X PRÉFACE
bilisé, il lutta contre lui avec une clairvoyance et une force de caractère dignes d'adlmiration. Un moment, il put se croire complètement guéri, mais la rechute survint et il finit par s'éteindre, victime indirecte de la guerre, sans l'auréole glorieuse de ceux qui périrent les armes à la main.
Si la Providence lui avait permis de vivre, il aurait certainement été appelé à poursuivre la constitution des Archives coloniales, à titre réellement officiel cette fois et avec la pleine sécurité du lendemain. Nul doute qu'il ne fût parvenu à mener à bien la tâche entière et son nom serait ainsi demeuré étroitement associé à une œuvre considérable et qui, finalement, aurait été la sienne. Il aurait, d'autre part, utilisé, pour de nouveaux écrits, les documents qu'il aurait connus mieux que personne. Continuant, comme il l'avait fait depuis ses débuts, à élargir progressivement le champ de ses vues, il aurait publié sur les diverses colonies françaises et sur la politique coloniale de la France des travaux, non point définitifs car rien n'est définitif en pareille matière, mais qui auraient assuré sa réputation en même temps que contribué à donner une plus haute idée de notre pays. Bien qu'il ne le dît pas, c'étaient là probablement ses rêves : ils n'avaient rien d'outrecuidant. En effet, il laisse après lui plus et mieux que le souvenir de belles espérances. J'ai dit déjà la valeur et l'importance générale du travail technique qu'il avait accompli dans le classement des archives ; le mérite de ses écrits et surtout le progrès constant dont ils témoignent, annonçaient des ouvrages de tout premier ordre. Cela seul suffirait pour faire déplorer sa mort prématurée. Mais aux qualités de l'esprit se joignaient aussi chez lui une haute droiture et une parfaite sûreté de caractère. Tous ceux qui l'ont connu les ont pu apprécier et ils m'en voudraient sans doute de ne les point rappeler pour rendre à la mémoire d'Eugène Saulnier tout l'hommage qui lui est dû.
Paris, 6 juillet 1921,
Christian Schefer.