‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 34 sur 101 · ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

ÉMIGRATION

Telle était l'influence des souvenirs du siècle précédent, qu'au bruit de l’invasion, en 1417, et au seul nom des Anglais, la population normande fut prise de terreur et s’enfuit. Dans leur simplicité, les paysans s’imaginaient, dit Thomas Basin, évêque de Lisieux, que les Anglais étaient non des hommes et une nation, mais des bêtes féroces, venant pour dévorer le peuple (1).

Lorsque les Anglais entrèrent h Lisieux, ils n’y trouvèrent qu’un vieillard et une pauvre femme (2).

Ces fugitifs périrent au nombre de 12 à i5 mille dans les fossés de Rouen, entre les murs et les

(1) « Quantus vero terror patriæincolas invaserit, quantus « metus ex solo nomine invaserit... Œstimantibus pluribus « non Anglos gentem atque homines esse, sed immanes « quasdam belluas quæ ad devoramdum populum se effun- « derent». Basin, sous le pseudonyme d’Amelgard,//îStt>ire de Charles VII, tome I, chapitre xi.

(2) Le 4 août 1417, la Charité de la Couture à Bernay, effrayée, alla avec ses deux chefs se réfugier à Verneuil jusqu’à la Toussaint, emportant ses trésors et ornements. ^Charpillon, I, Soi .)

OCCUPATION ANGLAISE

lignes anglaises. Il faut voir dans Monstrelet la peinture de leurs maux : «les petits enfants nou- « veau-nés que les bonnes gens pitoyables tiraient « en paniers pour les faire baptiser et qu’ils ren- « daient aux mères, pour mourir ensemble ! »

Puis il y eut l’émigration forcée, l’expulsion. D’abord, en iqi5, à Harfleur, sauf quelques bourgeois retenus à rançon, les gens de « petit état, « femmes, enfants, vieillards, pauvres et infirmes, « furent impitoyablement jetés hors des murs, « avec chacun 5 sous et un vêtement et avec la « liberté de porter leur misère où il leur plairait ».

Puiseux (page 14), auquel j’emprunte ce passage qu'il a lui-même tiré de Monstrelet et de Thomas Basin, ajoute : « Un chapelain d’Henri V « vit défiler cette troupe désolée ... Il s’apitoie « un instant . . . mais il réprime bien vite cette « velléité sentimentale, et, avec cetie imperturba- « ble et superbe confiance des Anglais d’alors sur « le royaume de France, il ajoute froidement : « Ils pleuraient leurs demeures accoutumées, mais “ après tout, ils n’y avaient aucun droit, car il fut « alors prouvé par le jugement de Dieu, qu’ils « n’avaient été qu’étrangers, là où ils se croyaient « citoyens. »

Deux ans après, le roi d’Angleterre donnait

aux habitants qui avaient capitulé, le choix de vivre sous son obéissance ou de quitter le pays. Beaucoup préférèrent l'exil. L’émigration se continua longtemps. En iq33 et 1434, après l’issue malheureuse des insurrections populaires de la Basse-Normandie et du pays de Caux, la Normandie, selon Thomas Basin, perdit 200,000 habitants (livre III, chapitre v ; Puiseux, pp. 24 et 25).

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