‹ Une Conversion au Catholicisme: Le Pasteur Pierre de JouxChapitre 25 sur 41 · La politique · texte numérisé non relu

La politique

Nous ne pouvons clore cette étude de l’évolution de la pensée de Pierre de Joux, sans nous arrêter un instant à ses discours de Te Deum. Non point qu'ils nous apportent du nouveau sur ses idées dogmatiques, mais parce qu’ils complètent son portrait, en nous révélant ses idées politiques. Et j’obéis aussi, en ce faisant, à un besoin de vérité historique parce qu’on en a b:aucoup voulu à de Joux d’avoir glorifié si haut « le potentat du jour ».

Il y a neuf discours, prononcés entre le mois d'Octobre 1805 et le mois d’Août 1807; etun, prononcé en 1813.(Lutzen.) — Pierre de Joux les a-t-il écrits pour le plaisir de rendre hommage à Napoléon comme on voudrait nous le faire croire (?}? — Non ; nous avons vu que c'était là des discours officiels et obligatoires.

« Le 19 février 1806... il (Napoléon) institua deux fêtes, sur un simple rapport du Conseil d'Etat: l’une pour l’anniversaire de sa naissance, l’autre pour celui de son couronnement et de la bataille d’Austerlitz. «Il sera prononcé, disait le décret, dans les églises, dans les temples, et par un ministre du culte, un discours sur la gloire des armées françaises et sur l’étendue du devoir imposé à chaque citoyen de consacrer sa vie à son prince et à sa

patrie. » (*)

{‘) Revue Proiteslante. tome III, p. 68.

(@) Revue Protestanie, tome II, p. 143. cf. la citation ch. III, p. 87. () G. de Félice. op. cit. p. 611.

NET À Oeu

On pourrait quand même reprocher à Pierre de Joux d’avoir mis un peu trop de zèle à remplir ce devoir imposé.

« Le fait historique, dit de Félice,... c’est que la plupart des protestants, pasteurs et fidèles, à tort ou à raison, accueillirent comme une précieuse faveur la loi du 18 Germinal. Ils furent moins sensibles au sacrifice d’une partie de leur indépendance qu'aux avantages qu’ils se promettaient du salaire de l'Etat; car ils trouvaient deux grandes choses: une reconnaissance légale incontestable et le gage officiel d’une égalité parfaite avec les catholiques-romains. » (1)

Ce fut par toute la France un grand soupir de soulagement et de véritables cris de joie; on allait enfin pouvoir vivre d’une existence légale! Rabaut-Dupuy, président du Corps législatif en 1802, dira:

« Vous qui vécûtes comme nous sous le joug de l’intolérance, résidu de tant de générations persécutées, voyez et comparez. Ce n’est plus dans les déserts, et au péril de votre vie que vous rendez au Créateur l’hommage qui lui est dû. Nos temples nous sont rendus, et tous les jours il s’en élève de nouveaux. Nos pasteurs sont reconnus fonctionnaires publics!...» (?)

Ne tient-il pas le même langage que Pierre de Joux, qui dans sa reconnaissance rendait hommage au « Libérateur » et intitulait le recueil de ses neuf Te Deum: la Providence et Napoléon ?

« C’est à Napoléon seul, s’écrie Pierre de Joux (sermon sur l « Ouverture de la campagne») que vous devez l’existence légale du culte de vos ayeux,... c’est Napoléon qui a rendu aux Eglises réformées leur première splendeur, leurs Ministres, leurs Autels... Honneur et reconnaissance à Napoléon! » (?)

A toutes les pages des Te Deum c’est le même « motif »

qui revient :

(1) G. de Félice, op. cit. p. 604.

() d’après de Félice, op. cit. p. 605.

() Prov. et Nap. ser. n° 1, p. 24.

« Si la France n’a point été entièrement submergée par les vagues furieuses de l’Athéïsme et de l’anarchie, si nous vivons sous un gouvernement fort et paternel,... si la plus sage des constitutions nous assure la jouissance de nos droits civils et religieux, c’est à Napoléon que nous sommes redevables de tant de prérogatives, du repos, de l’espérance et de la sécurité. » (‘)

Il est vrai que, repris tout au long de dix sermons, sous des formes presque identiques, ce thème finit par devenir fastidieux ! Mais on ne peut pas reprocher à Pierre de Joux d’avoir aimé Napoléon. Il l’aima d’abord pour raison politique : l'Empereur mettait un terme à cette période abhorrée d’agitation révolutionnaire.Il l’aima aussi par motif religieux: grâce à Napoléon, l'Eglise, tant protestante que catholique, renaissait de ses cendres. À une réorganisation politique, Napoléon joignait une réorganisation religieuse; il réalisait tous les désirs de Pierre de Joux. Aussi rien de plus légitime que ces joyeuses acclamations !

Qu'on ne lui reproche pas non plus d’avoir « poussé trop loin la reconnaissance. » Elle était tellement sincère, qu’il ne püût la baïllonner, même quand son intérêt le lui commandait.

Ces Te Deum nous conduisent jusqu'en 1813. En 1815, nous avons le «discours prononcé au service funèbre et solennel de Louis X VI.» Puis Pierre de Joux quitte Nantes. Pendant de longues années nous n’entendons plus parler de lui; et en 1825, nous apprenons sa conversion au catholicisme.

Mais ses trop audacieuses paroles de 1813 sur «le moins» et «le plus» en sont déjà les signes avant-coureurs. Tandis qu’en 1803 il n'avait que de la sympathie pour le catholi-

cisme; il le considère désormais comme supérieur au

(!) Prov. ei Nap. sermon n° 8, p. 7.

eo —

protestantisme. Il lui semblera, plus tard, que pour modifier

son credo, il lui a fallu progresser dans la vie religieuse. Déjà il abandonne «le moins»; il s’en écarte progres-

sivement; bientôt il sera parvenu «au plus». Mais,

longtemps, il hésitera, n’osant se l'avouer à lui-même.

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