MISSIONS SPÉCIALES
La journée du 2 janvier 1887, passée à Sanoundi, fut employée à ravitailler les deux colonnes au moyen des ressources en riz et mil trouvées dans le village et des vivres que le convoi de mulets avait apportés de Pounégui. Ce convoi, après s'être déchargé de ses approvisionnements, avait aussitôt fait route à nouveau sur Pounégui, avec mission de revenir au-devant de la i'« colonne, avec un autre chargement, composé surtout de vin pour les Européens et d'orge pour les chevaux arabes. Les uns et les autres en avaient un grand besoin. Cette mesure permettait, en outre, de fournir à la 2« colonne les vivres nécessaires pour regagner la Falémé.
Cette grosse question de vivres réglée, je me préoccupai de sillonner la région de tous côtés par des missions d'officiers ou de petites colonnes volantes, détachées des colonnes principales. C'était le moyen de faire connaître ces contrées au point de vue topographique et commercial, en même temps que d'étendre au loin notre influence politique, en utilisant la pointe hardie que nous venions de faire vers le Sud. Certes, des colonnes françaises n'avaient jamais paru aussi loin, et l'on peut dire qu'elles venaient de faire un véritable voyage d'exploration, puisqu'il faudrait remonter h Mungo-Park, au corn-
mencement de ce siècle, pour trouver un voyageur ayant visilé ces régions.
De Dianna, le capitaine Fortin avait déjà été détaché avec mission de parcourir, avec la S^ compagnie de tirailleurs, toute la région du Niéri et du Ferlo jusqu'à Sénoudébou. Cet officier devait encourager les habitants à rentrer dans leurs villages et reconnaître la voie commerciale conduisant de la Gambie vers le Sénégal.
J'organisai , en même temps, deux missions, l'une avec le capitaine d'infanterie de marine Oberdorf, chargé de parcourir le Badon, le Niocolo, le Sangala, etc., de visiter, en un mot, les pays s'étendant entre Dianna et les États du chef de Dinguiray; la seconde, avec le lieutenant d'artillerie de marine Reichemberg, chargé de parcourir les contrées situées entre la Falémé et le Bafing, avec retour par Koundian.
Je prescrivis, en outre, au commandant Vallière d'organiser, pendant la traversée du Bambouk, plusieurs missions d'officiers, chargées de parcourir des itinéraires plus ou moins étendus, qui porteraient au loin notre influence et reviendraient avec les cartes des pays visités. Ceux-ci seraient placés sous le protectorat français, et leurs chefs devraient nous confier des enfants en bas âge, destinés à être des gages de notre alliance et à recevoir, à Kayes, une instruction et une éducation françaises. Ces jeunes otages, en rentrant plus tard dans leurs villages, deviendront les agents les plus actifs de notre influence.
Les deux colonnes quittaient Sanoundi le 3 janvier. Les marches de retour de la première colonne sont indiquées au tableau suivant :
LONGDKDK
DATBS.
POINTS OB BiVAKT.
POINTS D'aSRIVIIb.
des étapes.
3 janvier.
Sanoundi.
GangQÎliel.
24 kil.
GaDgailiel.
Soutouta.
Soutoata.
Kaparta.
Kapdrta.
Poonégui.
PouDégui.
Koussan.
Koussan.
Sambacolo.
Sambacolo.
Sénoudébou.
Séjour.
Sénoudébou*
Sileng.
Sileog.
Gangala.
Gaogala.
Arondou.
Séjour,
Id.
Arondou.
Lanel.
Lanet.
Makbana.
Makhaoa.
Diane.
Diane.
Diakandapé.
Diakandapé.
Bongourou.
Bongourou.
Kayes.
Le 4y à Soutouta, un immense incendie, allumé dans la brousse par des mains malveillantes, faillit causer un désastre dans la colonne. Les flammes allaient atteindre le parc d'artillerie, lorsqu'on parvint heureusement, grâce aux efforts de tous, à isoler le camp en arrachant les herbes aux environs, sur une profondeur de plus de 100 mètres.
Le 6, à Pounégui, la colonne trouvait des vivres au dépôt. Le sagné était évacué par sa petite garnison, qui se joignait à la colonne. Ce petit ouvrage de fortification avait très bien rempli son office et permis aux deux colonnes de se ravitailler pendant la marche sur Dianna. La garnison n'avait été inquiétée que par quelques rôdeurs ennemis, tenus à distance par la crainte de nos fusils Gras.
Le 7, à Koussan, le camp avait été mis en émoi, à la tombée de la nuit, par les rugissements d'une bande de lions, que les bruits du bivouac avaient dérangés dans leur repos. Plusieurs tirailleurs partirent à la découverte, et l'un d'eux fut assez heureux pour tuer Pun de ces animaux, bête superbe, qui ne mesurait pas moins de 3 mètres de la tête h la naissance de la queue.
Le 8, à Sambacolo, l'almamy Saada-Amady m'apportait des nouvelles intéressantes. Le chef du Ouli venait d'infliger une nouvelle défaite à Mahmadou-Lamine. II lui avait tué encore bon nombre de ses partisans et avait surtout réussi à le rejeter au loin, dans le Niani, vers le poste anglais de Mac-Carthy, à plus de 200 kilomètres de Dianna. Tous les gens du Bondou que le marabout avait emmenés en captivité avec lui s'étaient enfuis et faisaient retour dans leur pays. Je remis à Saada-Amady une bonne provision de poudre et je le renvoyai, avec toutes les forces auxiliaires, sur le théâtre des opérations, pour se joindre au Ouli et achever la ruine du marabout.
Le 9, la colonne reprenait son campement de Sénoudébou. J'accordai deux jours de repos aux troupes. Quelques malades, trop faibles pour suivre la colonne par terre, furent évacués sur Bakel, en pirogues, sur la Falémé. J'installai une nouvelle garnison dans le poste, où je laissai un peloton de tirailleurs, environ 80 hommes, avec une pièce de 4 de montagne; le tout, sous les ordres d'un lieutenant d'infanterie de marine, que j'approvisionnai de 6 mois de vivres, avec des munitions en quantité très suffisante. Les logements, malheureusement, ne consistaient qu'en de simples gourbis, demeures bien insalubres pour nous, Européens, sans compter les chances d'incendie, toujours à craindre sous le climat brûlant du Sénégal. Mais, pour le moment, il ne fallait pas songer à la construction d'un poste quelconque en maçonnerie. Tout manquait pour cela.
La l'« colonne était rejointe à Sénoudébou par la colonne volante du capitaine Fortin, qui, en 6 jours, venait d'accomplir les marches, dont le détail suit :
LONOUIOft
UATKS.
POINTS DS DiPART.
POINTS D*ABaiViC.
des étapes.
2 janvier.
Diana.
Gomoti.
23 kil.
Gomoti.
Bani.
Bani.
Bodé.
Séjour.
Bodé.
Goadéri.
Goudéri.
Boulébané.
Boulébaué.
Sénoudébou.
Le 12, la 1'® colonne reprenait sa marche et arrivait à Arondon le 14. Les chefs des pays sarracoleis, réunis en ce point et mis au courant des événements, signaient les conventions qui réglaient définitivement leurs relations avec les Français. Chaque village s'engageait à nous donner en otages trois enfants, fils de chefs ou de notables.
Le 17, au moment où la colonne levait le camp d'Arondou et se préparait à franchir la Falémé, un violent incendie, rapidement propagé par un fort vent d'est, s'alluma dans les gourbis de l'infanterie de marine. Les chevaux et mulets purent, heureusement, être traînés en dehors du camp ; le parc d'artillerie se trouvait déjà, par bonheur, de l'autre côlé de la Falémé, mais les hommes d'infanterie de marine perdirent quelques armes et des effets d'habillement.
Le 23 janvier, la 1'® colonne était à Kayes. Elle avait commencé ses opérations le 12 décembre et parcouru, depuis ce jour, S31 kilomètres.
La 2^ colonne arrivait à Diamou le 16 janvier. Jusqu'à la Falémé, les habitants des villages du Tiali accoururent auprès du commandant Vallière, pleins d'empressement et le remerciant de les avoir délivrés du marabout. Le village de Balégui seul, situé en face de Bontou, se tint à l'écart et resta sourd aux avances qui lui furent faites. Balégui avait, le premier, appelé le marabout et l'avait aidé à envahir le Bambouk et à y détruire plusieurs villages. La 1" compagnie de tirailleurs reçut Tordre d'aller châtier Balégui, si son chef persistait dans son insou« mission.
Le 7 janvier, la colonne franchissait la Falémé. De Koba, le commandant Vallière détachait directement sur Sékokoto, par Kakadian, le peloton d'infanterie de marine monté, avec mission d'entrer en relations avec les villages du Niagala.
Le 8, le gros de la colonne était à Bontou, où elle était rejointe par la 1" compagnie de tirailleurs, qui, devant l'hostilité des habitants de Balégui, s'était vue forcée de brûler le village et de razzier le troupeau. Ce châtiment fut très bien accueilli par les chefs des pays environnants, réunis à Bontou pour signer le traité par lequel ils plaçaient leurs États sous le protectorat français.
La 1'* compagnie de tirailleurs avait rejoint Bontou en trois marches :