‹ Une colonne dans le Soudan françaisChapitre 54 sur 63 · G ALLIENT · texte numérisé non relu

G ALLIENT

Enfin, des mesures étaient prises pour constituer à Bo-Ha une ambulance pouvant contenir au moins 50 blessés. Les sampans d'évacuation étaient tenus prêts pour évacuer d'urgence les blessés sur l'infirmerie-ambulance de Phu-Lang-Thuong.

Chaque homme était d'ailleurs porteur d'un pansement individuel.

Le 28 novembre, les trois colonnes étaient donc prêtes à marcher, ayant reconnu en avant d'elles les nouvelles positions à occuper sur la 2^ ligne d'investissement, ainsi que les chemins pour s'y rendre.

Les reconnaissances, faites les jours précédents, avaient montré que les pirates avaient évacué leurs postes avancés de Phong- Xuong, Lang-Léo, Hu-Thué, Lang-Nua et Dé-Nam, et s'étaient retirés dans leurs forts principaux au cœur même des forêts.

Elles avaient pu délimiter comme suit la région boisée, oii les pirates avaient élevé leurs forts et leurs principales défenses : rive droite du Song-Soï, de Dé-Nam à Lang-Dinh, sentier de Dé-Nam à Phong-Xuong par la pagode de Dinh-Thuong, chemin de Phong-Xuong à Dong-Dien, sentier de Cho-Go au Song-Soï par Lang-Nua. Ce quadrilatère, complètement couvert de forêts,, renfermait, sur des emplacements encore inconnus, les forts et défenses des pirates et, dès que nos troupes y auraient pénétré, elles devaient s'attendre aussitôt aux surprises et embuscades qui y étaient préparées.

Sur les ouvrages des pirates les renseignements étaient toujours très vagues : de nombreux coolies y avaient été employés depuis plusieurs mois; nos reconnaissances n'avaient cessé de percevoir le bruit des travaux qui s'exécutaient à l'intérieur des bois; elles avaient rencontré plusieurs fois de longues files d'in-

dividus, chargés de riz et se dirigeant vers les repaires; le poste de Traï-Hop annonçait que, dans la nuit du 25 au 26, des groupes d'hommes armés, venant de l'extérieur, avaient pu franchir la ligne d'investissement; ce renseignement était confirmé par le résident de Thaï-Nguyen qui prévenait qu'une bonne partie des bandes de Tong-Luan et de Tong-Tru avait été appelée par le dé-tham et avait rallié le Yen-Thé. Quant à la force des bandes actuellement renfermées dans les repaires, les renseignements variaient entre 200 et 400 hommes, bien décidés à se défendre, suivant la tactique qui leur avait si bien réussi dans les opérations précédentes.

Profitant justement de l'expérience de ces opérations, je pensai que le seul moyen d'éviter des pertes importantes et de forcer en même temps les pirates à évacuer leurs forts, consistait à porter tout mon monde, les onze groupes, sur les nouvelles positions reconnues dans les journées précédentes, de manière à frapper le moral des pirates et surtout à éteindre chez eux toute idée de longue résistance, par la crainte de se voir cernés et coupés de leurs lignes de retraite. En même temps, l'artillerie devait entrer en action aussitôt que possible.

Un dernier ultimatum est donc adressé au dé-tham et, conformément aux instructions de M. le gouverneur général par intérim, trois jours pleins lui sont laissés pour accepter les conditions de soumission qui lui sont faites et dont la première l'oblige à quitter immédiatement ses repaires pour venir se présenter à moi à Nha-Nam avec tout son monde. Le chef pirate esl prévenu que, si sa réponse ne m'est pas parvenue le 28 avant li^ coucher du soleil, les hostilités seront immédiatement ouvertes contre lui. Cette obligation d'adresser un ultimatum au dé-thani et de lui faire connaître le moment de l'ouverture des hostilités, était évidemment fâcheuse au point de vue militaire.

En même temps, l'ordre de mouvement n^ 33 est adressé à tous les commandants de colonnes et de groupes, qui sont prévenus, que sauf ordre contraire, transmis par le télégraphe le soir du 28, toutes les troupes se porteront en avant le 29 au matin.

Ordre 33.

1. Renseignements sur les bandes du Yen-Thé. — Ledc-lliam et le gros

de ses bandes se sont, à la date du 28 novembre, retirés dans l'intérieur des forêts après avoir évacué leurs postes avancés de Phong-Xuong, Lang-Léo, Hu-Thué, Lang-Nua et Dé-Nam.

Les reconnaissances des trois colonnes ont délimité comme suit la région boisée, où les pirates ont élevé leurs forts et leurs principales défenses : rive droite du Song-Soï, de Dé-Nam à Lang-Dinh, le sentier de Dé-Nam à Phong-Xuong à Dong-Dien, le sentier de Clio-Go au Song-Soï par Lang-Nua.

Ce quatrilatère, complètement couvert de forêts, renferme, sur des emplacements encore inconnus, les forts de défenses des pirates et, dès que nos troupes y auront pénétré, elles devront s'attendre aux surprises et embuscades qui y sont préparées.

IL But des opérations. — Les trois colonnes, actuellement concentrées dans le Yen-Thé ont pour mission l'enlèvement des forts et défenses établies par le dé-tham dans l'intérieur des forêts et l'expulsion des bandes qui y sont fortifiées.

Dans ce but, elles iront occuper, le 29 novembre au matin, de nouvelles positions sur les côtés du quadrilatère délimité ci-dessus et d'oiî elles chemineront doucement et progressivement, avec toutes les précautions militaires nécessaires, sur un terrain aussi fourré, pour : 1° déterminer les emplacements exacts des forts pirates ; 2° les enlever successivement, en combinant leur action et en faisant appel, si nécessaire, aux procédés de la guerre de siège.

IIL Positions initiales de chaque colonne. — La 1^® colonne bordera la rive gauche sur Song-Soï entre Dé-Nam et Lang-Dinh, et s'étendra au nord-ouest, le long du sentier de Dé-Nam à Phong-Xuong jusqu'à environ un kilomètre de Dinh-Thuong où elle se reliera à la 3® colonne.

La 2^ colonne aura son centre à peu près à mi-chemin de la route de Dong-Dien à Lang-Nua, et se reliera par sa gauche à la droite de la 3® colonne, vers Dong-Dien, et par sa droite à la gauche de la colonne vers Lang-Nua.

La 3*= colonne occupera Phong-Xuong avec son groupe de droite, qui se reliera, à droite, vers Dong-Dien, à la 2® colonne; elle se reliera à gauche, avec la 1"^^ colonne, vers Dinh-Thuong, à 1 kilomètre de ce point.

Chaque colonne conservera tout d'abord un groupe en réserve.

L'artillerie de chaque colonne sera placée à portée des groupes de première ligne, de manière à pouvoir entrer rapidement en ligne, dès que les reconnaissances auront pu déterminer avec quelque précision l'emplacement des défenses ennemies.

Les trois colonnes devront être sur leurs nouvelles position le 29 à 8 heures du matin; elles pousseront aussitôt leurs reconnaissances sur le terrain en avant d'elles.

IV. Emplacement du colonel commandant et liaison des colonnes. — Le colonel commandant s'établira, dès le 29 au matin, à Phong-Xuong où

lui seront adressés jusqu'à nouvel ordre tous les rapports et communications.

Il sera relié : à la 1'* colonne, par un câble aboutissant au réseau circulaire de la pagode Monin et rattaché par le Point- A au point où se tiendra le commandant de cette colonne; à la 2® colonne, par un fil télégraphique jeté directement entre Phong-Xuong et l'emplacement du commandant de cette colonne^

Les commandants de colonnes devront constamment tenir le colonel commandant au courant de tous les mouvements de leurs groupes, des dispositions prises, des divers incidents de l'action; ils agiront de même pour les commandants des colonnes voisines et donneront des instructions conformes à leurs commandants de groupes. Dans un pays aussi couvert que le Yen-Thé, la stricte exécution de ces prescriptions permettra seule d'obtenir la concordance dans les efforts de tous vers un but commun.

V. Ravitaillement des colonnes. — Le ravitaillement des diverses <;olonnes aura lieu, pendant l'action, conformément aux prescriptions de l'ordre n° 29.

Les commandants des colonnes pourront d'ailleurs, s'ils y trouvent des avantages, porter leurs magasins secondaires en avant ou modifier leurs emplacements, à la condition de rendre compte au colonel commandant et de s'entendre à ce sujet avec le sous-commissaire chargé du service administratif de la colonne.

VL Postes de secours et évacuations. — Les postes de secours ou ambulances de la ligne de chaque colonne devront être aussi rapprochés que possible du lieu de l'action.

Les commandants de colonnes prendront leurs mesures pour que les évacuations de ces postes de secours vers les ambulances principales aient lieu aussi rapidement que possible et dans les meilleures conditions.

VIL Indications générales. — Les troupes du cercle de Ctio-Phong et les partisans Thos du Gaï-Kinh, sous les ordres du lieutenant Stauber, au nombre d'environ 500, occupent la région au sud du Song-Rong pour l'interdire, en cas de retraite, aux bandes du Yen-Thé.

La ligne du Song-Thuong, en amont de Bo-Ha jusqu'à Sui-Ganh, est gardée par les forces de milice, les partisans de Doc-Xuyet et ceux du Bang-Bien de Déo-Quan sous les ordres de l'inspecteur Roman.

Le Song-Tliuong, en aval de Bo-Ha jusque vers Duc-May, est gardé par les canonnières V Arquebuse et le Moulun et leurs embarcations à vapeur.

Les blockhaus de la ligne Nha-Nam— Bo-Ha sont occupés par les partisans du Bang-Ta de Luoc-Ha.

Nha-Nam, le 27 novembre 189o.

Gallieni.

MESURES PRISES AUTOUR DU YEN -THE : DANS LE CERCLE DE CHO- PHONG, SUR LE CHEMIN DE FER, SUR LE SONG-THUONG, ETC.

Les renseignements, fournis par les autorités indigènes et les ■émissaires ne permettaient guère de tixer d'une manière précise la direction que devait prendre le dé-tham, au moment où il se mettrait en retraite. Quant à espérer qu'il nous attendrait dans ses forts, il n'y fallait pas songer : le terrain était beaucoup trop ■couvert et difficile et, comme toujours, on trouverait la place vide au moment où nos colonnes occuperaient les positions. Au Tonkin, il est rarement donné aux troupes la satisfaction de voir leurs adversaires de près, au Yen-Thé, moins que partout ailleurs. D'après le tong-doc de Bac-Ninh, le dé-tham avait l'intention, après avoir résisté suffisamment à nos troupes, de se retirer dans la direction du Caï-Ë.inh, au sud du Song-Rong, ou •dans le Bao-Day. Il fallait donc prendre des mesures pour empêcher que les bandes n'allassent créer de nouveaux repaires ,dans ces régions. En conséquence, les mesures suivantes étaient prises : 1^ tous les partisans Thos du Caï-Kinh, au nombre de 500 environ, étaient mis à la disposition du commandant du cercle de Cho-Phong pour occuper la région difficile formée par l'avant-chaîne du Caï-Kinh, entre le Song-Rong et le Yen-Thé; 2o l'inspecteur Roman, commandant la brigade du chemin de fer, garnissait, avec ses forces de milice, avec la colonne volante du Doc-Xuyet et les partisans du commandeur de Déo-Quan, toute la ligne du Song-Thuong, en amont de Bo-Ha jusqu'à Sui- Ganh ; 3'^ les troupes du secteur de Vu-Nhaï allaient occuper Hung-Giao, Gao-Son, le col du Déo-Inh et se reliaient aux partisans Thos de Cho-Phong; ¥ la ligne ferrée et le Bao-Day restaient occupés par leurs forces ordinaires qui avaient ordre de redoubler de surveillance et de se relier au cercle de Cho-Phong; 5° les partisans du résident de Bac-Giang remplaçaient nos troupes sur la ligne Bo-Ha — Nha-Nam; 6° les commandants des •canonnières le Moulun et V Arquebuse étaient prévenus de garder k ligne du Song-Thuong, avec leurs canots à vapeur, de Bo-Ha

h Dac-May. Ce sont ces dispositions que rappelle le paragraphe YII de l'ordre précédent.

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