‹ Une colonne dans le Soudan françaisChapitre 25 sur 63 · RÉSULTATS DE L'EXPÉDITION DE DIAKHA · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE L'EXPÉDITION DE DIAKHA

Pour conclure, je résume ici les résultats obtenus à la suite de l'expédition de Diakha :

Résultats politiques, — L'influence française s'est étendue au loin vers le sud. Les pays sarracolets, le Bondou, le Ferlo, le îs'ieri, le Tiali, le Diakha, le Gamon, se sont placés sous le protectorat exclusif de la France, dont l'action s'exerce désormais jusque sur les bords de la Gambie. Ces contrées sont fermées maintenant aux ambitieuses visées du gouvernement de Sainte- Marie-de-Bathurst, qui avait réussi, pendant de longues années, à y implanter son influence et à en évincer tous nos commerçants.

Des négociations sont ouvertes avec le Ouli, le Tenda, le Badon, le Niocolo, avec tous les États bordant la Falémé jusque vers ses sources. Dès qu'elles auront abouti, — et elles sont en excellente voie, — nos possessions du Haut-Sénégal donneront la main au Fouta-Djalion

La situation est devenue tout aussi favorable entre la Falémé etleBafing. Le Bambouk et tous les États qui, un peu à tort, sont indiqués comme appartenant à cette sorte de république, ont signé avec empressement les traités les plaçant sous notre protectorat. Les missions du lieutenant lleichemberg, du capi-

' Tous ces Iraitéij de protectorat ont ctc signés dans le courant du mois de mai 1887.

laine Obcidorf, prolongeront vers le sud, c'est-à-dire vers ce même n<îeud du Fouta-Djallon, actuellement l'objet de convoitises de TAn^letcrre, la ligne des pays de protectorat.

Le Soudan français s'étend, en un mot, de plus en plus vers le sud, et le temps n'est pas éloigné où nos rivières du sud et nos possessions du Haut-Sénégal seront comprises dans un même empire colonial, soumis entièrement à notre influence.

Quant à Mahmadou-Laraine, le fanatique adversaire qui a assiégé Bakel et failli ruiner Tœuvre de pénétration au Niger, il a été rejeté à plus de 400 kilomètres de notre escale du Galam. Son prestige est ruiné. Le Bondou, avec toutes ses dépendances, a été rendu à ses anciens maîtres, désormais soumis à l'autorité française. Les autres États, ceux-là mêmes qui avaient accueilli Mahmadou-Lamine et lui avaient fourni des guerriers, ont fait leur soumission et se sont engagés à lui fermer les portes de leurs villages, s'il reparaissait encore dans leur pays. De tout»», manière, ils ne lui fourniront pas de sitôt des contingents pour une nouvelle guerre sainte. Quant aux contrées qui avaient dû obéir à la force, elles s'étaient empressées de se ranger îïous notre protectorat, prêtes à joindre leurs forces aux nôtres pour repousser l'ennemi commun.

Enfin, le marabout, grâce à la poursuite énergiquement menée par le capitaine Robert et sa colonne volante, grâce au concours du chef du Ouli, a perdu le plus grand nombre de ses fidèles, ainsi que la totalité de ses ressources.

2^ Résultais comnierciaux. — Pour se convaincre de l'iuiportance des résultats commerciaux obtenus, il suffit de jeter les yeux sur la carte.

Depuis plusieurs années, les routes étaient fermées aux cara vanes venant du Fouta-Djallon et se dirigeant vers nos établissements du Sénégal. Les traitants anglais étaient venus s'établir non loin de Sénoudébou^ et accaparaient toutes les transactions. Les routes se sont rouvertes aujourd'hui. Les pays centres de productions attendent nos commerçants. Les caravanes pourront circuler librement soit par le Bondou et ses dépendances, soit par le Bambouk. Le Fouta-Djallon. vient déjà de nous envoyer par la Dentilia et Sékokoto quelques-unes de ses marchandises. Ce dernier village, sur l'invitation du commandant de la 2^ co-

Gallieni. ^

lonne, s'est empressé de restituer des marchandises qui avaient été prises à des traitants de Médine.

Ajoutons que les États nouvellement ouverts à notre commerce sont riches en production de toute sorte : mil, arachides, maïs, riz, coton, indigo, gomme, caoutchouc, cire, bœufs, etc.; que les habitants sont cultivateurs, peu guerriers, et ne demandent qu'à fréquenter nos escales, s'ils sont sûrs de ne pas être molestés en route; que le Bambouk et les eaux de la Falémé sont riches en produits métallurgiques, à la tête desquels For tient la première place; que toute la région, en un mot, se prête très bien à une exploitation commerciale des produits qu'elle renferme.

Quant aux pays sarracolets, la pacification qui vient d'y être assurée a déjà porté ses fruits. Tous les terrains de cultures ont été ensemencés, et l'on ne rencontrera plus bientôt qu'un vaste champ depuis Bakel jusqu'à Kayes. Les traitants ont installé de nouveau leurs comptoirs dans les villages du bord du fleuve; leurs chalands recommencent à circuler d'un point à l'autre. On compte que la prochaine campagne de traite sera fructueuse, et que le commerce profitera largement de la nouvelle ère de paix qui s'ouvre dans celte région.

S*' Résultats militaires. — Au point de vue militaire, une grande expérience a été faite : deux colonnes françaises, avec leur artillerie et leurs impedimenta, sont parties de deux points situés à plus de 200 kilomètres l'un de l'autre, et à travers des pays inconnus, hostiles, difficiles, que séparait une rivière de 200 mètres de largeur; elles ont opéré leur jonction au jour et au point indiqués par l'ordre de mouvement, à près de 300 kilomètres de leurs points de départ.

Les populations indigènes ont été réellement frappées par cette marche combinée. Elles n'ont songé qu'à se disperser, et toute idée de résistance sérieuse a été rapidement écartée. La soumission a été immédiate, et l'effet produit sera de longue durée. Partout existe la conviction que désormais nos colonnes peuvent rayonner au loin, et que l'éloignement ne peut mettre à l'abri de leurs coups.

Le service des vivres a été assuré pendant toute la durée des opérations. Le personnel européen nolammont a eu chaque

jour, sa ration de vin, ce liquide si précieuK sous un climat débilitant. Il n'est mort que trois hommes depuis le jour du départ jusqu'au retour, c'est-à-dire en 40 jours.

Enfin, les trois essais signalés au commencement de ce travail ont été des plus heureux.

Les tirailleurs ont prouvé à l'affaire de Kagnibé qu'ils étaient parfaitement capables de se servir de leurs armes à répétition. Ils avaient dans leurs fusils une confiance absolue, d'autant plus que ces armes meurtrières exerçaient, par contre, une fâcheuse influence sur leurs adversaires.

Les pièces de SO^^ et de 65"^^ ont très bien supporté les longues et difficiles marches sur Dianna. La section de SO"^"^ a eu une limonière cassée avant Sénoudébou, mais la section de 4 de montagne en a eu deux mises dans le même état. Le mal a, d'ailleurs, été vite réparé avec les simples moyens trouvés sur place. La nouvelle artillerie a désormais droit de cité dans nos colonnes du Soudan, et nos officiers auraient bien tort de se priver de l'aide que pourraient leur fournir, au besoin, ces engins meurtriers.

Mais le résultat le plus remarquable, au point de vue des opérations militaires spéciales à ces contrées, a été obtenu par la précaution prise de monter tous les fantassins, et tous les Européens surtout, sur des mulets ou chevaux du pays. Grâce à cette mesure, nos canonniers, nos hommes d'infanterie de marine, ont pu exécuter les longues marches de la campagne. En 29 jours, la 11'® colonne a pu ainsi parcourir 531 kilomètres, el, en 28 jours, la 2® colonne en a parcouru 526, ce qui donne à peu près la même moyenne pour chacune d'elles : 18 kil. 3 et 18 kil. 7 par jour. C'est un beau résultat, surtout si l'on considère que ces marches s'exécutaient en pays inconnu^ oii les sentiers étaient à peine tracés, et avec l'obligation d'assurer le service de sûreté de la colonne en marche et en station, avec les plus grandes précautions.

4** Résultats géographiques. — Les résultats géographiques ressortent clairement de l'inspection de la carte jointe au présent travail et des nombreux croquis annexés aux divers rapports sur les missions spéciales accomplies par les fractions des deux colonnes.

Aucune marche ne s'est exécutée sans qu'un officier, secondé au besoin par un aide, ne fût chargé du lever topographique. Les deux colonnes ont ainsi relevé 1,030 kilomètres de terrain. Si l'on pense que les régions parcourues n'avaient pas encore été visitées sur une bonne partie de leur étendue; si l'on compare nos cartes avec les cartes dôjà existantes, on pourra se reudre compte aisément de l'importance de l'œuvre accomplie.

Le Nieriko, important affluent de la Gambie, a pu être relevé sur plusieurs points, et son cours déterminé avec suffisamment d'exactitude. Les contrées montagneuses du Bambouk ont pu être décrites en détail. Les voies commerciales principales ont été reconnues. Enfin, il n'existait pas de carte politique de toute cette région; elle a été faite.

Lorsque viendront s'ajouter h ces résultats ceux obtenus par les missions Oberdof et Reichemberg, ainsi queparla mission du Ouassoulou, nos connaissances géographiques comprendront les bassins entiers de la Falémé, du Bdfing et du haut Niger. Il ne restera plus qu'à procéder méthodiquement à l'exploration topographique du massif du Fouta-Djidlon, et par là, de nos rivières du Sud. Ce pourra être, au point de vue géographique, le programme de la prochaine campagne.

finprimoi-ic L. Baudoin et C''. 2. rno. C!iristii»f>.

TROIS COLONNES

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