MARCHE DES DEUX COLONNES DEPUIS LA FALÉMÉ JUSQU'A DIANNA
La Ire colonne quitte Sénoudébou le 18 au matin pour prendre la direction de Dianna. Le tableau ci-dessous donne le détail des marches exécutées pour atteindre ce point.
HEURES
HEURES
LONGUEUR
DATES
POINTS DE DÉPART
de départ.
gItes d'étapes.
d'arrivée.
des étapes.
'18déc.
Sénoudébou.
Sambacolo.
24 kil.
Sambacolo.
Koussan.
Koassan.
Pounégui.
Pounégni.
Kaparta.
Kaparta.
Soutouta.
Soutouta.
Ganguiliel.
Ganguilicl.
Souliou Omar. Ciré.
Soutiou-Omar-Ciré.
Sanoundi.
Sanoundi.
6 lom
Dianna.
De Sénoudébou à la mare de Pounégui, il ne se présente aucun incident remarquable.
Le terrain, tout d'abord en forme de plateaux découverts, nettoyés par les incendies qu'on y a allumés et séparés par de légères dépressions, au fond desquelles coulent des marigots ne renfermant de l'eau qu'à l'hivernage, devient de plus en plus boisé» au fur et à mesure que l'on s'approche de la mare de Pounégui. 11 se relève entre Roussan et Pounégui, où une chaîne de collines, à versants peu accidentés, constitue la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Falémé et de la Gambie. La caractéristique du terrain parcouru est indiquée par les bois épais que traverse la colonne. Le sentier se déroule, à peine tracé, parmi les hautes herbes et les arbres épineux. Les bois s'étendent à droite et à gauche. On ne distingue rien à quelques mètres autour de soi.
Aussi, le service de sûreté est-il fait avec un soin extrême. La cavalerie auxiliaire en avant, les spahis en soutien et sur les flancs de la colonne, explorent le terrain sous la direction du sous-lieutenant Guerrin. Les tirailleurs, en tête et sur les flancs de l'artillerie, sont prêts à repousser toute surprise. La colonne peut prendre sa formation de combat en carré en quelques minutes, malgré sa grande longueur et la nécessité où elle est de marcher par un et à la file indienne.
Le 21, la colonne campait à la mare de Pounégui. Ce point est choisi pour y établir le dépôt de vivres intermédiaire entre Sénoudébou et Dianna. 11 ne s'y trouvait, d'ailleurs, ni habitants ni habitations. L'étape du jour avait été longue, puisque l'avantgarde ne parvenait au lieu du bivouac qu'à 11 h. 30. Tout le monde se mit néanmoins à l'ouvrage dès l'arrivée. Spahis, tirailleurs, conducteurs, fournirent des corvées, qui coupaient dans les bois les arbres nécessaires pour former l'enceinte du sagné. tandis que les canonniers et les hommes d'infanterie de marine, sous la direction de deux officiers d'artillerie, piquetaient l'ouvrage et disposaient les matériaux apportés. Un grand hangar était élevé à l'intérieur pour abriter les vivres; un gourbi palissadé garnissait la face antérieure, servant de logement à la garnison et flanquant les deux secteurs correspondants. Le soir, à 0 heures, une petite garnison de G tirailleurs et de quelques hommes d'infanterie de marine, trop fatigués pour suivre la co-
lonne, occupaient le sagné, où était disposé un premier convoi de vivres apportés par 80 porteurs venus de Sénoudébou. Ces porteurs repartaient aussitôt pour ce poste; on leur enlevait leurs armes pour être certain qu'ils reviendraient.
La colonne, en quittant Pounégui, emportait avec elle 6 jours de vivres : 4 sur les hommes et les animaux, 2 au convoi administratif.
Cependant, les renseignements des espions, envoyés en avant, n'apprenaient encore rien de nouveau sur le marabout. Le pays était désert; les villages [rencontrés jusqu'à ce moment étaient vides de leurs habitants. La brousse devenait de plus en plus intense. Le service d'exploration et d'avant-postes était fait avec une extrême rigueur. L'un des hommes de Saada-Amady nous apprenait que le village de Soutouta, le premier du Tiali, pays qui avait reconnu l'autorité de Mahmadou-Lamine, était inoccupé. Du côté de la 2® colonne, une lettre, reçue à Koussan, me mettait au courant des difficultés rencontrées au passage du gué de Bontou et de la nécessité de se diriger sur Farabanna, 011 un passage meilleur était signalé. Une deuxième lettre, reçue à Kaparta, m'apprenait que le commandant Vallière s'était présenté devant Farabanna et avait dû également renoncer au passage sur ce point pour continuer sur Sansanding.
Ces retards apportés à la marche de la 2^ colonne, me forçaient à modifier les ordres primitivement donnés et à reculer d'un jour notre arrivée sous Dianna. Je chargeai trois chasseurs d'éléphants du pays de porter, par des directions différentes, au commandant Vallière, la lettre par laquelle je lui faisais part de ce changement. Les renseignements pris auprès du capitaine Robert, qui avait déjà franchi ce gué de Sansanding, me permettaient, d'ailleurs, de penser qu'il offrirait un excellent passage à la 2e colonne. J'arrêtai donc, comme suit, la marche combinée des deux colonnes.
DATES
Ire coLoNîiE.
2e COLONÎfK.
20 décembre.
Pounégui.
Sansanding (rive gauche).
Kaparta.
Goulango.
Soutouta.
Dalafine.
Kéravané ?
Niossonko.
Pétéboki.
SanoQDdi.
Dianna.
Dianna.
Mes ordres étaient pressants pour que les deux colonnes opérassent de manière à prendre leurs positions de combat à l'ouest et au sud de Dianna dans la matinée du 2o décembre.
Le 22, la 1^^ colonne laissait son bivouac de Kaparta. Le marigot du même nom, qui est une branche du Niériko, le plus important affluent de la Gambie, était rendu praticable à l'artillerie par les soins de la section du génie. Pour faciliter le passage, de grands feux furent allumés des deux côtés du marigot, et éclairèrent la chaussée.
A compter de ce jour, en raison de la proximité de l'ennemi, toute sonnerie fut supprimée dans le camp.
L'avant-garde arrive en vue du marigot de Soutouta à 8 h. 45 du matin. Le marigot, à fond vaseux, à berges raides, présente une profondeur d'eau de 1 mètre ; la construction d'un pont est nécessaire pour faire passer la colonne. La cavalerie auxiliaire et le gros des spahis s'arrêtent, tandis que les hommes de pointe longent rapidement le marigot à droite et à gauche pour explorer les rives. Les premiers cavaliers qui tentent le passage, voient leurs chevaux s'enfoncer dans la vase et s'abattre. Les deux premiers cavaliers auxiliaires rendus sur l'autre rive, vont reconnaître le village, situé à un kilomètre environ du marigot. Ils reviennent au galop, annonçant que Soutouta est occupé, contrairement aux renseignements donnés. Toute la cavalerie auxiliaire et les spahis mettent pied à terre et franchissent le marigot. J'envoie, pour soutenir la cavalerie, la 3^ compagnie de tirailleurs, et je donne l'ordre à la section de 80""" de se tenir prête à entrer également en ligne au premier avertissement.
L'avant-garde, ayant franchi le marigot, se porte en avant k travers les hautes herbes très épaisses; quelques coups de feu partent du village et blessf'nl légèrement deux hommes, mais la
cavalerie enveloppe le sagné au galop, tandis que les tirailleurs envoient quelques feux de salve au milieu des cases; les défenseurs, intimidés, n'attendent pas l'approche de nos cavaliers et s'enfuient dans les bois. Les auxiliaires et spahis se lancent à leur poursuite. Les bois sont tellement épais, qu'ils ne peuvent capturer qu'une douzaine de fuyards, captifs laissés par le marabout à Soutouta pour récolter les grains qui n'avaient pu être encore ramassés.
Pendant ce temps, un pont est jeté sur le marigot, et la colonne prend sa formation de bivouac en carré sur la rive droite.
Les prisonniers fournissent quelques renseignements. D'après eux, le marabout était informé de la marche de la 2® colonne, qu'il comptait attaquer avec toutes ses forces, mais il ignorait encore la marche de la colonne.
J'envoyai une nouvelle lettre au commandant Vallière avec un renfort de 15 cavaliers et de 100 piétons auxiliaires du Bondou. Je lui confirmais que le front d'opérations des deux colonnes, le 24 décembre, serait Sanoundi — Pétéboki, et je l'informais que la l^e colonne coucherait à Soutiou-Omar-Giré la nuit suivante.
En même temps, je débarrassais la l^e colonne de son convoi administratif, en complétant les vivres de réserve des hommes et animaux et en chargeant le reste sur la tête de 80 porteurs, pris parmi les hommes du Bondou. Le convoi reçut l'ordre de faire retour sur Pounégui, de s'y charger à nouveau et de venir ravitailler les deux colonnes au premier ordre donné.
Le 23 décembre, la 1" colonne passe la journée au village de Ganguiliel, abandonné depuis le matin seulement. Une reconnaissance va à la recherche de l'eau et annonce que la colonne pourra pousser jusqu'à Soutiou-Omar-Ciré. Elle lève le bivouac de Ganguiliel à quatre heures, et prend son campement de nuit au point indiqué. Elle est accompagnée dans sa marche par de grands feux, qui s'allument au loin et qui, d'après les guides, ont pour objet de signaler notre approche. Avant de quitter Ganguiliel, j'adresse une nouvelle lettre au commandant Vallière, pour lui confirmer à nouveau les nouvelles déjà données. En pays hostile, on ne saurait prendre trop do précautions pour assurer la bonne transmission des nouvelles.
(îallieni. 4
- oO -
Le 24 décembre, la colonne reprend sa marche sur Pétéboki, pour exécuter le mouvement tournant qui devait la conduire à l'ouest du tata de Dianna. Le pays est toujours aussi boisé ; les sentiers sont de moins en moins tracés. Les guides sont indécis. Les menaces les effrayent et semblent leur enlever toute mémoire. Au moment de dépasser Soutiou-Séga, ils perdent le chemin, et la cavalerie allait partir au loin en reconnaissance, quand le bruit du canon se fait entendre très distinctement vers l'est. Sachant que les intentions du marabout étaient d'attaquer la 2^ colonne avec toutes ses forces, obéissant, d'ailleurs, au principe militaire bien connu, je donne l'ordre de marcher droit au canon. Les spahis et cavaliers auxiliaires, dirigés par le capitaine Fortin, attaché à Tétat-major de la colonne, partent en avant, avec ordre d'apporter des renseignements sur la situation et de préparer l'entrée en ligne de la colonne, si la 2^ colonne avait eu à livrer une action générale contre les forces de Mahmadou-Lamine. La colonne suit un sentier à peine tracé dans les bois, s'arrête quelques heures à Goûta pour laisser un peu souffler hommes et animaux, reprend sa marche à quatre heures et arrive à la nuit à Sanoundi, où elle fait sa jonction avec la 2^ colonne.
La 2e colonne avait quitté la Falémé le 21 décembre pour se diriger sur Dianna. Les marches exécutées sont consignées dans le tableau ci-dessous :
DATES
POINTS DE DÉPART
HEURES
de départ.
gItes d'étapes.
HEUREà
d'arrivée.
LONGUEUR
des étapes.