‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 25 sur 101 · ROGER DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

ROGER DE BEAUMONT

Roger, 2e fils d’Onfroi, épousa vers 1045 ou 1046 Adeline de Meulan, sœur du comte Hugues II.

Celui-ci ayant pris l'habit monastique au Bec vers 1077, Roger, par sa femme, hérita de toute la portion occidentale de l’Ile-de-France.

(1) Ce trait n’est pas romain, il est germain très probablement, dit Fustel de Coulanges qui cite une loi franque exigeant que l’acquéreur amenât, au paiement du prix et à la prise de possession, 3, 6 ou 12 témoins, selon l’importance, et un nombre égal d’enfants qu’il frapperait, et auxquels il tirerait les oreilles. ( L’Alleu , p. 1 3 1 .)

(2) Le Prévost, article Bernay , p. 283.

LES SEIGNKURS DE VIEILLES

Mais Roger, déjà tant par l’abandon d’Onfroi que comme héritier de son frère aîné Robert, et aussi par d’autres sources, était devenu possesseur de grands domaines.

Il fut seigneur de Pont-Audemer, de Beaumont, de Vieilles, et de beaucoup d’autres lieux.

Guilmeth ditmême(i) que Robert, l’aîné, avait possédé Beaumont et Vieilles dans sa jeunesse.

Roger de Beaumont fut un des conseillers de Guillaume le Conquérant, et fit partie des principaux vassaux convoqués à Lillebonne (2) afin d’aviserauxmoyensde conquérirl’Angleterre. Pour sa part, il fournit 60 navires dans le nombre des 880 gros vaisseaux destinés au transport des troupes. Il resta en Normandie auprès de la princesse Mathilde, la secondant dans l’administration du duché, en l’absence de Guillaume.

Roger de Beaumont, et son fils Robert qui se distingua en Angleterre, ne furent point oubliés dans les libéralités de Guillaume ; mais Roger ne voulut point prendre part à la spoliation des propriétaires anglais : « homme d’une simplicité et « d’une bonne foi antiques, dit Guillaume de Mal-

(1) Sur Pont-Audemer, p. 38.

(2) En 1066. Dumoulin, p. 174.

« mesbury, il refusa toujours d’aller en Angleterre,

« où le conquérant lui offrait toutes les possessions « qu’il pourrait demander. Il voulait donner tous « ses soins à l’administration de l’héritage que « ses pères lui avaient laissé, et il n’était point « dans ses intentions d’envahir, de l’autre côté de « la mer, des biens sur lesquels il n’avait aucun « droit » ( i ).

Roger continua d'être en grande faveur auprès de Guillaume le Conquérant. Il était l’un des plus puissants et des plus opulents vassaux de Normandie, gendre et beau-frère des comtes de Meulan, riche en trésors, en dignités, en châteaux forts et en vaillants guerriers. L’un de ses fils était comte de Meulan, en France, l’autre comte de Warwick, en Angleterre.

Ce fut dans les dernières années de sa vie qu’il confirma la fondation du prieuré, alors collégiale,

(i) En cela Roger ne faisait qu’imiter les autres barons normands. Les aînés, chefs des maisons puissantes, restèrent sur leurs domaines , les cadets seuls s’établirent en Angleterre. Si quelques ainés y reçurent despossessions, ils donnèrent toujours la préférence à leurs biens normands. Cette opinion existait encore dans toute sa force, lorsque Louis IX força les seigneurs possédant dans les deux royaumes à opter. Le plus grand nombre n’hésita point. (Note de Canel sur Pont-Audemer, p. 17.)

LES SEIGNEURS DE VIEILLES

de la Trinité de Beaumont, sous la dépendance de l’abbaye du Bec. Cette fondation, commencée vers 1070, reçut sa dédicace vers 1088 ; la charte ne porte pas de date, mais constate la présence, comme témoin, de Gislebert du Pin, tué au siège de Brionne en 1090. La copie de cette charte se trouve dans l’ouvrage de Le Prévost (article Beaumont , pp. 208 à 206 ; et dans Charpillon et Caresme, Beaumont , p. 246). On y voit que Roger donne au prieuré: 990 acres (1) de terres labourables à Barc, Bray, Neuville-de-Combon et Fréville ; et divers revenus, dîmes, champ»arts, redevances, pasnages, tonliers, à prendre sur différents lieux et paroisses, Saint-Léger-le-Gautier, Beaumont-la-Yille, Beaumontel, Rouge-Fosse, Launay-Bigards, Salerne, Combon, Serquignv, sur le moulin de l'Etang (1 muid de froment), dans la forêt de Barc et de Beaumont (forêt d’Ouche), jardins du donateur et vigne située entre le château et l’église, et la concession d’une foire fixée au jour de la dédicace. (Le Prévost suppose que c’est la foire Saint-Michel qui existe encore aujourd’hui.)

(1) Domaines dont l’étendue étonne notre imagination, dit à ce propos Léopold Delisle ( Classes agricoles, préface, p. 39).

io4

Roger de Beaumont, après quelques années de retraite à Préaux, y mourut, « chargé d’années et de l’habit de saint Benoît » (Dumoulin), en 1094, d’après Canel, ou iog5 d'après Guilmeth. Il fut enterré dans l’église de l’abbaye (Saint-Pierre).

Il avait « surpassé en biens, en honneurs et en « vertus, tous ses prédécesseurs » (1).

Il laissa deux fils qui s’élevèrent encore à un plus haut degré de puissance:

i° Robert, comte de Meulan, aîné;

20 Henri, comte de Warwick, jeune ; et peut-être aussi Guillaume, abbé du Bec.

Page 1