CHAPITRE XIV
De Chambor, seigneur de Vieilles (1744 à 1778)
arthélemy Michel , plus connu sous le nom de de Chambor, descendant d'une ancienne famille de l’Election de Coutances (i), devint propriétaire du fief de Vieilles, après Blanfuné.
Lieutenant-général au bailliage de Beaumont-le- Roger, il parapha, en cette qualité, les registres de l’état civil de Vieilles, en 1728. Déjà seigneur de Chambor, de la Haye-Saint-Sylvestre, delà Tellerie et autres lieux, il prit le titre d’écu}rer, en cotant ces registres, et plus tard le titre de chevalier, dans l’acte de mariage de sa fille.
(i ) E . de Magny, Nobiliaire de Normandie, tome II, p. G88.
Né à Paris le iô février 1696, il épousa Marie- Anne Gautier, dont il eut deux enfants.
Il habita d’abord Beaumont, puis Vieilles.
Il fit partie et devint doyen du Conseil supérieur de Rouen, qui.remplaça le Parlement.
Mort à Vieilles en 1778.
Les trois fils de Nicolas Blanfuné ne devaient pas garder la terre de Vieilles; leurs sœursn’avaient droit qu’à une rente légitimaire.
Ils tombèrent d’accord de prix avec de Chambor, et :
Par un premier contrat reçu par Dutartre aîné, notaire à Paris, le 24 décembre 1744, lecturé à Vieilles, le 3 janvier suivant, Nicolas Chrysostôme Blanfuné qui, comme aîné, l'avait pris par pf'éciput, vendit à de Chambor « le noble et plein « fief, terre et seigneurie de la Prévôté de Notre- « Dame de Vieilles, pour autant qu’il en apparte- « nait au feu sieur Nicolas Blanfuné, son père, « conformément à la vente que le feu sieur comte « de Chamilly, baron de Beaumesnil, lui en avait « faite le 22 avril 1709, et aux lettres patentes
DE CHAMBOR, SEIGNEUR DE VIEILLES
« d'union, obtenues par ledit feu Nicolas Blan- « funé, au mois de juillet 1726 .. avec le domaine « non fieffé, consistant aux droits honorifiques, prête sentation à la cure, manoir seigneurial, cour,
« jardin, colombier, rivière, clos fermé de murs,
« prairies, terres labourables, etc., et tout ce qui « peut s’entendre de la dépendance dudit noble « fief; le tout pour et autant qu'il y en a de compris « dans lesdites lettres patentes, et que le dit « feu sieur de Blanfuné en possédait, plus un « moulin à eau faisant farine, nommé le Moulin- « Bardel... »
Par un deuxième contrat, reçu le 4 janvier 1740 par ledit Dutartre, lecturé le 24 du même mois, Blanfuné, aîné, comme mandataire de ses deux frères puînés, vendit à de Chambor, « dix pièces « de terre en labour, bois et prés, étant dans la « censive et mouvance du domaine de Beaumont « et de la seigneurie du Hom, et deux rentes, le « tout faisant partie des rotures de la succession « de leur père. »
Enfin, par un troisième contrat, reçu le lendemain 3 janvier 1740, par le même notaire, Blanfuné, aîné, en vertu des procurations de ses frères, vendit à Richard, bourgeois de Paris, tous les biens immeubles « qu’il dit être en roture de la succes-
« sion de leur père commun, y compris deux rente tes, tous les dits biens appartenant aux dits frères « puînés, leur ayant été laissés et abandonnés « comme rotures dans la succession de leur père, « à cause de l’option faite par leur frère aîné du « fief noble et seigneurie, et des fonds qui y ont été « réunis et incorporés par les lettres patentes de « juillet 1726. »
Richard, sur retrait féodal exercé par de Chambor, lui fit remise et délais de cette acquisition, le 18 janvier 1746.
Trente ans après, Pierre-Guy Chambellan, petitfils de Nicolas Blanfuné, intenta sans succès la clameur lignagère sur ces ventes.
Ne négligeant rien de ce qui peut intéresser Vieilles, je dois dire qu’en 1871, un obus de la Commune a détruit, chez le successeur de Dutarire aîné, notaire à Paris, une centaine d’années de minutes, dans lesquelles étaient celles des trois contrats d’acquisition sus-énoncés.
De Chambor habita le manoir seigneurial de Vieilles.
Je me plais à reconnaître qu’il fut aimable et
DE CHAMBOR, SEIGNEUR DE VIEILLES
bienveillant pour ses voisins (i). (Voir ci-après l’acte de mariage de mademoiselle de Chambor).
Il se brouilla toutefois avec Charles Picard qui possédait le Clos Malacquis, séparé du manoir seigneurial par la rue du Moulin-Bardel.
Ce Picard, qui n’était point un ancêtre de Madame de Sacy, se répandit à plusieurs reprises en injures grossières contre son seigneur et contre le fief même. De Chambor, impatienté, présenta requête au bailli (2) de la Haute Justice de Vieilles et poursuivit Picard à l'effet de faire décréter sa commise ou félonie, et de le faire déchoir de son fief. On trouve aux Archives de l’Eure (Fonds de Vieilles) une enquête pour laquelle les témoins étaient Adam, Hue, Poret, et autres. Une transaction (3) eut lieu devant le notaire de Beaumont, le 18 juillet 1748. L’injure fut mise
(1) « Le seigneur qui résidait dans ses terres montrait « d’ordinaire une certaine bonhomie familière avec les pay- « sans. » (De Tocqueville, L'ancien régime, livre II, ch. ix.)
(2) Le bailli n’existait plus en personne. (Voir infrà, chapitre XVIII.)
(3) On pourrait ici faire un rapprochement avec ce que dit Dupin aîné des magistrats d'autrefois (n° 18) : « En certaines contrées, lorsqu’on mettait un héritage En vente... etc. » — Voir aussi Fournel, Traité du voisinage (discours préliminaire).
sur le compte de l’ivresse, et Picard obtint son pardon, au moyen : i° de 100 livres qu’il paya pour dommages-intérêts; 2° de la concession qu’il fit à M. et à Mme de Chambor, pendant leur vie, d’une servitude de passage sur la cour dite le Clos Malacquis pour se rendre à l’église en longeant la rue de l’Arbre-d’Amour, à partir de la grande porte, jusqu'au potuis oriental qui existe encore.