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ABBAYE DE BERNAY

Judith, vers l’an ioi3, d’après Charpillon et Caresme ( Dictionnaire , article Beaumont ), fonda l’abbaye de Bernay, et donna à cette abbaye le vaste territoire que Judith avait reçu de Richard II, c’est-à-dire Bernay et ses dépendances, Beaumont, Beaumontel et Vieilles, aussi avec accessoires.

Judith mourut en 1017, et fut enterrée dans l’abbaye de Bernay (2).

Après la mort de Judith, le duc confirma la donation qu'elle avait faite ou promise à l’abbaye de Bernay. Cette confirmation eut lieu dans une charte solennelle que, peu de temps avant sa mort, il signa à Fécamp, au mois d’août 1025.

Cette charte est rapportée entièrement en son

(1) Le Prévost, Eure, article Bernay , pp. 205, 266.

(2) Dumoulin, p. 10 1.

LES SEIGNEURS DE VIEILLES

texte latin, au Dictionnaire de Le Prévost, article Bernay pp. 284 à 286). Richard donnait à l’abbaye : « Bernay et plusieurs autres lieux, et aussi « Beaumont, Beaumontel, Vieilles, Courbépine, « Landepeureuse, Grandcamp, Fresne, Capelles, « Giverville, Cautepie, Alalouis, avec toutes leurs « dépendances (1), les églises et moulins, prés, « terres cultivées et incultes, eaux et cours d’eaux. « et pêcheries, depuis la vallée de Cernières jus- « qu'à la Fontaine-Enragée. »

Sur ces derniers mots Le Prévost ajoute en note : <t II s’agit probablement ici de la Fontaine- « Roger ou Enragée, près Beaumont. Ainsi les « cours d’eau dépendant de Labbaye de Bernay « remontaient probablement jusqu’à la vallée de « Cernières dans la vallée de la Charentonne, et « jusqu'à la Fontaine-Roger, dans la vallée de la « Risle, pour se réunir à leur confluent vers Ser- « quigny ».

(1) Cum omnibus appenditiis earum et ecclesiis et molendinis, pratis, terris cultis et incullis , aquis aquarumve decursibus (al, cum piscatoriis à valle Sarneias,usque ad Fon- T ANE AM Rage AM.

(a) Ce sont les formules des temps antérieurs rappelées par Fustel de Coulanges, Y Alleu, aux notes, pp. 12S, 126, 127, 1 3 2 , 204, 2 1 3, 242, 260, 43 1, 443.

« Dans ces temps d’anarchie, dit Le Prévost, « les volontés de Judith ne furent guère respecte tées. Ce fut, au contraire, à qui, des puissants « seigneurs du voisinage, les violerait le plus ef-

« frontément. »

§ 3. — ONFROI DE VIEILLES.

« Dans cette usurpation sur l’abbaye de Bernay, « ce fut à Onfroi, fils de Touroude de Pont-Au- « demer et cousin germain de Richard II par sa « mère Weve ou Duceline, sœur de Gonnor, « qu’échurent Beaumont, Beaumontel et Vieilles, « et cette usurpation paraît avoir suivi de près la « charte de Richard II de 1025, puisque Onfroi « est intitulé seigneur de Vieilles, dans la ru- « brique de la charte de fondation de l’abbaye de « Préaux, rédigée avant le départ, vers 1034(1), « du duc Robert pour la Terre Sainte. »

Pourquoi Onfroi prit-il le nom d’un domaine usurpé, préférablement à celui de Pont-Audemer qui rappelait une propriété plus authentique et plus importante, au moins en apparence?

« La forêt de Barc et celle qui porte aujour-

(1) Le Prévost, article Beaumont, p. 202 ; — Dumoulin.

LES SEIGNEURS DE VIEILLES

« d’hui le nom de Beaumont-le-Roger, appelée •« alors la forêt d’Ouche, entraient probablement « déjà dans le territoire de Vieilles, et peut-être « l’étendue de ces forêts, l’importance de leurs re- « venus en faisaient-elles une propriété supérieure « à celle de Pont-Audemer » (i).

Le Prévost, d’ordinaire si modéré, n’hésite pas à appeler « spoliateur de l’abbaye de Bernay » Onfroi de Vieilles. C’est aussi l’avis de M. Canel, dans son Histoire de Pont-Audemer.

Au contraire, l’abbé Caresme, dans le Dictionnaire de Charpillon, ne partage pas l’opinion de Canel et Le Prévost, par cette raison, bien faible, que l’usurpation d’Onfroi « aurait soulevé l'indignation générale ». Je ferai remarquer que dans ces temps de violence, où déjà la force primait le droit, on ne s’indignait guère d’une spoliation. C’était là monnaie courante.

Réciproquement, à l’occasion, « les moines, d’a- « près Edouard Laboulaye, n’y allaient pas moins « tyranniquement que les autres » (2).

Cette usurpation d’Onfroi, autant que les troubles de la minorité de Guillaume, amena, dit Le

(1) Le Prévost, op. cit., p. 202.

(2) Histoire du droit de propriété, p. 294. Voir aussi Le Prévost, op. cit., tome III, pp. 407 et 408.

UNE COMMUNE MORMANDE

Prévost, une lutte sanglante entre les seigneurs de Vieilles et ceux de Conches, « par sentiment de jalousie et d’envie », quand ceux-ci virent les seigneursde Pont-Audemerformerà sibon marché, tout près d'eux, un puissant établissement (i).

Roger de Tosny, seigneur de Conches, s’étant jeté sur les terres d’Onfroi, celui-ci envoya contre lui ses deux fils, Robert et Roger, avec bon nombre de soldats, « avec sa mainie et sa gent », dit la Chronique de Saint-Denis.

Dans le combat, Roger de Tosny périt avec ses deux fils, et plusieurs de ses amis. Ce combat aurait eu lieu, d’après Guilmeth, au mois de mai io36, entre Bourgtheroulde et Boissey-le-Chatel, sous les yeux du duc Guillaume lui-même (2).

Onfroi avait épousé Aubérée ( Albereda ), dame de la Haie, et de Brothoune.

Ayant fondé l’abbaye de Préaux (hommes) sous la règle de Saint-Benoît, et sous le vocable de Saint-Pierre, il la dota généreusement (vers 1034).

Puis, dans le même vallon de Préaux, à la demande de sa femme, il fit élever, à peu de distance du premier, un autre monastère (femmes),

(1) Le Prévost, op. cit., p. 202.

(2) Notice sur Pont-Audemer, p. 3j. — Canel donne la date de 1040, et ne désigne pas le lieu du combat.

LES SEIGNEURS DE VIEILLES

consacré à la sainte Vierge, et à saint Léger, mar-

« Après avoir fait à ses fils, dit Guilmeth, l’aban- « don de tous ses biens (immenses ils étaient), ce « puissant seigneur se retira dans l’abbaye de « Saint-Pierre (Préaux), y revêtit l’habit religieux « qu'il honora longtemps par sa piété et ses « vertus. »

Il y mourut le 28 septembre 1078, et fut enterré dans l’église de cette abbaye.

Ce serait bien avant sa mort qu’il aurait donné ses biens à ses enfants. On prétend que Roger aurait fait élever le château fort de Beaumont vers 1040. Il aurait donc possédé de très bonne heure Beaumont et Vieilles, parmi ses nombreux domaines.

Du mariage d’Onfroi étaient issus trois fils :

i° Robert, l’aîné, qui fut assassiné, jeune, par Roger de Clères : — « homme d’une grande pru- « dence et d’une grande autorité, il avait été Sé- « néchal de toute la Normandie. »

20 Roger, dit à la Barbe, plus connu sous le nom de Roger de Beaumont.

3° Guillaume, dont les généalogistes ont peu parlé. Il est cependant mentionné dans la charte de fondation de l’abbaye de Préaux, comme l’un

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des trois jeunes seigneurs qui, à cette occasion, avaient reçu chacun un grand soufflet, permaximum colaphum , pour se rappeler plus longtemps et au besoin témoigner de cet événement (i).

Singulier temps que celui où l’on donnait un soufflet bien senti à des enfants fragiles pour fixer leurs souvenirs, car on n’indiquait pas alors la date de la plupart des fondations. S'il y avait une date ajoutée après coup sur les copies, elle était souvent erronée, comme celle (2) de la confirmation par Richard II.

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