et la droite des tirailleurs un pan coupé de 15 mètres environ;
5^ La section de 65^™ se forme en bataille à droite de l'état-major ;
6^ La section de 80™°^ se forme en bataille à gauche de l'état-major ;
L'artilleriC; en principe, défend les saillants du carré, à moins d'ordre contraire du colonel;
1^ La section de tirailleurs qui marche derrière l'artillerie vient amorcer la face gauche du carré, en plaçant sa droite symétriquement à la gauche de rinfanlerie;
8^ Les sections de munitions serrent derrière leurs sections respectives ;
9* L'ambulance, le convoi régimentaire et le convoi administratif se forment, en ordre serré, dans Pinlérieur du carré, derrière l'état-major et l'artillerie;
10^ La section de tirailleurs d'arrière-garde vient prolonger la face gauche du carré, en se déployant à la gauche de la section déjà établie sur cette face ;
il» Les spahis se forment en position d'attente en arrière du carré.
Dans le cas oii l'attaque, devenant très enveloppante, menacerait la face arrière du carré, les spahis faisant demi-tour et mettant pied à terre, détendraient cette face en se servant de leurs carabines.
Attaque sur les derrières. — l® La section d'arrière-garde s'arrête, fait demi-tour et se déploie sur le côté gauche du sentier, perpendiculairement à sa direction;
2» La section qui marche derrière Tarlillcrie vient prolonger sa
droite ; 3» La section de tirailleurs marchant en tète du gros vient aniorcer
la face gauche du carré; 40 [^ section d'avantpgarde vient prolonger cette face. Le reste du mouvement 8*exécute comme dans le cas précédent.
±^ Attaque au bivouac. — Chaque troupe se porte aux faisceanz, les rompt, se déploie sur la face du carré qu'elle occupe et est chargée de la défendre.
Les grand*gardes rallient et viennent se former sur l'emplacement qui leur est destiné pour le bivouac.
L*artillerie n'attèle pas ; mais ses servants se portent aux pièces, leur font faire demi-tour; les limonières sont enlevées et les pièces tenues prêtes à être mises en batterie.
Les spahis sellent et se tiennent prêts à monter à cheval dans le cas où l'ordre leur en serait donné. Ils se forment, en attendant cet ordre, pour le combat à pied.
Tous les conducteurs se porteront à la tète de leurs mulets et les bridonneronty les tiendront en main pour les calmer, mais sans les détacher de la corde de campement.
3^ Attaque de nuU. — Mômes dispositions que pour l'attaqae an bivouac ; mais en principe, et à moins d'ordre contraire, les troupes, une fois en position, doivent attendre des ordres dans le plus grand silence et sans répondre au feu de l'ennemi.
m. — Recommandations pendant le eombtU,
On commencera le feu dès que Tennemi sera nettement en vue.
N'exécuter que des feux à commandement.
Les spahis, dans le combat à pied, devront exécuter des feux à commandement.
Dans rartillerie, le genre de projectiles à employer sera, dans chaque cas, désigné aux lieutenants commandant les sections par le capitaine commandant l'artillerie.
Au cas où l'ennemi éteignant son feu se mettrait en retraite, les spahis, remontant rapidement à cheval, se tiendraient prêts à exécuter la poursuite.
Le commandant supérieur rappelle que les chefs de troupes et de service doivent exiger le plus grand ordre et le silence le plus absolu de la part de leurs hommes ; cette condition seule permet de prendre les mesures nécessaires pour repousser une attaque inopinée de l'adversairc. Ces chefs devront prévenir leurs hommes qu'ils n'ont pas à s'effrayer des clameurs poussées par les bandes indisciplinées qui les attaqueraient. Plus les assaillants crieront et plus ils combattront en désordre^ moins ils seront à craindre. Le calme et le sang-froid suffisent
pour déjouer les agressions d'un adversaire combattant sans aucune direction, mal armé, et qui n'a jamais pu résister devant la discipline et la bravoure de nos troupes.
Camp d'Arondou, le 10 décembre 1886.
Gallieni.
Comme on le voit, ces ordres indiquaient les mesures à prendre^ d'une manière invariable, chaque fois que la colonne devait se trouver dans une circonstance de guerre à prévoir, en raison du terrain, de la manière de combattre de nos adversaires et de leur armement. Ces mesures étaient d'une exécution facile. Journellement pratiquées, elles devaient permettre de faire face, sans hésitation ni confusion, à toutes les éventualités qui se présenteraient.
J'apportai un soin extrême à Thygiène de nos soldats; ils furent soumis à une propreté corporelle rigoureuse; ils reçurent une alimentation abondante et aussi variée que possible; enfin, je fis appel à leur énergie en surexcitant leur moral par tous les moyens possibles. Du 10 novembre au 10 décembre, le camp d'Arondou ne perdit pas un seul Européen. P6ndant le même laps de temps, il n'y eut également qu'un décès au camp de Diamou.
La mortalité fut aussi très faible sur les chevaux et mulets, si on la compare à celle des précédentes campagnes.
Dans les premiers jours de décembre, les deux colonnes étaient entièrement et solidement organisées et instruites. Les soldats avaient confiance dans leurs chefs et ceux-ci dans leurs soldats.
OUVERTURE DES OPÉRATIONS ET MARCHE DES DEUX COLONNES SUR SÉNOUDÉBOU ET SUR LA FALÉMÉ.
Le service des renseignements, malgré toute l'activité des officiers qui en étaient chargés, ne fournissait malheureusement que peu d'indications sur les intentions du marabout Mahmadou-Lamine. Cinq espions avaient été envoyés dans la direction de Dianna; un seul avait reparu, annonçant que les quatre
autres avaient été capturés et mis à mort. Cette nouvelle refroidissait considérablement le zèle des indigènes que je voulais envoyer aux renseignements. On savait que le marabout avait fait évacuer tous les villages du Diakha et avait réuni h Dianna, en outre de ses Talibés, une armée de 2,000 à 3,000 i^uerriers. On parlait des travaux de fortification qu*il faisait entreprendre autour du village, et d'une entrevue qu'il aurait eue avec les traitants anglais de la Gambie, venus pour lui demander de laisser libre leur commerce dans la région. On disait encore qu'il voulait marcher en deux colonnes sur Bakel et sur Hédine» pour faire sa jonction avec son fils, opérant toujours sur la rive droite du Sénégal, du côté de Kouniakary.
Quoi qu'il en soit, les circonstances étaient pressantes. Une proclamation arabe, destinée à détacher les populations de la Haute-Falémé de l'alliance du marabout, fut répandue dans le Bondou, et je lançai, dans les termes suivants. Tordre de mouvement :
Ordre n<> 48.
I. — Les opérations contre le marabout Mahmadou-Lamine commenceront le 12 décembre au malin.
II. — La 1'* colonne, sous le commandement direct da commandant supérieur, se dirigera sur Sénoudébou ; puis, de là, directement sur Dianna, en passant par le village de Soutiou-Séga.
IIL -<* La â^ colonne, sous le commandement du commandant Val- Hère, se dirigera, à travers le Bambouk, sur la Falémé, qu'elle franchira aussi haut que possible, pour se diriger ensuite sur Dianna, en passant par le village de Sanoundi.
IVé — La l'û colonne devra éire rendue à Soutiou-Séga le 23 décembre, à 8 heures du malin ; la 2" colonne, à Sanoundi, le 23 décembre, à la même heure.
Y. — Les deux colonnes se mettront en relations, chaque jour, à partir de la Falémé, par des courriers nombreux, dont le départ sera calculé d'après les tableaux de marche fixés pour chaque colonne.
Elles continueront leur mouvement sur Dianna, à p^tir des villages de Soutiou-Séga et de Sanoundi.
YI. — Dans le cas où les communications n'auraient pu avoir lieu f^ntre les deux colonnes avant Dianna, ces deui^ colonnes prendraient leurs dispositions pour arriver sous les murs de ce village le 24, avant 7 heures du matin, et dans un rayon de 1 kilomètre autour du village.
VII. — Le but essentiel des opérations sera la capture ou la disparition du marabout Mahmadou-Lamine.
Les deux colonnes dirigeront donc leur marche, puis leur arrivée sous les murs de Dianna de manière à atteindre ce but.
Si elles rencontrent des partis ennemis dans leur marche, ces partis ennemis devront être vivement bousculés, de manière à ne pas retarder l'arrivée sur Tobjectif indiqué.
YIII. — A moins d'ordres contraires, les deux colonnes continueront leur mouvement sur Dianna, de manière à envelopper le village et à ne laisser libres que les roules vers Test, c'est-à-dire vers Sénoudébou et la Falémé.
La 1'^ colonne prendra donc position au nord et à l'ouest du village; la 2" colonne, au sud et à Touest.
IX> — En principe, et sauf modifications résultant des circonstances, dont seront juges les. commandants des deux colonnes, les troupes seront employées comme suit :
Les 1'* et 8* compagnies de tirailleurs comme troupe» d'attaque ;
Les pelotons d'infanterie de marine, comme réserves et soutiens de l'artillerie ;
Les spahis et les auxiliaires, sur le flanc de la direction est, de manière à pouvoir intercepter ces roules en temps voulu.
X. — Chacune des colonnes se conformera, en dehors de ces princi« pes généraux, aux prescriptions particulières déjà données au sujet de l'ordre de marche, de Tordre de bivouac et des formations de combat.
Camp d'Arondou, le 11 décembre i886,
Gallieni.
Les considérations que j'ai développées plus haut ont déjà montré la nécessité de la marche sur Dianna en deux colonnes. Il ne fallait pas s'abuserj d'ailleurs, sur les dangers que présentait cette double marche. Les deux colonnes partaient de deux points distants de plus de 200 kilomètres; elles allaient opérer dans des régions inconnues et hostiles, semées d*obstacles nombreux et séparées par une rivière importante^ la Falémé. Les communications seraient impossibles, ou du moins, bien difficiles, et cependant, pour le succès de la campagne, il était nécessaire que les deux colonnes se rencontrassent à jour fixe sous les murs de Dianna.
J'avais rédigé Tordre de mouvement en tenant compte de ees considérations. Le commandant Vallière était un officier
énergique, parfaitement au courant du but à atteindre. De plus, la i^ colonne, composée à peu près comme la l'«, était capable de surmonter les résistances qu'elle pourrait rencontrer sur sa route avant d'arriver à Dianna. On pouvait craindre que le marabout ne se portât au devant d'elle avec toutes ses forces, dès qu'elle aurait eu franchi la Falémé; mais la 1>^« colonne, qui aurait continué son mouvement en avant, aurait eu la faculté de venir au- secours du commandant Vallière, en se plaçant sur les derrières du marabout et en lui fermant la retraite vers Touest.
D'après les résultats de la reconnaissance du lieutenant QuiquandoUy j'avais pu calculer qu'il fallait à la 2* colonne six jours pour la traversée du fiambouk, plus quatre jours pour arriver dans les environs de Dianna; je lui accordais, en plus, deux jours pour le franchissement de la Falémé. Le douzième jour, à compter du jour du départ de Diamou, elle se trouverait donc à quelques kilomètres à Test de Dianna, prête à se porter au sud du village et à intercepter les routes vers ce cAté. La i»« colonne devait diriger sa marche de manière à arriver le même jour aux environs de Dianna et h pouvoir prendre le contact sous les murs mêmes du tata.
Le 12 décembre, les deux colonnes quittaient leurs campements et se dirigeaient, la l^^ sur Sénoudébou, la 2^ sur Bontou (Falémé).
Les marches de la i^^ colonne s'exécutèrent conformément au tableau ci-dessous, jusqu'à Sénoudébou. Elles avaient lieu le long de la Falémé, à travers un pays très boisé et où les arbres épineux rendaient la marche des plus pénibles.