EXCÈS, DÉSOLATION, RETOURS OFFENSIFS, DÉLIVRANCE
Les Anglais avouèrent que ce n’était pas seulement du fait immédiat de la guerre que la Normandie souffrait, mais aussi par les « gens et office ciers (Anglais), capitaines et autres qui,soubs omcc bre de leurs offices, ont fait et font grands tors, « abus et excès ; comme rompre églises et empor- « ter les biens de dedans, prendre et violer fem-
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« mes mariées et autres (1), battre inhumainement « les povres gens, oster leurs chevaulx et autres « bêtes labourans, et leurs biefs avec semences ; « soy logier ès hostels des gens d’église, nobles « bourgeois et autres, contre leur gré et voulonté. « Lever et prendre pension sur villes et paroisses « à nous subjettes et obéissans (2) »..., etc., etc.
Aussi, dans quel état la mirent-ils, cette Normandie qu'ils avaient prétendu vouloir « restituer « dans son ancienne gloire et prospérité » !
« Cette noble contrée, dit l’évêque Thomas Bâte sin, naguère si pourvue d’hommes et de riches- « ses, tomba dans une ruine complète et une déso- « lation profonde. Nombre d’habitants, chassés « par la guerre, la peste et la famine, émigrèrent « en Bretagne et en Angleterre. L’agriculture fut « abandonnée; les champs se couvrirent de buis- « sons et ressemblèrent à des forêts touffues. On
(1) Voir dans Ganel, Blason populaire (tome I, pp. 106 à 108), un extrait textuel de la Chronique de Robert Blondel, dès 1419.
(2) Ordonnance de Henri VI, 3i janvier 1433, Cheruel, Histoire de Rouen au XV* siècle, pièces justificatives (pp. 85 à 88). — Déjà il y avait eu de précédentes ordonnances en ce sens, les 24 janvier et 16 décembre 1421. — M. Puiseux, Emigration ,p. 5o ; — de Beaurepaire, Etats de Normandie , pp. i3o à i32.
« y retrouvait à peine la trace des chemins. » Toutefois, la Normandie avait, de temps en temps, relevé la tête sur quelques points.
Ainsi les Français étaient redevenus maîtres, dès 1421, du Bec-Hellouin ; en août 1422, de Bernay; en 1435, du château de Beaumesnil ; en 1440, de Conches ; en 1441, de Beaumont, encore Beaumesnil ; en 1441, d'Evreux; en i442,duNeubourg. Peu après, les Anglais reprenaient Conches et autres lieux. Une trêve conclue, renouvelée, prorogée au ier avril 1449, fut violée par eux et les hostilités recommencèrent. Au mois de mai 1449, notre Robert de Floques enlevait le Pont de l’Arche, puis assiégeait et prenait Conches d’assaut.
Enfin l'heure de la délivrance sonna. Les Anglais furent expulsés en 1449 et 1400.
Ils sentaient que le sol se dérobait. La défaite sanglante qu’ils éprouvèrent à Formigny, le 14 avril 1400, acheva de les dérouter.
Ils partirent, abandonnant cette terre ingrate (1) qui n’avait pas su les comprendre et n'avait cessé de les harceler pendant trente-cinq ans.
Ce fut un immense soulagement traduit en actions
(1) C’était une Irlande manquée. Mais il leur reste l’autre, la bonne, la vraie, la malheureuse qui paie bien pour deux.
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de grâces qui, en quelques endroits, se sont perpétuées jusqu'à nous.
A Lisieux, le Chapitre de la cathédrale se rendait en procession aune église désignée, pro reductione ducatus Normanniæ in potes tate Caroli VII , regis christianissimi , anno iqôo. Tout le clergé de la ville devait y assister. Cette cérémonie avait lieu le 12 août (anciennes liturgies) (1).
Dans le diurnal complet des diocèses de Baveux et de Lisieux, édition de 1890, à l’office des vêpres, le jour de l’Assomption (2), on lit :
«Au salut, on chante l’antienne suivante: « Pour la délivrance de la Normandie (année « iqSo). »
« L'héritage de nos pères fut quelque temps au « pouvoir d’un ennemi qui le détenait injustement, « mais notre heure est venue, et nous chassons « l’étranger de l’héritage de nos pères. »
« y C’est en Dieu que sera notre force.
(1) Document particulier. Lettre du 9 novembre iSqa, de mon ami l’abbé Piel, auteur de Y Inventaire historique.
[2) Il en étaitde même à Séez. Le 12 août, on faisait mémoire de la grâce obtenue, et de la prière solennelle, par toute la Normandie, pertotam Nortnanniam , avec la belle antienne de Bayeux : « 1 héritage de nos pères. » (Même lettre de l’abbé Piel.)
« r) C’est lui qui réduira nos ennemis. »
Suit une oraison.
Les Anglais n’étaient point partis pour toujours, hélas !
En 1 558, François de Lorraine, chef catholique, leur avait repris Calais qu'ils possédaientdepuis 1 347 ; mais en i562, les protestants ayant demandé à la reine d’Angleterre des secours pour lutter contre les catholiaues, Elisabeth les leur accorda par charité chrétienne, à la condition qu'on lui remettrait en gage le Havre.
Les Anglais entrèrent en effet dans cette ville et, comme c’était à prévoir, ils refusèrent d’en sortir, à lafin des hostilités entre catholiques et réformés (mars 1 563). Il fallut entreprendre un siège.
Enfin, les Anglais capitulèrent, et la paix fut conclue, le 1 5 avril 1 564.
Bientôt, les chefs calvinistes ayant renoué leur liaison avec l’ennemi héréditaire, les hostilités reprirent, jusqu’au traité du 1 1 août 1070.
Le 3o mai 1 574, mort du roi Charles IX. Henri III, qui lui avait succédé, mourut le 2 août 1589.
Henri IV se présenta pour s’emparer de la couronne.
Il rencontra de l’opposition chez les ligueurs (catholiques) ayant pour chef Mayenne.
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A l’exemple des chefs calvinistes, le prétendant demanda des secours à la reine Elisabeth, qui, peu de jours après, à Arques, fit débarquer quatre mille hommes en Normandie.
Lisieux, Pont-Audemer, Bayeux, Honfleur, Pont-l’Evêque et autres petites villes firent leur soumission à Henri IV, qui gagna sur les ligueurs la bataille d’Ivry, le 14 mars 1090.
Le 23 juillet 1 5g3, à Saint-Denis, le roi abjurait le protestantisme et se faisait catholique.
Le Parlement de Normandie rentrait de Caen à Rouen au mois de mai suivant.
Après la conversion royale et la prise de Paris que suivit de près la soumission de Rouen, plusieurs villes importantes rentrèrent en la possession du Béarnais, les unes après des luttes, les autres par arrangement.
Beaumont-le-Roger voulut avoir l’honneur d’un siège, qui ricocha sur Vieilles.
Les historiens n’ont point relaté ces menus faits: il faut s’adresser aux pionniers et non aux ingénieurs pour les travaux utiles.
Nous allons étudier ce qui se passa chez nous, à cette époque.