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CHAPITRE III Origines du régime féodal

§ Ier. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

n a dit longtemps que ce régime venait directement des Germains. On avait cru en trouver l’organisme dans la coutume des comités (compagnons) attachés à un militaire, et formant (mais volontairement), un groupe : comi ta tus.

Cette théorie paraît aujourd'hui abandonnée. Déjà Edouard Laboulaye (i) s’en était écarté. Il avait vu le germe et le rudiment de la féodalité non seulement dans les habitudes germaines ,

(i) Histoire de la Propriété foncière en Occident (1839) ; Recherches sur la condition civile et politique des femmes

mais aussi dans la commendatio , dans le précaire , d’origine romaine ; dans le bénéfice, pratique privée existant déjà sous la loi romaine, ayant quelque analogie avec le précaire ; — et dans Y immunité.

« La féodalité, a dit Laboulaye (i), n’est point « un fait unique qui soit venu, comme par un coup « de théâtre, envahir subitement l’Europe. Elle « s’est établie lentement , progressivement, inéga- « le ment (2). »

(1) Condition civile et politique des femmes , p. 206. — ( Sic : article de Ch. Mortet, Grande Encyclopédie , Féodalité, p. 208.

(2) J’ai grand plaisir à citer Edouard Laboulaye, une vieille connaissance de plus de 5o années.

11 a pourtant écrit, au volume de l’Histoire de la Propriété foncière, deux pages que j’omettrai, celles où son admiration pour l’organisation judiciaire des Germains l’amena à critiquer un peu trop amèrement la nôtre, et à faire une sortie contre un corps que nous devons tous respecter. Il a pris pour la règle ce qui est une exception accidentelle, et fort rare. Comme remède, il aurait voulu le recrutement par l’élection !... J’aime à croire que depuis il aura mis de l’eau dans son... encrier, cet encrier que ses électeurs lui avaient offert sous l’Empire, et que quelques-uns lui redemandèrent dans un moment d’humeur. Avoir le mérite de Laboulaye, et être marchandé par le suffrage universel, c’est triste! 11 en va toujours ainsi. D’ailleurs, sur cette tendance de l’électeur à s’écarter de certaines catégories, sur la dé-

ORIGINES DU REGIME FEODAL

M ais c’est surtout Fustel de Coulanges qui, dans les O r i gin es du régime féodal , livre publié en 1890, après sa mort, et qu’avait revu et complété Camille Jullian, a établi que ce régime, ni romain ni germain, s’est rencontré ailleurs... et à d’autres époques (1), qu’il s’est produit chez toutes les races, qu’il appartient à la nature humaine, et dériva d’une foule de causes obscures... (Introduction, p. 12. — Voir aussi Ch. Mortet, Grande Encyclopédie , Féodalité , pp. 200 et suivantes.)

Fustel de Coulanges a passé en revue toutes les pratiques paraissant présenter quelque analogie avec la féodalité, mais qui n’ont été d’abord que des conventions privées, dont la combinaison n’a revêtu un caractère politique et féodal que beaucoup plus tard. Ne voulant pas le suivre dans ses développements, je me bornerai à l’aperçu suivant :

« Le bénéfice, le patronat, l’immunité, sont les

chéance, l’abdication, ou l’exclusion des méconnus, voyez Taine, Régime moderne , pp. 415 à 419, 422 et suivantes. — Taine a été lui-même victime de cet ostracisme, ainsi qu’en témoigne une curieuse lettre de Maxime Du Camp. ( Intermédiaire du 10 juin 1894, no 656, p. 648, et Journal des Débats du 16 du même mois.)

(1) Montesquieu a dit, bien à tort: « Cet événement est « arrivé une fois dans le monde, et il n’arrivera peut-être « jamais. » ( Esprit des Lois, livre XXX, chapitre 1.)

« trois institutions d’où la féodalité va sortir. « Toutes trois, de même nature, ont abouti, à la « fin du viie siècle, aux mêmes résultats... et le do- « maine rural, l’alleu, est le terrain sur lequel « s’élèvera l'édifice féodal. » (Conclusion, Origines du régime féodal , p. 427.)

Pour une raison toute particulière en ce qui regarde Vieilles, je me trouve conduit à examiner rapidement ces trois institutions.

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