‹ Une colonne dans le Soudan françaisChapitre 55 sur 63 · MOUVEMENT EN AVANT · texte numérisé non relu

MOUVEMENT EN AVANT

Journée du 29 novembre. — Le mouvement s'exécute conformément aux prescriptions de l'ordre n" 33, avec un ensemble parfait. A 8 heures du malin tous les groupes sont en position et commencent aussitôt leurs marches d'approche à l'intérieur des bois. Les patrouilles d'avant-garde composées d'hommes européens et indigènes, choisis parmi les soldats les plus braves et de bonne volonté, sont forcés de s'ouvrir leur chemin à coups de hache et de coupe-coupe.

Occupation des nouvelles positions et premières marches d^ approche, i^^ COLONNE. ^Le groupe Domec, qui occupe le fort Dé- Nam, se relie par sa droite au groupe Rémond, de la 3^ colonne, sur le sentier de Dinh-Thuong.

Le groupe de Grandmaison est échelonné depuis le gué du sentier de Lang-Ngao à Lim-Ru, le long des croupes bordant la rive gauche du Song-Soï, dont il surveille le cours par des patrouilles, jusqu'au contact avec le groupe précédent.

Le groupe Mathieu se relie au groupe de Grandmaison par un petit poste placé sur la rive gauche du Song-Soï et s'étend jusqu'à Lang-Dinh, où il est en relations avec le groupe Adeline, de la 2e colonne.

Le groupe Bichemin qui, dès le 28 au matin, avait quitté Mo- Trang, trop éloigné, était en réserve à l'origine du sentier de Lang-Ngao à Lim-Ru, surveillant le gué et prêt à s'engager sur le sentier dans le cas où la liaison se romprait avec la 3^ colonne. Vers 9 h. 30 du matin, ce groupe prenait position sur le gué.

La section de 80"^°^ de montagne Jacquet se tenait avec le groupe de Grandmaison, en arrière.

Les trois pièces du capitaine Barrand étaient portées dès 8 heures du matin sur une hauteur très boisée, qui semblait dominer les retranchements ennemis, h 500 mètres environ, mais sans vues aucunes. Dès le mathi, le capitaine Barrand avait fait

pratiquer un bon sentier allant du gué du Song-Soï au groupe de Grandmaison.

2» COLONNE. — La 2e colonne est formée à 8 h. 15 du matin sur la ligne Cho-Go— Lang-Nua, face au nord, dans l'ordre suivant :

' Les deux groupes Grimaud avec un poste dél taché à Dong-Dien pour se relier à la 3^ co- ] lonne.

i^e ligne, ! Le groupe Adeline au nord de Lang-Nua avec ] un poste à la pagode Vi-Ché et un autre à sa f droite pour assurer la liaison avec la l''^ co- \ lonne.

( Groupe Savy, en réserve.

2^ ligne,. \ Artillerie.

( Ambulance.

A 9 heures la liaison est établie entre les groupes et les colonnes voisines. La 2« colonne est déployée sur un front de 1400 mètres.

Le mouvement a commencé de suite; les deux groupes du capitaine Grimaud s'avancent péniblement à travers des bois très épais; le groupe Adeline, qui a devant lui un terrain plus facile, va plus vite.

3*^ COLONNE. — Le groupe BuUeux occupe Phong-Xuong et se relie k Dong-Dien à 8 h. 20 avec la 2« colonne.

Le groupe Rémond, suivant l'itinéraire fort Dé-Zuong — Yen- Thé, occupe la pagode de Dinh-ïhuong et se relie à gauche avec le groupe Domec, de la l^'^ colonne.

Le groupe Berthe et la section de 80™"" de montage Batteux sont en réserve en arrière de la pagode de Dinh-Thuong.

Les groupes de ligne commencent aussitôt leurs marches d'approche, d'abord vers l'est, puis vers le sud-est parallèlement au sentier de Lim-Ru.

La réserve se porte de la pagode de Dinh-Thuong au fortin.

Personnellement, je reste à Phong-Xuong, d'où je suis relié aux 2e et l""" colonnes par un fil télégraphique qui est établi avant midi.

Arrivée au contact des pirates. Combat du groupe de Grand-

Gallieni. 9

maison. colonne. — A partir de 8 h. 30 le groupe Domec bat la forêt, entre Dé-Nam et Do-Khua. Il trouve ce dernier point évacué. Mais le terrain est tellement obstrué par des taillis impénétrables que, dans son mouvement en avant, ce groupe perd le contact avec la colonne Roget(3^). Le groupe Domec, dès qu'il a rejoint le Song-Soï, vers 2 heures du soir, se place en réserve au gué.

Le groupe Bichemin se met en même temps en marche pour essayer de se relier k la 3^ colonne dont on entend la fusillade et prend comme direction Lim-Ru.

A 3 h. 50 le groupe Bichemin a rejoint la colonne Roget; il se retranche le long du sentier face au sud.

Le groupe de Grandmaison pousse ses patrouilles le long du Song-Soï, mais il doit ralentir son mouvement pour laisser aux groupes précédents le tem.ps d'avancer et d'accomplir leur marche vers Do-Khua. A 2 heures du soir une reconnaissance, dirigée par le capitaine lui-même, aperçoit un ouvrage important; les pirates ouvrent aussitôt une vive fusillade contre la troupe. Le capitaine de Grandmaison maintient énergiquement son monde sous le feu, en s'abritant derrière les arbres; plusieurs linhs-cos Thos sont blessés.

Le groupe Mathieu, qui avait ordre d'aller très lentement, commence son mouvement dès 8 heures du matin, en liaison avec le groupe Adeline, à la droite de la 2^ colonne. Il pivote autour de son poste de droite, s'arrête le long d'un petit ruisseau, affluent du Song-Soï, et de là, exécute une série de reconnaissances sur sa gauche et en avant, mais il perd bientôt sa liaison avec le groupe Adeline, dont il est séparé par des mouvements de terrain recouverts d'une végétation inextricable.

Combat du groupe Adeline. 2^ colonxe. — Jusqu'à midi, les deux groupes du capitaine Grimaud gagnent du terrain en avants toujours gênés par des taillis épais. Le triangle Phong-Xuong — Cho-Go— Lang-Nua est évacué par les petits postes que les pirates y avaient placés. La communication est perdue avec le groupe Adeline sur la droite, d'où, vers 11 heures, on entend une vive fusillade.

Le groupe Adehne arrive à 11 heures au contact des retranchements pirates, après avoir refoulé devant lui les avant-postes

ennemis, placés h peu de distance de Lang-Nua. En cheminant, le coupe-coupe à la main, de chaque côté d'une clairière orientée nord-sud et dont l'extrémité nord est occupée par les fortins, les deux, groupes de tête, dirigés par le lieutenant MûUer et le sous-lieutenant Fijeac, reçoivent à bout portant des feux rapides, dirigés de positions rendues invisibles par l'épaisseur des bois. Sans le savoir, les deux avant-gardes s'étaient heurtées à la face sud du fortin de Baï-Met.

Du côté du lieutenant Millier, le soldat d'infanterie de marine Cosson, les tirailleurs 2. YIJ. 733, Din-Xuan-Linh, 2. VIT. 964, Trin-Van-Trien, tombent morts, le premier frappé de huit balles, les deux autres atteints également de plusieurs projectiles; les deux tirailleurs 2. Yll. 967, Dien-Van-Dich, 2. VII. 1026, Pham- Viet-Con, sont grièvement blessés. Au détachement du sous-lieutenant Fijeac, le soldat d'infanterie de marine Chancellay et deux tirailleurs de la 7^ compagnie du 2^ tonkinois sont également blessés. Suivant leur habitude, les pirates sortent de leurs retranchements pour enlever les morts et les blessés, tandis que les défenseurs du fortin ouvrent un feu nourri et ajusté sur nos fractions de tête. La lutte la plus vive s'engage sur cet étroit espace, battu par les projectiles venant de toutes les directions. Le lieutenant Miiiler, bien que la première décharge à bout portant lui ait mis cinq hommes hors de combat, réussit, par son sang-froid, h rallier sa section sous un feu des plus violents et à ramener ses blessés dans une lutte corps à corps. Le sergent Soulé, de la 7^ compagnie du 2® tonkinois, qui, depuis le début de l'action n'a cessé de se tenir à la tête de ses hommes, se conduit également avec la plus grande bravoure en déchargeant son revolver contre un groupe de pirates et leur arrachant les deux tirailleurs blessés qui allaient tomber entre leurs mains. Le sous-lieutenant Fijeac, de son côté, sauve ses blessés et arrête ses hommes à 100 mètres à peine du fortin et malgré le feu intense dirigé contre eux. Malgré tous les efforts, les trois tués, qui sont tombés au pied même de la palissade du petit ouvrage avancé des pirates, ne peuvent être enlevés.

Suivant les instructions générales reçues, le capitaine Adeline, pour éviter des pertes plus nombreuses, replie son groupe un peu en arrière, prend position à 150 mètres en vue des fortins pirates, s'y fortifie et évacue ses blessés.

Le commandant de la colonne, guidé par le bruit de la fusillade, laisse momentanément l'artillerie et l'ambulance à la pagode Yi-Ché et, avec les groupes Savy et Tiffon, se porte dans la trouée qui s'est produite entre les groupes Grimaud et le groupe Adeline. Le terrain est couvert d'une végétation inextricable. On est complètement sous bois et l'on n'y voit pas à quelques mètres devant soi. De plus, les détonations qui parlent dans toutes les directions se répercutent de tous côtés sous bois et ne permettent que difficilement de s'orienter.

. Bref, à partir de 2 h. 30 du soir, la situation est la suivante, du côté de la 2« colonne :

Les deux groupes Grimaud, le groupe Savy et le groupe Adeline sont déployés à droite de la 3^ colonne, face aux positions pirates et à 300 mètres au plus des fortins, toujours cachés par la forêt et une brousse intense. Chaque fois que les pointes d'avant-garde se montrent, elles sont accueillies par un feu violent d'hommes cachés dans les arbres et postés derrière les défenses : petits piquets, triple rangée de palissades, fossés, etc., qui couvrent les fortins. En même temps, le capitaine Jesson, de l'artillerie, fait préparer un épaulement de campagne par la section de SO'^"" de montagne sur l'emplacement qu'il avait pu reconnaître. Le lieutenant Blanchi, commandant la section, se met en batterie vers 4 heures sous un feu violent des pirates. Les projectiles, qui viennent battre les plaques de blindage dressées aussitôt, ne font aucune victime.

Mais la liaison est complètement perdue avec la 1^'^ colonne, séparée du groupe Adeline par une large trouée, en terrain à peu près impénétrable. La nuit arrive. Ne voulant pas exposer les troupes à des pertes énormes au milieu de ces forêts occupées par des ennemis invisibles, fortement retranchés, tirant à coup sûr et où les divers groupes peuvent se fusiller réciproquement, j'ordonne de rester sur ces positions, de se fortifier pour la nuit derrière des tranchées et abattis et de pratiquer des percées à travers bois dans la direction de l'ennemi. Le groupe Adeline n'a terminé ses abris qu'à il heures du soir.

Combat du groupe Rémond. 3® colonie. — Les groupes de l^e ligne ont commencé leurs marches d'approche vers 8 h. 30, en marchant d'abord vers l'est, puis vers fest-est-sud. On est

en plein bois et l'on ne peut avancer qu'à la hache et au coupecoupe.

Vers 10 h. 30, les patrouilles de tête du groupe Rémond sont reçues par une vive fusillade. Elles se sont heurtées, à 800 mètres à l'est de l'embranchement du sentier de Lim-Ru, aux avancées d'un ouvrage qui, d'après les renseignements donnés par un espion du dé-tham fait prisonnier le matin, doit être le fortin couvrant le fort principal de Baï-Met au nord-ouest. Le sergent de tirailleurs 3. VII. 484, Nguyen-Van-Quan, est blessé de trois balles à la jambe; le tirailleur 3. VII. 745, Pham-Van-Naï, est blessé de deux balles également à la jambe. Un vif combat s'engage autour des blessés. Les pirates, sortant des taillis, cherchent à emmener les hommes tombés et à prendre leurs armes et leurs cartouches. Le capitaine Rémond maintient tout son monde sous le feu et dirige l'action avec le plus grand sangfroid, en s'exposant lui-même aux premiers rangs pour donner l'exemple à ses tirailleurs; le lieutenant Delpont, du 2^ bataillon étranger, le sergent Trapet, du 3« tonkinois, le secondent énergiquement. Le sergent indigène Nguyen-Dinh-Xuyen va sous le feu relever le tirailleur blessé et son fusil ; le tirailleur Bang-Chi va également, sous un feu très vif, chercher le sergent indigène grièvement blessé, ainsi que son arme et ses munitions.

Les patrouilles continuent en même temps d'avancer. Plusieurs pirates tombent et le cadavre de l'un d'eux est entraîné sous bois par ses camarades. On trouve sur le terrain de nombreuses cartouches 1886, 200 environ.

La section Wemel, du groupe Rémond, est portée en renfort.

Le lieutenant Batteux, commandant la section de 80™"^ de montagne attachée à la 3« colonne, va reconnaître avec la section du génie et le lieutenant Darnault, commandant le soutien, une position pour l'artillerie. Cetie reconnaissance a lieu sous un feu très vif ; le sergent du génie Girard et le sergent du génie Tram- Van-Hoan se distinguent par leur intrépidité et leur sang-froid.

La position de l'ouvrage est repérée, autant qu'il est possible, par le lieutenant Vanvaetermeulen, d'après les indications du prisonnier et celles du chef de patrouille. Même en montant sur les arbres les plus élevés, les officiers et soldats, désignés comme observateurs, bien que salués chaque fois par de nombreuses décharges, ne peuvent rien apercevoir.

A 1 h. 30, le commandant de la section ouvre le feu, l'ouvrage étant complètement dissimulé aux vues. Des cris partant des fortins pirates semblent dénoter que le tir est efficace. .Afalheureuseraent, la fusée du dernier obus, débouchée à zéro, n'ayant pas fonctionné, l'obus tombe à plus de 700 mètres de la position occupée, et la sonnerie de la Casquette se fait aussitôt entendre dans la direction de la colonne.

Le commandant de la 3^ colonne, perplexe, fait suspendre le tir et envoie des patrouilles dans la direction du fortin. L'une d'elles reçoit une nouvelle décharge et se replie, mais un observateur, placé sur un arbre, a pu voir la fumée produite par la fusillade, et la position du fortin est définitivement repérée. Le feu d'artillerie est repris; trois obus à mitraille sont tirés, sans que les points de chute puissent être observés, mais de nouveaux €ris semblent prouver que le tir est efficace.

L'ne nouvelle reconnaissance est envoyée sur la position et est accueillie comme les précédentes par une fusillade nourrie. Le tirailleur 3.V1L830, Lé-Ngoc-Thin, est blessé. La bonne contenance de nos hommes empêche les pirates de l'enlever; l'un de ces dernier tombe blessé et est entraîné aussitôt. Il est alors 2 h. 40 du soir.

De nouvelles sonneries de la Casquette se font entendre. Les divers groupes de la colonne restent sur place et se fortifient.

Vers la gauche, la liaison s'est perdue avec la colonne.

Chaque groupe commence des travaux de cheminement pour arriver à couronner l'ouvrage pirate et h déterminer l'emplacement du fort principal. Les sapeurs, canonniers et légionnaires employés à ce travail reçoivent de nombreux coups de feu de la direction indiquée par le prisonnier, mais l'opération continue, tandis que les hommes de la réserve font des gabions et des fascines.

A 4 h. 30, le groupe Rémond est relié au groupe Bichemin, de la l^'fi colonne. La liaison existe aussi avec la 2^ colonne à droite.

A 5 h. 30, la colonne est couverte par une ligne de tranchéesabris; mais la nuit arrive, augmentée encore par l'épaisseur de la forêt et les dispositions sont prises pour repousser toute attaque.

Nuit du 29 ati 30 novembre. — Tenu toute la journée au cou-

ranl des mouvements des colonnes, sauf de la V'^ — (la communication électrique avait été coupée de 10 heures du matin h 5 heures du soir, et les trams envoyés n'avaient pu parvenir à Phong-Xuong) — j'avais prescrit aux différents groupes de se retrancher sur leurs positions pour la nuit, de repousser à la baïonnette tout mouvement off"ensif des pirates, et de continuer, si possible, les percées dans la direction des fortins pirates. Le jour était trop avancé au moment où je fus informé de la position exacte des fortins pirates, pour tenter une attaque d'ensemble contre ceux-ci. Comme en 1891 et 1892, d'énormes pertes auraient suivi toute tentative contre l'amas de fortifications qui précédaient et entouraient ces ouvrages. J'avais d'ailleurs reçu des instructions précises pour éviter ces pertes et me borner à contraindre les pirates à l'évacuation de leurs forts.

Situation des diverses colonnes, le 29 dans la nuit. l''« colonne. — Les quatre groupes sont échelonnés pour la nuit sur le sentier de Lang-Ngao à Lim-Ru et le long du Song-Soï, sur la rive droite duquel plusieurs fractions ont passé.

L'artillerie est en réserve, sur les positions préparées dans la journée et avec de larges percées ouvertes devant elles.

La liaison est complètement perdue avec la droite de la 2® colonne.

Aucun incident n'est à signaler, pendant la nuit, à la 1'^ colonne.

2« COLONNE. — Les quatre groupes de la colonne passent la nuit, presque à se toucher, dans les tranchées qui ont été exécutées le jour.

Les pirates envoient, à diverses reprises, des feux de salve sur plusieurs points de la ligne. Quelques-uns d'entre eux viennent jusqu'à nos sentinelles, placées à quelques pas des tranchées et qui donnent aussitôt l'éveil.

Le matin, vers 5 heures, les patrouilles pirates deviennent plus nombreuses et semblent chercher les solutions de continuité qui se trouvent sur notre ligne. C'est ainsi qu'elles se heurtent à Textrême droite au groupe Adeline. Le sous-lieutenant Fijeac les reçoit à coups de fusil, tirés un peu au hasard à cause de l'obscurité. Ce même groupe essaye, mais vainement, de

s'étendre vers sa droite pour reprendre le contact avec la 1^^ colonne. Les mamelons et ravins boisés qui sont de ce côté rendent ces tentatives infructueuses.

3® COLONNE. — Aucun incident à signaler, sauf quelques feux de salve, tirés à 9 heures du soir et 4 heures du matin, contre les groupes Rémond et BuUeux, par les pirates qui viennent injurier nos officiers, incitant les tirailleurs à déserter, mettant les têtes des Européens à prix et les menaçant de les tuer tous le lendemain. Personne ne se laisse émouvoir par ces vaines bravades et l'on n'a qu'une crainte, c'est que les pirates ne profitent de l'obscurité pour s'enfuir.

JOURNÉE DU 30 NOVEMBRE. — ÉVACUATION DES FORTS PIRATES. — FUITE DU DÉ-THAM.

Dans la soirée du 29, l'ordre de mouvement suivant avait été envoyé aux troupes pour le lendemain.

Ordre 34.

I. — Les reconnaissances et engagements des 2^ et 3« colonnes, dans la journée du 29, ont permis de déterminer l'existence de deux fortins où les pirates se sont fortement retranchés : l'un, situé sur le chemin de Dinh-Thuong à Lim-Ru; l'autre, à l'ouest de Lo-Goï.

IL — La 3® colonne s'est arrêtée dans son mouvement en avant en face du premier. Elle se relie par sa droite à la 2® colonne dont le groupe Adeline s'est arrêté en face du second.

La colonne est en liaison par sa droite (groupe Bichemin) avec la 3^ colonne; mais, par suite des difficultés du terrain, elle a perdu le contact à gauche avec la i'^ colonne, et il existe, entre ces deux colonnes, une trouée que la nuit et la végétation inextricable ne permettent pas de combler.

D'autre part, les sections d'artillerie de chaque colonne ont repéré leur tir, autant qu'il est possible avec le terrain privé de vues, et sont prêtes à ouvrir le feu. Mais la proximité des colonnes ne permet plus d'agir simultanément et fait craindre que le tir, s'il est repris par tout le monde à la fois, ne vienne gêner les troupes voisines.

III. — Le colonel commandant les colonnes se trouvera, dès le point

du jour, au point de liaison des 2"^ et 3^ colonnes, au sud du chemin de j

Dinh-Thuong à Lim-Ru et donnera ses ordres pour l'attaque. -<

Avant son arrivée, les commandants de colonnes auront fait continuer ;

les travaux d'approche et de débroussaillement nécessaires, envoyé des |

reconnaissances et réuni le plus de renseignements. •

IV, — L'attaque sera faite par les S*' et 3^ colonnes et le groupe j Bichemin, de la i""*^. Le reste de la ]^'^ colonne s'établira sur la ligne du ; Song-Soï, en position défensive, de manière à en interdire les approches. j

Le commandant de cette colonne fera connaiire, dès ce soir, au

colonel l'emplacement exact de son artillerie, afin qu'il puisse l'utiliser | au besoin.

Il devra faire tous ses efforts pour reprendre, dès le point du jour, la i

liaison avec la 2® colonne. Les trois groupes de la 1""^ colonne qui seront <

en formation d'attaque, se défileront derrière les accidents de terrain, >

de manière à ne pas être exposés au feu de l'artillerie des colonnes char- j

gées de l'enlèvement des fortins. \

V. — Les différents groupes devront veiller toute la nuit, les pirates i devant nécessairement essayer de s'échapper par l'obscurité. ;

Les mouvements offensifs de l'ennemi seront repoussés à la baïonnette. Il est expressément défendu de tirer un coup de fusil la nuit. ■

Phong-Xuong, 29 novembre, 9 heures du soir. ;

Gallieni. ,

I Le 30, dès mon arrivée à Lim-Ru, sur l'emplacement de la sec- 1

I tion de 80^™ de montagne Batleux, je convoque les trois com- j

I mandants de colonnes, vers 6 h. 30 du matin. Je leur confirme j

I mes ordres de la veille au soir, en recommandant d'une manière ]

I toute spéciale au commandant de la 1'"'^ colonne de reprendre, ]

dès qu'il sera possible, sa liaison avec la 2^ colonne. Le terrain )

qui sépare ces deux colonnes est excessivement boisé et tour- \ menté et il servira naturellement de ligne de retraite aux pirates. Les 2» et 3e colonnes étant chargées de l'attaque, sont renforcées

par trois pièces de la l^^^ colonne, sous les ordres du capitaine i

Barrand. |

A la i^e colonne, le groupe Mathieu oblique donc vers la 1

gauche et se fraye à grand' peine un chemin à travers les taillis, ■

les fondrières et les bas-fonds de ce terrain, rendu marécageux i par le voisinage du Song-Soï. Le groupe Mathieu trouve, à

9 heures du matin, l'ouvrage avancé de Lo-Goï évacué. Il reprend ]

le contact, à 9 h. 30, avec la 2® colonne ; mais, en même temps, \

il le reperd avec le groupe de Grandmaison. Dans ce terrain boisé et couvert, le contact ne se peut obtenir qu'à la condition de se toucher les uns les autres.

Aucun indice ne décelant encore que les repaires sont évacués, la section d'artillerie Bianchi, de la 2^ colonne, tire cinq obus à mitraille sur le fort de Baï-Met, repéré la veille au soir; les deux derniers, ainsi qu'il est constaté ensuite, ont atteint le terre-plein du fort et l'un d'eux a pénétré par le toit dans la principale case, celle du dé-tham, dans laquelle on a trouvé sa correspondance et de nombreux objets lui appartenant.

A 10 h. 30, la 2^ colonne, ayant quatre groupes en première ligne et un groupe de la l^^^ colonne en réserve, se lance sur les fortins, qui sont trouvés évacués.

Tous les bois sont fouillés dans un rayon de deux kilomètres et demie.

A la 3^ colonne, les travaux d'approche commencent dès le matin, quand l'obscurité s'est dissipée. On utilise dans ce but les gabions, qui sont roulés, après avoir été remplis au préalable de rondins et de branches d'arbres, ainsi que des sacs à riz remplis de terre. Le lieutenant d'artillerie Batteux recherche une deuxième place d'armes, en cheminant dans les boyaux ainsi établis pour pouvoir exécuter un tir en brèche sur le fortin de Lim-Ru et l'ouvrage principal de Baï-Met.

Les travailleurs, protégés par une section de tirailleurs, ne sont pas inquiétés.

Le tir de l'artillerie recommence à 9 h. 45 et cesse à 10 heures; les forts pirates restent silencieux. La marche des patrouilles de combat des groupes BuUeux et Rémond est reprise immédiatement après. Les patrouilles pénètrent dans les deux forts, qu'elles trouvent inoccupés. 11 est, à ce moment, 11 heures du matin.

Les repaires sont incendiés ; les défenses, telles que palissades, abattis, etc., sont détruites.

Les bois voisins sont fouillés.

Le dé-tham et ses bandes, se voyant entourés partout et comprenant qu'ils ne pourraient plus s'échapper, s'ils résistaient seulement quelques heures de plus, s'étaient enfuis, le matin, vers 5 heures, par la trouée qui s'étendait entre la ei la 2» colonnes. On trouvait sur le terrain de nombreuses traces de

fuite précipitée : cartouches, correspondance du dé-tham, gros approvisionnements de riz, etc. La faite avait eu lieu par petits groupes, se faufilant à travers les épais taillis du terrain s'étendant entre le Song-Soï et la pagode Vi-Ché. On ne pouvait suivre les traces de la retraite que jusque vers Lang-Van. D'ailleurs, une fois parvenus dans les plaines, les pirates étaient hors d'atteinte, leurs intelligences avec tous les villages environnants leur permettant de se dissimuler isolément, après avoir caché leurs armes.

En somme, en tenant compte de la rude expérience que nous avions déjà faite dans cette même région du Yen-Thé pendant les opérations précédentes, on ne pouvait guère espérer obtenir une meilleure solution. Nos pertes ne s'élevaient qu'à : 1 soldat d'infanterie de marine tué, 2 tirailleurs tués, 1 soldat d'infanterie de marine blessé, 6 tirailleurs et plusieurs linhs-cos blessés. Les fortins étaient pris et les bandes étaient dispersées. D'ailleurs, bien qu'aucun cadavre ne fût trouvé dans les ouvrages pirates, les recherches faites dans les journées du 1^^ et du 2 décembre, ainsi que les renseignements fournis par les prisonniers ramassés dans les bois, permettent d'évaluer à 15 environ le nombre des tués, parmi nos adversaires. Le l*^"" décembre, une patrouille d'infanterie de marine découvrit dans les bois, dans l'intervalle entre les forts Baï-Met et Lim-Ru, treize tombes fraîchement creusées. L'une d'elles fut ouverte et l'on déterra le corps d'un pirate, habillé de caki, portant encore sur lui les traces d'un éclat d'obus qui avait dû occasionner la mort. Le prisonnier, qui servait de guide à la patrouille et qui avait été arrêté la nuit précédente dans la forêt près de Lang- Nua, apprit que les autres tombes renfermaient également les cadavres des pirates, qui avaient été tués le 29 par nos obus et nos feux de salve. D'autre part, un autre prisonnier, fait le lendemain, rendait compte que plusieurs autres pirates, blessés grièvement, étaient morts et leurs cadavres emportés par les pirates. Enfin, les patrouilles de pointe du groupe Rémond avaient vu très distinctement tomber plusieurs pirates, entraînés aussitôt par leurs camarades.

Les trois colonnes passèrent la nuit du 30 sur leurs positions. Le lendemain et le surlendemain elles furent employées à fouiller méthodiquement les épaisses forêts comprises dans le triangle

Cho-Keï — Dinh-Tep— Mo-Trang, pour rechercher les fugitifs encore cachés dans les bois. Le terrain fut divisé en secteurs; chacun d'eux était attribué à un groupe. On trouva de nombreux dépôts de vivres, mais pas d'autre cadavre.

De plus, pour être bien certain que les forêts étaient purgées de leurs hôtes, le résident de Bac-Giang, le tong-doc de Bac- Ninh et 300 partisans de cette province entrèrent également dans les bois pendant les journées des 3, 4 et 5 décembre et fouillèrent minutieusement tout le terrain. Plusieurs prises importantes furent faites, tant par nos patrouilles que par les partisans : la femme et la fille du premier lan-binh du dé-tham, cinq pirates de la bande même de ce chef, le 3 décembre; trois autres pirates le 4, parmi lesquels le nommé Dien, l'un des hommes de confiance du dé-tham, et propre frère de Linh-Tuc, fauteur du massacre de Phu-Liem, etc. Déplus, pendant plusieurs jours, des indigènes isolés ou par petits groupes se présentèrent, soit à Nha-Nam, soit à la résidence de Bac-Giang, pour rendre leurs armes et faire leur soumission.

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