‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 35 sur 101 · CONFISCATION · texte numérisé non relu

CONFISCATION

Dès le début de la conquête, et à mesure qu’il avançait dans le pays, Henri V prononça des confiscations partielles sur tous ceux, réfractaires ou absents , qu'il désignait sous le nom de rebelles. La mesure devint bientôt générale. Le 9 février 1419, il ordonne à ses baillis de saisir et mettre en sa main, dans tout le duché, les terres seigneuriales ou autres, rentes et pensions appartenant aux nobles et gens d’église qui ne lui avaient pas encore prêté serment de fidélité. Le 6 juin suivant, la confiscation en masse était étendue à tous les habitants qui n’avaient pas reçu des actes de concession en forme, qu'ils fussent nobles ou non nobles, soumis ou non soumis. C’était une exhérédation universelle des Normands par les An-

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glais. Le roi s'étant proclamé propriétaire unique, daigna donner la raison de son acte en ces termes : « Comme par la grâce et aide de Dieu notre Créateur (i), nous avons atraict et mis en notre obéissance toute notre duché et pays de Normandie, et par ce « soient venues et dévolues à nous, « comme notre propre chose , toutes les terres et « seigneuries, en fief ou autrement, de ladite « duché, avecques les droits, devoirs, hommages « et autres choses à icelles terres appartenans (2) ».

Il se réservait de concéder à nouveau leurs biens à ceux qui lui prêteraient serment. Quant aux récalcitrants, absents , émigrés , leurs biens furent confisqués à jamais et réunis à son domaine. (Puiseux. p. 33.)

Parmi plusieurs personnages de marque qui émigrèrent alors, mentionnons, à cause de leurs affinités avec Beaumesnil et Vieilles, des d’Har-

(1) Ces pieux conquérants, qui ont toujours le nom de Dieu dans la bouche, ne sont que des comédiens qui se moquent de la divinité.

Voir autres grâces rendues à l’occasion de la victoire de Verneuil. Extrait de la bibliothèque de l’Ecole des Chartes, publié en 1 89 5, par Germain Lefevre-Pontalis, pp. 7 5,

(2) Acte relatif à la seigneurie de Damville-Bréquigny, n°‘477i 528,570; — Puiseux, pp. 82, 34,64, 65.

court, des Milly et surtout « cette héroïque Perte rette de la Rivière (i) qui aima mieux renoncer « à son château de la Roche-Guyon, et s’en aller « pauvre et dépouillée, tenant ses petits enfants « par la main, que de faire hommage au roi « d’Angleterre et de se donner en mariage à Guy « Le Bouteiller, au traître qui, disait-on, avait « vendu Rouen aux Anglais » (2).

A ces victimes de la confiscation, il faut ajouter, pour Vieilles spécialement :

Jean de Tournebu qui, comme fils de Guillaume

(1) Perrette était fille de Bureau de la Rivière qui, comme premier chambellan de Charles V, reçut, lors du siège par Duguesclin, la capitulation de Beaumont le i3 mai 1878, rapportée par Le Prévost, Dictionnaire, article Beaumont, p. 2i5. — Elleétait veuve de Guy VI de la Roche-Guvon, tué à Azincourt. Elle fut, dit Siméon L.uce, « l’une des plus tou- « chantes figures du xve siècle, et mérite d’être placée, au « point de vue du patriotisme, dans le cortège de Jeanne « d’Arc. » [La France, Guerre de Cent Ans, seconde série.)

(2) V oir Histoire de Normandie, par Gaube, tome II, pp. 1 ( 7 et 1 69 ; — Puiseux, Emigration Normande, p. 38 ; — Cheruel, Histoire de Rouen sous la domination anglaise, PP- 7°> 7 9> 140, 141* — Siméon Luce, sur Perrette, La France , Guerre de Cent Ans, seconde série, étude restée inachevée à la mort de l’auteur. Voir aussi VJnvasion anglaise, par Germain Lefèvre-Pontalis, bibliothèque de l’Ecole des Chartes, extrait de i8g3, pp. 4 et 5, et p. 42, note 6.

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de Tourncbu et de Marie Painel, descendante des Milly, possédait la terre de Beaumesnil, dont il fut dépouillé, et dont la concession fut faite à l’anglais Robert de Willongby ; et Isabelle de Pommereuil, qui, tenant le fief du Hom , à Vieilles , refusa courageusement de se soumettre aux Anglais, et se vit expulser brutalement de son domaine que reçut, avec Brétigny, l’Anglais Henry Vernay, le 8 août 141Q. (Voir Charpillon et Caresme, Dictionnaire , tome Ier, pp. 2 5 2 et 072.)

Dans le voisinage :

Le 2 juin 1418, Henri V, par un double décret, daté de Bernay, dépouilla la famille deVieuxpont de sa terre et seigneurie du Neubourg, et la famille de Coesme de sa terre de Combon, pour offrir ces deux domaines à Thomas d Essex, comte de Salisbury. (Le Prévost, Neubourg, p. 455; — Charpillon, I, pp. Soi, 786 ; IL p. 586.)

Henri V donna encore (1) au même Thomas d’Essex le comté d'Harcourt, quatre mares, Routot, Elbeuf, et l’hôtel d'Harcourt à Rouen, rue de la Vicomté, qui devait appartenir alors à Jean VII, comte d’Harcourt et d’Aumale, fait prisonnier à

(1) Le Prévost et Charpillon différent sur les dates aux articles Harcourt et Routot (3 mars 1418, ou 1er juillet 1419).

Azincourt et mort à 82 ans, le 18 décembre 1452.

Ce Jean VII avait eu deux filles, dont l’une, Marie, épousa Antoine de Lorraine, comte de Vaudemont.

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