AVANT-PROPOS
Il n'y aurait nul besoin de présenter une semblable étude si l'on ne devait expliquer, dans eet avant-propos, pourquoi elle est à la fois si longue et si incomplète.
La Compagnie de Galam fut une association privilégiée qui fonctionna au Sénégal de 1818 à 1848. Or, il n'existe à l'heure actuelle aucun travail d'ensemble sur la colonie durant la première moitié du xtx^' siècle et des points essentiels de son histoire restent encore ignorés. L'examen des opérations de cette Comjoagnie exigeant la connaissance d'un certain nombre de faits politiques, économiques, administratifs, il nous a, paru indispensable de les tirer de l'oubli. Nous l'avons fait aussi succinctement que possible, par simple désir de clarté, sans nous complaire aux digressions faciles en un sujet si nouveau. Néanmoins, le récit s'en trouve allongé.
Par contre, il ne nous a pas été pei-mis d'apporter toutes les précisions nécessaires, des chiffres exacts et complets qu'on est en droit d'attendre d'un travail de ce genre. Nous invoquerons pour notre décharge deux textes qui donneront une idée des difficultés rencontrées au cours des recherches de documentation.
Le 29 février 1844, l'ordonnateur de la Colonie, faisant fonctions de commissaire du Gouvernement auprès de la Compagnie, écrivit, en rendant compte au Gouverneur du dernier exercice : « Les rapports sur les opérations des campagnes antérieures n'ayant pas été dressés par mes prédécesseurs, j'ai cru devoir, pour remplir cette lacune, faire remonter les renseignements à l'année 1836. Je ne puis cependant, M. le Gouverneur, vous fournir les résultats obtenus pour les campagnes de 1840 à. 1841 et de 1841 à 1842. Les écritures de l'agent général ne sont pas à jour et la liquidation définitive ne pourra avoir lieu. Je
4 AVANT-l'ROPOS
dois au reste vous informer que les comptes de l'ancienne Compagnie ont été tenus avec un tel désordre qu'il est impossible de les arrêter. J'ai pu néanmoins, à l'aide de documents que j'ai réunis, arriver à amener quelques résultats. Vous comprendrez, j\I. le Gouverneur, tout ce que peut avoir d'incomplet un semblable travail. » Sans le zèle de ce fonctionnaire consciencieux, nous ne saurions A'raisemblablcment que fort peu de choses sur les opérations de la Compagnie pendant quatre années consécutives de son existence.
Cinq ans après la suppression de l'association, le Département de la Marine se montra soucieux d'obtenir des renseignements précis sur le commerce du Haut-Sénégal, qu'antérieurement elle exploitait. Le Gouverneur en fonctions lui exposa longuement (10 juin 1853) l'impossibilité où il se trouvait de satisfaire à sa demande ; et le Ministre de répondre (22 juillet) : « Je ne puis qu'admettre ces explications. Je compte d'ailleurs sur le prompt effet des soins que vous m'annoncez avoir pris pour réunir et me transmettre les éléments d'une statistique sur cette partie aussi intéressante que peu connue du commerce du Sénégal. »
Quand les contemporains eux-mêmes proclament aussi nettement les difficultés d'information, nous ne pouvons espérer faire œuvre parfaite avec ce qu'ils nous ont légué. Néanmoins, il nous a paru que les données étaient suffisantes pour en tirer des conclusions certaines et peut-être aurons-nous contribué à mieux faire connaître ce passé, dont l'histoire reste encore la meilleure conseillère d'avenir.