I. — De 1752 à
Le 21 Août 1752 naquit à Genève, Pierre de Joux. Quand, à plus de 70 ans, converti au catholicisme, il rédigera sa propre biographie, il dira avec beaucoup de mépris pour la Rome protestante :
« Je naquis en 1752 dans une petite ville au pied des Alpes, qu’il est fort inutile de nommer... » (').
Et pourtant il nous raconte lui-même avec humour et quelque peu de fierté sa naissance accidentée.
« Ma mère, fort avancée dans sa grossesse, s’était rendue dans le temple de S'-Pierre : la chaleur extrême de la saison, la nombreuse assemblée qui remplissait l’église, l'émotion que fit éprouver à tous les auditeurs une prédication animée, eurent tant d’effet sur ma mère, qu’elle se trouva mal: je naquis sous le portique même de l’église de S'-Pierre, ce temple majestueux, dont les voûtes qui résonnèrent tant de fois de mes accents oratoires, ont répété peut-être mes faibles vagissements. Le parrain qui me tint sur les fonds de baptême portait le même nom que le saint apôtre auquel ce temple est dédié et je fus baptisé sous le nom de Pierre » (°).
(‘) Lettres sur l’Halie. Av.-propos, p. XLVIII. (?) Jlalie. I p. 328.
De son père et de sa mère — de sa mère surtout — il garda de pieux souvenirs.
«€ Mon père avait une famille nombreuse, à laquelle il était fort attaché ; il menait une vie très retirée et prit soin de me former lui-même à ces habitudes de vertu dont il me donnait à la fois le précepte et l'exemple. Ce fut cependant ma mère qui eut le plus d'influence sur mes sentiments : elle était française et d’une bonne famille de la ville de Nimes ; bien qu’elle fut douée d’esprit et de beauté, idolâtrée de ses parents qui vivaient dans une honnête aisance, et qu’elle eut été élevée dans le culte protestant, elle n’aimait pas le monde et lui préférait une vie retirée. L’Imitalion de Jésus-Christ, l'Introduction à la vie dévote, de S'-François de Sales, les Œuvres spirituelles de Fénelon étaient ses lectures favorites (‘). La prière faisait aussi sa plus douce occupation ; elle y vaquait quelquefois en ma présence et l’improvisait toujours. Cette excellente mère se chargea de léducation de mon enfance et la première histoire qu’elle me fit étudier fut celle des Juifs et des vénérables chefs des tribusisraélites... En un mot toute la vie du peuple hébreu, la seule histoire qui m’ait intéressé dans mes premières années et qui n’a point cessé d’être un miracle vivant, disposa insensiblement mon cœur à croire à l’intervention spéciale de la Providence dans les affaires humaines... » (°)
Cette mère, très protestante et très pieuse, l’orienta bientôt vers le pastorat. Il passa six ans au collège et fit ses « humanités » avec le pasteur de Fontanes.
« Je devais alors, suivant le vœu de ma famille et le mien, être immatriculé dans la faculté de théologie où se professait publiquement l’erreur d’Arius ; mais la Providence adorable qui veillait sur moi, ne permit pas que cette erreur dangereuse trompât ma jeunesse; et je fus invité par le marquis d’Abercorn à me rendre en Angleterre » (*).
Il fit alors trois années d’études théologiques en Angle-
{) Ne pas oublier que c’est « le catholique » qui parle. () {talie. Av.-propos p. XLVIIT et suiv.
(°) Zbidem.
terre. Il n’indique pourtant aucune Faculté ; et tout ce que nous savons c’est que ses professeurs étaient « aussi pieux que savants, pasteurs de l'Eglise anglicane, et inviolablement attachés au symbole de S'-Athanase » ('). Il est intéressant de noter déjà cette influence de l’anglicanisme, car ce fut là le point de départ, inconscient et insoupçonné, de la longue évolution qui devait le conduire au catholicisme.
En 1773, il va à la Faculté de Bâle apprendre l’hébreu et le grec (« les langues orientales ») avec les professeurs Buxtorf et Herzog. C’est là qu’il passa ses « grands examens » et fut consacré au ministère en 1775. Il avait alors 22 ans.
Pendant 5 ans, (1775 à 1780), il séjourna à Paris comme collaborateur de Court de Gébelin.
Il est difficile de savoir exactement ce qu’il fit de 1780 à 1787. En 1782, il était suffragant de Marron à Dordrecht, en Hollande, (*) au moins depuis le mois de Juin jusqu’au mois d’Août. (*) Cette même année il prêcha à Genève (‘); etil semble qu'il y fut suffragant de 1782 à 1787. Car de cette époque nous avons neuf sermons imprimés, tous prêchés plusieurs fois et qui tous portent « sermon prêché dans tous les temples de Genève ».
Ce fut aussi en 1782 qu’il épousa Louise-Renée Poncet (°) dont il eut treize enfants (*). À moins qu’il ne se soit remarié une seconde fois entre 1800 et 1805. Ce qui pourrait faire supposer qu’il perdit sa femme avant 1800, c’est un
sermon daté de cette année, où il s’écrie :
() Zbidem.
() Prédication du Christianisme. HI épitre dédicatoire p. II.
(*) Id. tome II p. 208, prêché à Dordrecht en Juin 1782 et id. tome II p. 431, prêché à Dordrecht le 4 Août 1782.
(*) Id. tome III p. 332.
5) L'Eglise de Genève par Henri Heyer p. 448. (‘) Lettres sur l’Ilalie, tome I p. 323.
Ne
« Quoi ! je Poublierais, à aimable compagne de ma vie! Non jamais! Jamais les années n’épuiseront mon amour et mes regrets... À l’heure de ma mort, prêt à te rejoindre, je me rappellerai encore vivement le malheur que j’eus de te perdre au printemps detes jours... » (!)
Est-ce une simple période oratoire, est-ce une véritable « oraison funèbre P » Mystère ! Dans ses lettres à Rabaut (éditées dans la Réorganisalion de l'Eglise de Nantes), il parle de « sa femme et de ses filles ». Etait-ce toujours Louise-Renée Poncet, ou une autre P
En 1787 il est nommé pasteur à Dardagny; en 1789, d’abord à Saconnex, ensuite à Genève. Ce doit être en 1790 qu'il fut nommé « aux fonctions importantes de directeur en chef du second collège du département du Léman ». (:) En 1792, il fonde un pensionnat, dont on trouvera la réclame en appendice à ses volumes de sermons (Prédication du Christianisme.) Dans cet « Etablissement d'Education » on apprend « le Commerce, les Beaux Arts, les Sciences et la Littérature ». On y enseigne huit langues: grec, latin, allemand, anglais, hollandais, italien, espagnol et portugais. Pour les « candidats au S'-Ministère » la pension « alimentaire et physique » est de 720 francs, au lieu de 1.000. Cette « maison d’éducation » se trouve à Genève, rue Verdaine. De Joux demeura là, jusqu’en 1804.
En 1795, il fut de nouveau nommé à Dardagny et enfin pour de bon à Genève en 1796. Il ne devait quitter Genève que pour aller à Nantes.
En 1803 et 1804, il édita à Genève, chez J. J. Paschoud, 4 volumes in-8° de sermons sous le titre de Prédication du
Christianisme. Ce sont 32 sermons, soigneusement datés,
{!) Prédication du Christianisme, tome HI p. 689.
(*) Ztalie. Av. propos p. LXVIII et suiv. « pendant 14 ans » et jusqu’à son départ pour Nantes qui eut lieu en 1804.
qui permettent de suivre l'évolution de sa pensée de 1782 à 1804. (') Ils lui valurent aussi d’être connu en France et furent certainement pour quelque chose dans sa nomination
à Nantes, au mois de Septembre 1804.