‹ Une commune normande sous l'Ancien régimeChapitre 38 sur 101 · BEAUMONT · texte numérisé non relu

BEAUMONT

Le premier des registres paroissiaux de Saint- Nicolas-de-Beaumont ne date que de 1593. On y voit trois notes importantes que le curé Lenfant y consigna, sur des faits accomplis pendant les deux années précédentes. Saint-Denis, dans son livre sur Beaumont (p. 245), les a reproduites textuellement. Je les lui emprunte :

« i° Le 25 septembre 1591, le chasteau d’Harcourt, qui tenait pour l’Union (catholique), fut remis à Montpensier, gouverneur de Rouen, et à Fervaques, chef protestant, par composition, à la vue de six pièces de canon.

« 20 Le lendemain, la carrière de Beaumont fut assiégée par les mêmes chefs avec deux pièces d’artillerie « qui emportèrent les jambes de huit perce sonnes, au nombre desquelles était le tabel- « lion ».

« 3° Le dimanche 2 mai 1 5q3 « Biron arriva à « Beaumont à midi et y fut jusqu’au mardi 11 ».

Le jeudi 14 mai (ce qui ne s’accorde pas avec la date précédente, ni avec celle de l’alinéa suivant), « les Anglais arrivèrent à Beaumont, et mirent « le feu aux maisons de ce lieu, et au camp Fre-

OCCUPATION ANGLAISE

«mont, et le lendemain, i5 juillet, ils vinrent « mettre le feu à l'église Saint-Nicolas et aux mai- « sons des environs ».

Le mardi i ie jour de mai, « Beaumont fut as- « siégé par... admirai et M. de Montpensier, avec « io pièces de canon, et dura le siège jusqu’au « mardi 25 juillet, duquel lieu de Beaumont, après « capitulation faite, M. de Longchamp partit... « et s’en alla droit à Rouen ».

N’est-ce point à ce fait caractéristique, pendant longtemps oublié, qu’il faut rapporter la demiluneé levée en terre sur la bruyère de Bourg-Dessus, qui couvrait la descente à Beaumont, et menaçait l’arrivée par le Neubourg? On voyait encore cet ouvrage, il y a quelques années.

L’essai de résistance signalé plus haut s’explique ainsi : Beaumont tenait pour le parti catholique, pour les ligueurs. S'étant opposé à la translation, à Caen, du Parlement de Rouen, il avait encouiu la menace de voir raser ses maisons.

Les passions qui fermentaient à Beaumont s’étendirent àVieilles dont les habitants étaient catholiques. (Voir Amiens, contrats de mariageAdam, célébrés selon la formule en « face de notre Mère « Sainte Eglise ».)

Voici à ce propos un document inédit :

Le 19 octobre i6o5, devant Dessaulx et Dubois, tabellions en la vicomté d’Harcourt, pour le siège de Vieilles, Jean Caresme vendait, à fin d’héritage, à Jehan Adam, laisné, mon ancêtre, marchanda Vieilles, une petite portion de masure, « sur lace quelle il y avaitci-devantquelquesédificesconsum- « mes par la combustion arrivée audit lieu, lo?'S du « passage des Angloys qui fut en l'année 1 593, con- « tenant 2 à 3 perches, assise audit Vieilles, près « le moulin Bardel, bornée des deux côtés et d’un v bout ledit acquisiteur, et d'autre bout la rue dudit « moulin, à la charge de telle rente et faisance ce seigneuriales que ladite portion serait tenue de « faire envers la baronnie de Beaumesn.il , pour la c< prévosté de Vieilles, et en outre moyennant le « prix de 7 livres tournois...» — Cette portionétait sortie de l’ainesse Adam, depuis l’aveu du 28 juin 1602, où Caresme ne figurait point. Elle y rentra donc en i6o5.

Je n’ai point eu le mérite de découvrir ce vieux titre, resté dans la maison Adam. Mon grand-père le mettait au jour quelquefois, quand on traitait la question, car la tradition s’était conservée, mais souvent avec une certaine confusion entre l'invasion du xv° siècle et le passage éphémère de 1693.

cc Le souvenir de ces calamités a été long à s'ef-

OCCUPATION ANGLAISE

« face r de la mémoire des hommes, dit le vi- « comte Louis de Neuville.

« Il y a cinquante ans, il se trouvait encore, ici et là,dansnoscampagnes,desvieillardsqui se rappe- « laient avoir entendu, sur les lèvres de quelque re- « présentant attardé des générations précédentes, « le récit des misères que leurs pères avaient en- « durées, du temps des guerres des Anglais.

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