‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 17 sur 101 · Nûments · texte numérisé non relu

Nûments

Par opposition aux aînesses, où le seigneur n’avait affaire qu’à un répondant « assembleur», il y avait les nùments, sorte de fief où le vassal « tenait nu à nu « du seigneur », sans intermé- « diaire entre eux ». (Houard, Fief , pp. 356 et 435.)

Sur l’origine, une distinction est à faire.

Les grands fiefs, remontant à l’investiture primordiale, étaient des nûments. (Voir Léopold Delisle, Classes agricoles, p. 24 et infrà.)

Les petits fiefs ou sous-fiefs étaient souvent, mais non nécessairement, postérieurs à l’ainesse qui avait ses inconvénients. Le seigneur, dans l’aînesse, ne connaissait que l'aîné ; mais chez les puînés, s’opéraient des mutations que l’aîné ne surveillait pas toujours et qui échappaient à l’attention du seigneur. Ainsi, lors de l’aveu de l’aînesse Adam, en 1602, il manquait un labour de 66 perches ; on le trouva, vingt-quatre ans plus tard, aux champs de Saint-Laurent, dans les mains de Moisson.

Il résulte de ce fait un aveu complémentaire reçu le 10 janvier 1626, par Jacquet Gaillard, licencié ès lois, sénéchal et « juge politiayre » en

ladite baronnie de Beaumesnil, pour la prévôté de Vieilles et présenté à Denys Adam, « aîné ». (Document particulier.)

Les seigneurs avaient fini par préférer aux aînesses les nûments , qui leur permettaient de conserver leur action directe et immédiate contre chaque tenancier et le fief en sa possession.

Gomme « spécimen de nûments », et pour la rareté, on peut citer celui du pré des Aunais (Cadastre, section E, nos 85 et 86), dont la moitié en amont était mouvante de la seigneurie du Hom (aveux de 1610 et de 1786), et l’autre moitié en aval de la seigneurie de Vieilles (aveux de 1 739 et de 1736), sans qu’on sache au juste la date des inféodations primitives.

Il est quelquefois difficile de donner des preuves perdues dans la nuit des temps. Alors on répond, comme mon grand-père le fit à M. Narcisse P..., assisté de Me X... : « Je possède... parce que « je possède... et comme tous possédez vous- « même. »

Il est fort difficile en effet, sinon impossible, de retrouver le point de départ des propriétés anciennes et héréditaires. (VoirMarcadé sur l’article 2236 du Code civil, où il cite le cas curieux d’une possession de 800 ans en ligne directe laissant

encore une place possible à une incertitude juridique.)

Je rappelle ici le souvenir de Marcadé, par reconnaissance pour les choses aimables qu'il me faisait l’honneur de m’écrire de 1846 à 1849. La reconnaissance est un sentiment doux à exprimer; malheureusement l’occasion en est rare.

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