PRÉFACE
Le travail qui forme le présent volume se recommande de lui-même : inutile, par conséquent, de le présenter. Peut-être convient-il, par contre, de préciser les circonstances où il fut projeté, puis écrit. Ce sera rendre un hommage mérité à la mémoire de son auteur et mettre en lumière des mérites qu'il eut et que son livre ne suffira pas à révéler. Pour tenter la chose, je dois toutefois vaincre certains scrupules. Indiquer comment Eugène Saulnier vint à s'occuper d'histoire coloniale m'oblige, et quoi qu'il m'en coûte, à sortir du rôle strict d'un auteur de préface en évoquant des souvenirs un peu personnels.
A la suite d'incidents divers, heureusement inutiles à rappeler ici, le Ministère des Colonies avait envisagé une mise en ordre de ses archives, trop négligées depuis nombre d'années. Un plan complet de classement avait été établi qu'on avait décidé d'éprouver en l'appliquant aux documents concernant l'Afrique occidentale, tant à ceux déjà repérés qu'à ceux sujiposés exister, soit dans le dépôt, soit dans les services qui les verseraient peu à peu. La tâche exigeait un collaborateur d'une conscience rigoureuse et rompu à des méthodes impeccables : sans parler de quelques autres, cette seule considération faisait souhaiter un archiviste jîaléographe. Le secrétariat de l'Ecole des Chartes suggéra Eugène Saulnier. Sorti de l'Ecole en 1908, avec une thèse remarquée, sur le Cardinal de Bourbon (1), il avait d'abord rempli ses devoirs militaires, puis accompli un stage aux Archives départementales du Nord, enfin classé les archives de Ville d'Avray. Maintenant, il cherchait un poste. A vrai dire, le Ministère des Colonies n'en offrait pas un, mais simplement un emploi, et modeste. Saulnier l'accepta
(1) Le rôle jjoliliqiie du cardinal de Bourbon (Charles A'^, l.')23-15;î0. Paris 1912.