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ORGANISATION ET MARCHE DES CONVOIS

Un des premiers soins du commandement, sinon le premier, doit être d'assurer le ravitaillement des troupes, et, pour cela, il y a lieu d'apporter un grand soin à l'organisation et à la marche des convois.

Recrutement des coolies. — Pans le calcul du chiffre des coolies nécessaires à une colonne, quand il s'agit de coolies du Delta et qu'on veut leur faire porter deux jours de vivres sur eux, il faut prendre, comme moyenne de charge individuelle, un poids maximum de 18 kilogrammes, de façon que, en y comprenant son bagage individuel, chaque coolie ait à porter un maximum de 20 kilogrammes. Compter sur un poids plus fort est s'exposer à un mécompte.

Le chiffre des porteurs nécessaires pour transporter les bagages d'une colonne étant ainsi calculé, il faut le majorer :

1» De 10: p. 100 pour l'encadrement (dois et caïs qui ne portent pas). Il serait nécessaire que les cadres fussent désignés à l'avance par l'autorité administrative à qui revient les soins de lever les coolies et choisis de façon à avoir une autorité réelle sur les coolies ;

2^ De 25 p. 100 pour faire face aux déchets (coolies manquants, coolies insuffisants, évasions). Cette majoration pourrait être réduite à 5 p. 100 et destinée à faire face seulement aux évasions, si les coolies fournis n'étaient acceptés comme bons qu'après décision d'un médecin ou au moins d'un officier;

3° De 10 p. 100 pour fournir les coolies haut-le-pied qui sont absolument indispensables si l'on veut avoir les moyens de parer aux circonstances imprévues de la route.

Le nombre total des coolies à demander quand on prépare une colonne dans les conditions actuelles doit donc être celui dont on a besoin réellement, d'après le calcul précédent majoré de 4 p. 100 environ.

Orgmiisation du convoi. — [1 est indispensable, surtout avec un gros convoi, de subdiviser, autant que possible, la besogne et la responsabilité. A cet effet, dans une colonne de 400 ou 500 hommes ayant de l'artillerie et un convoi de 12 à 15 jours de vivres, les mesures suivantes peuvent être utilement adoptées.

On admet assez généralement au Tonkin, en raison de la difficulté des voies de communication, que l'unité de commandement de marche et de combat est le groupe mixte de 150 fusils commandés par un capitaine. Cela étant, il y a intérêt à répartir une partie du convoi entre les différents groupes de la colonne en affectant à chacun de ces groupes quatre jours de vivres, par exemple, et le nombre de coolies nécessaires pour les porter. On opère ainsi, par rapport h chaque groupe, comme on opère dans la guerre européenne par rapport à chaque corps de troupe dont le convoi régimentaire comprend non seulement les voitures de bagages, mais encore de quoi porter quatre jours de vivres. Cette répartition entre les groupes des moyens de transports et des approvisionnements, outre le premier avantage de répartir les difficultés de conduite et de surveillance du convoi, présente le deuxième avantage de scinder la colonne en un certain nombre de fractions tout organisées et pouvant, par conséquent, être à chaque instant détachées et opérer isolément pendant quelques jours. Toute opération importante comporte en effet deux phases pendant lesquelles ces sortes de détachements s'imposent : l'investissement et la poursuite ; or, ils auront d'autant plus de chances de donner des résultats que le mouvement aura été fait avec plus de célérité et, par conséquent, que les préparatifs restant à faire auront été réduits dans une plus large proportion.

Il y a également intérêt à réunir sous le commandement unique de l'officier d'artillerie, non seulement la pièce ou les pièces accompagnées de leurs coups de l''^ ligne, mais encore, sous le titre de sections de munitions, toute la réserve de munition-s d'artillerie et d'infanterie que la colonne doit traîner après elle.

Le commandement de la colonne ne demeure ainsi chargé directement que de ce qui correspond en France au convoi administratif, c'est-à-dire ce qui dépasse les six jours de vivres des groupes (deux jours sur les hommes, quatre jours sur les coolies). Même après ces réductions, le convoi reste encore une

lourde charge pour le commandement, dont il ne constitue pas la seule préoccupation. On y pourvoiera en doublant l'encadrement doïs-coolies et caïs-coolies d'un deuxième encadrement plus solide, constitué par un personnel militaire. La meilleure façon de comprendre ce deuxième encadrement semble consister à affecter un nombre d'hommes proportionné à l'effectif des coolies. Ces hommes, choisis avec soin, sont réunis en demi-sections, ou sections, ou pelotons, commandés par un sergent, un adjudant ou officier chef de convoi.

Le chef de convoi reçoit en consigne les approvisionnements dont il est responsable et dont il subdivise la responsabilité entre ses gradés et ses soldats. Chaque soldat européen, aidé de deux tirailleurs, pourrait ainsi être rendu responsable en permanence d'une sorte d'escouade de 25 à 30 coolies, correspondant à un ou deux jours de vivres, qu'ils accompagneront pendant la route et feront placer en lieu sûr à l'arrivée à l'étape.

Enfin, avant de quitter la question proprement dite des coolies, il importe de faire quelques remarques de détails qui ont leur importance :

10 On a une tendance, sous le prétexte d'alléger le convoi, à faire à l'avance des distributions de 4, 5 et même 6 jours de riz aux coolies. Cette pratique est défectueuse pour les deux raisons suivantes : la première est que l'allégement ainsi obtenu est illusoire, car, distribué ou non, ce sont toujours les coolies du convoi qui portent le riz à eux destiné; la deuxième est qu'il est impossible d'empêcher un être aussi peu discipliné et aussi peu maniable qu'un coolie, de consommer en trois jours, par exemple, les cinq jours de riz qu'il aura reçus. A la fin de la troisième journée, on s'aperçoit alors que les coolies n'ont plus de riz; comme, en définitive, il faut qu'ils marchent et par conséquent qu'ils mangent, on est bien obligé de leur en donner d'autre ; ce sont, tous comptes faits, deux jours de riz perdus sans aucun avantage ;

2° Il est indispensable, si l'on ne veut pas avoir des mécomptes sur les approvisionnements en riz, de les ensacher sérieusement et autant que possible dans une double enveloppe. Il faut se méfier de la charge trop facilement accessible et surtout du double petit panier porté en balance par un seul porteur : son transport est peut-être plus commode, mais sa surveillance en cours de

roule est des plus difficiles, et le coolie y puise à volonté et à mesure de son appétit ;

30 II serait h désirer que les denrées solubles, telles que le sel et le sucre, fussent empaquetées dans des boîtes en fer-blanc étanches.

Transportées dans des sacs elles se fondent sous Faction de la pluie et, au bout de quelques jours, les approvisionnements de ces denrées sont réduits dans des proportions considérables;

40 Enfin, une autre conclusion est à retenir : c'est qu'il faut éviter à tout prix de transporter ces énormes quantités de riz qui exigent un nombre excessif de coolies qu'on doit nourrir à leur tour- Il en résulte qu'il importe essentiellement de ne pas se laisser acculer au dernier moment à des opérations nécessaires ; mais il faut, autant que possible, les prévoir assez à temps pour procéder d'avance à des achats sur place, ou, mieux encore, s'assurer, par une politique avisée, des bases de ravitaillement naturelles et permanentes avec des centres d'approvisionnement tout constitués.

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