‹ Une correspondance inédite; (volume 2)Chapitre 13 sur 79 · RAISONNEMENTS LITTERAIRES A LA MODE EN · texte numérisé non relu

RAISONNEMENTS LITTERAIRES A LA MODE EN

Cet homme n'est pas de mon avis : donc c'est un sot. — n critique mon livre : donc il est mon ennemi. — Il est mon ennemi, donc c'est. un scélérat, un voleur, un assassin, un âne, on faussaire, un mascalzone, un vil, etc., etc., etc., etc.

A MONSIIUR R. CaumB, DIRECTEUR DES C0KTRIRUTI08S INDIRECTES,

>. VORTiBaSOS.

MUan, le 18 mars 1819.

Tâche donc de yenir à Gularo en septembre prochain ; nous pourrions nous y rencontrer. J'avais fait Tarlicle suivant, pensant le mettre dans on de vos joamaux ; mais à qoi s'adresseï pour obtenir cette immense faveur? Vois s'il y a quelque parti à en tirer.

Que dans les beaux-arts il n'y a qu'un cas unique où le romanticisme ne soit pas applicable.

Qu'est-ce qu'élever une statue à un grand homme ? 1° On se propose, par un sentiment de tendressse, de faire plaisir à son ombre, et de le récompenser ainsi de tout le plaisii qu'il nous a donné; 9^ On se propose d'exciter les hommes à l'imiter ; 5* Ou, enfin, d'éterniser les grandes qualités qui l'ont distingué.

Ici, je prie en grâce mon lecteur de regarder bien attentivement et bien froidement ce qui se passe dans son âme. Poui cela faire, la première chose nécessaire est d'avoir une âme.

Quand je m'approche de cette statue m marmo bianco, que j'aperçois à une certaine distance, sous les marronniers del corse di porta Renza^, je sais bien que c'est à Âppiani qu'elle est élevée , ou, si je suis étranger, deux mots d'inscription vont m( l'apprendre.

Indiquez qu'Appiani fut un peintre, par quelque accessoir< plus ou moins ingénieux, vous me donnerez le plaisir de éevh ner une énigme ; mais, par cette petite jouissance, toute de finesse et de vanité satisfaite, vous retenez à terre mon âme qu brûlait de s'élancer vers le ciel ; pour un instant vous ravaler mon âme à n'être que celle d'un classiciste.

* Celle slatuc se voit au musée de Brera.

Douuez à Appiaui un gesle qui exprime sou àme e( non pas sou état, car vous ne pouvez donner Tidée de ses chefs-d'œuvre <[u'en monlrant son âme. EiLprimer quelque chose de particulier à Fartiste : que, par exemple, il avait les cheveux frisés de telle oa telle manière, ou qu'il était bel homme, c'est imiter les peiu-' très du quatorzième siècle, c'est faire uue méprise; car est-ce pour son toupet {ciuffo) ou pour sa jolie jambe que le public lui élèye une statue? C'est uniquement aux qualités de son âme et de son esprit qu'on rend un hommage immortel.

Si les traits que nous recevons en naissant de nos parents, si la physionomie qu'ensuite y impriment nos habitudes morales, exprimaient parfaitement et entièrement notre âme, je dirais : Faites un portrait de votre statue. Mais, comme il n'en est pas ainsi, une statue doit être un portrait embelli et doit présenter : 1° Assez de ressemblance ; 2"* autant que possible l'expression des grandes qualités que le public veut éterniser.

J'ai étudié très-attentivement le buste de Yitellius à Gènes, les tètes d'Aristide et de César aux Studj à Naples, les bons bustes del Campidoglio à Rome ; j'ai cru voir :

1** Qu'il faut, dans la figure humaine, supprimer tous les petits détails qui n'expriment rien;

^ Laisser, avec soin, aux détails que l'on conserve, la physionomie de l'ensemble, le même degré de convexité' dans les muscles. C'est ainsi que l'on fait le portrait pour la postérité;

Si le lecteur a la bonne foi et le talent de lire dans son âme, 11 y verra, je crois, que telle chose qui est intéressante dans la nature parce qu^ y a réalité, ne signifie rien dans les arts. Quoi de plus intéressant que de voir, à Montmorency, Jean-Jacques Rousseau écrivant, sur sa petite table> les lettres brûlantes de la Nouvelle Héloïse? Quel homme ne se fût pas arrêté pour jouir de ce spectacle? Faites-en un tableau, il intéressera peu; faites-en une statue^ elle sera ridiculCi

C est que la sculpture fixe trop notre attention sur ce qu'elle entreprend d'imiter. Dans la nature, notre attention ne s'arrête pas à la perruque bien bouclée de Rousseau : dans la sculpture, elle nous fait rire. Vous venez de trouver dans V\ rue le rival qui veut vous enlever le cœur de votre maîtresse; vous lui ave2

parlé, car vous èlcs forcé de le méuager ; dites-moi quelle forme avait le nœud de sa cravate.

Dans le marbre, que voulez -vous que me dise cette jambe el cette cuisse d'Âppiani ?

Nues, par des contours grandioses (comme dans la statue de Phociou), elles peuvent exprimer un caractère S et ainsi élever mon âme au sublime ; mais vêtues à la moderne avec des bas de soie et des souliers à boucles, cette jambe et celte cuisse sont ridicules.

Pourquoi? je n'en sais rien. Pourquoi le tabac me fait-il éternuer? Mais le fait est sûr. Voyez à Paris le dégoût que donnent des centaines de statues traitées dans ce genre. Il ne se passera pas cinquante ans avant qu'on ne les 6te de leurs nicbes pour les reléguer dans quelque garde-meuble. Voyez à Saint-Paul de Londres la statue habillée du père du romanticisme, le célèbre Johnson.

Je me trompe peut-être; peut-être suis-je égaré par les habitudes de mon âme, et je déclare impossible pour tous un plaisir qui est seulement impossible pour moi*; mais il me semble qu*ici le romanticisme n'est pas applicable. Il faut le nu, car le nu est le moyen de la sculpture.

Mais,, me dira-t-on, que Concluez- vous sur le monument d'Âppianl qui, dans ce moment, occupe tous les esprits? •— J'aurais bien envie de ne pas conclure. En elîet, quels sont mes titres pour oser contredire tant d'artistes si respectables et si justement célèbres? Cependant, pour ne pas avoir Tair de parler sans avoir d'idée arrêtée, je dirai qu'il me semble convenable:

1" D'élever une statue à Âppiani sur le bastion de porta Renza;

2° Qu'elle soit à demi nue el drapée à l'antique, comme la statue de l'hocion ou celle d'Aristide;

3° Que son geste el son regard expriment une admiration douce et tendre pour les grâces delà nature;

* L'ensemble des liabiludes morales, et non pas une passion. (II. fi.)

* Ecco l'errore del classicisti di buona fcde, vecehi per la piu parle. La generazionc clie va formandosi a Piivia, non avra le slesse abiludini, e di qoa dieci aimia viltoria è sicura. (H. B.)

4» Qu'une de ses mains soit appuyée sur un groupe des irois Grâces, de quatre- vingts centimèUres de proportion;

5* Qu'à ses pieds l'on voie une palette, des pinceaux et une iuscription non en latin, en grec ou en syriaque, mais en italien simple et elatr :

A Appiaiii, le peintre des Grâces.

Né à Bozizio en 1757,

Il courut à Milan en 1816.

A MONSIEUR K. COLOMB, DIBECTEDR DES COWTHIBUTIONS DIRECTES,

A HONTBRISOK.

Milan, le i^' avril 1819.

Qu'auras-ttt pensé du mot romanticisme qui s'est égaré, je crois, dans la longue dissertation que je t'ai adressée le mois dernier? — Quoi qu'il en soit, je t'envoie une sorte de petit traité sur ce que j'entends par le romanticisme dans la musique. Un jour, probablement, tu visiteras Tltalie; il est bon que tu saches (l'avauce quelles sont les idées qui y ont le pas.

S'il semble au premier coup d'œil que le romanticisme ne peut pas s'appliquer à la musique, c'est qu'il s'y applique trop ; c'est que, dans cet art charmant, où nous avons la bonne habitude de n'applaudir que ce qui nous fait plaisir, le classicisme nous semblerait trop ridicule. Nous ne connaissons pas la musique des Grecs» et l'on n'écouterait pas un instant à la Scala la musique qu i ravissait nos pères eu 1 7 1 9 . '

11 me semble que la musique nous fait plaisir en mettant ootre imagination dans la nécessité de concevoir certaines illusions. Lorsque nous entendons de la musique que nous connais* sons déjà, notre esprit, au lieu de s'abandonner à de délicieuses illusions an proût de la passion qui nous subjugue dans le moment, se met à comparer le plaisir d'aujourd'hui avec lé plaisir 1. '7

d*bier; el, dès lors, le pbîsir d*ai|îoord*lim esl déCniit; car la seusibililé ne peut faire qu'âne chose à la fois.

Cimaiosa, Piccinî, Sacchini, Galappi, oot fait chacun trente opéras; de ces cent vingt opéras, cinquante à peine ont été joués à Milan : et quand ont-ils été joués? Vers 1780, quand nos pères étaient eucore à Tuniversité. Donc nous n eu avons pas la moindre idée, et cependant nous ne pouvons pas les souffrir.

Pourquoi? c'est qo au lieu de jouir nous comparons; or la comparaison est ce qui tue la musique. Quand Ton nous donne le Barbier de Sévillé de Paisielio ou la Secchia rapUa de Zingarclli, nous comparons le style de cette ancienne musique au style moderne des Rossini, des Mozart, des Mayer. ^

Qu'arrive-t-il de là? c'est que nous applaudissons avec fureur le Barbier de Séville de Rossini, qui ne présente autre chose que les idées de Gimarosa habillées à la moderne.

N'allez pas croire que je n*admire pas Rossini ; je crois qu'avec Ganova et Vigano il est maintenant Thonneur de notre belle Italie. J'avoue que ce n'est qu'après la voir adoré pendant cinq ou six ans que je me suis senti le courage de le critiquer. Hais, enfin, je suis obligé ici de faire voir que, comme les femmes décident pour le uioius autant que les hommes du mérite de la umsique, il n'entre point de pédanterie dans le jugement du public, c( que, par conséquent, il est ultra-romantique. Ce qui plaisait à nos pères en 1790 ne nous platt plus en 1819, trente aus plus tard.

Mou sentiment particulier, c'est qu il entre un peu d'affecta" iiofi diuis ce dégoût du public pour la musique ancienne. Il y a certaines cantilènes qui expriment les passions. Par exemple, la jalousie est exprimée par Taria Vedro menlf io sospiro, qui! chante le comte Aima vi va dans les Noz%e di Figaro, de Mozart ; ces canlilèncsAài ne peuvent pas vieillir en trente ou quarante nus, et j'avouerai que dans tout VOtello de Rossini je ne trouve rien qui exprime aussi bien la jalousie, ce tourment des cœurs tendres, que cet air : Vedro mentr io sospiro.

Le public est ennuyé à mort des opéras sérias que l'on couti* nue à donner à la Scala, pendant le carnaval, par le classicisme le plus ridicule, uniquement parce que cela plaisait à nos pères

LETTRES A SbS AMIS. Ht

vers 1770. D'ici à deux ou trois aos, cbacun osera dire ce qu'il seot, et Dous aurons aUernativemeot un opéra séria et un opéra bulTa. Alors on sera obligé de revenir au génie de la gaielé, on reprendra les chefs-d'œuvre de Cimarosa, et seulement on priera Rossini, ou quelqu'un de ses élèves, de renforcer un peu l'harmooie des accompagnements.

Cet hiver, nos dames, eu bâillant à mourir de tous les opéras iiôrias dont on nous a assommés, se consolaient de temps ou temps eu chantant : Ci pensera il marito. Elles empruntaient ce !K>Qvenir au Bivale di se stesso, le seul opéra vraiment bouffe dom CD nous ait régalés depuis longtemps.

Cet hiver, la Gamporesi che ci faceva sbadigliare col me%w degV lUincii aurait pu nous charmer par Don Giovanni^ au moyen duquel madame Gamporesi et Crivelli ont fait gagner dieci mila luigi à V imprésario de Londres. Le Malrimonio segreto est ^p connu pour le donner de longtemps; mais enfin c'est un opm très-comique, et Ton sait que Grivelli et madame Gamporesi l'ont chanté avec succès à l'étranger. Donc ils auraient cbaoté à peu près aussi passablement un autre opéra de €imarosa, aussi comique et moins connu.

k conclus : nous avons assez de sérieux a casa, nous voulons du comique à la Scala. 11 faudrait que la nova impresa fût obligée à donner alternalivomenl un opéra buffa et un opéra séria. (^t hiver, pour nous égayer, nous avions tous les soirs trois tragédies à la Scala *.

J'ajoute que le carnaval prochain, puisque nous avons le bonheur d'avoir Rossini, au lieu d'un opéra séria, il faut lui demander uu opéra bofla, et que le librelto de cet opéra buiïa ne soit P% une imduction du français, mais une chose maimenl iia- ^ncy adaptée à nos mœurs, et, par là, vrai Aient romantique •

' Gl' lllinesi, Acbar grand Mogoi, ed il ritorno dei Pellegrino.

112 ŒUVRES r0STUUMl!:S DB STENDHAL.

A 3IADANË ,..f A *** .

Varcze, le 7 juin 18J0.

Madame,

Vous me meltez au désespoir. Vous m'accusez à plusieurs reprises de manquer de délicatesse, comme si daos votre bouche cette accusation n'était rien. Qui m'eût dit, lorsque je me séparai de vous, à Milan, que la première lettre que vous m'écririez com* mencerait par monsieur, et que vous m'accuseriez de. manquer de délicatesse?

Ah ! madame, qu'il est aisé à Thomme qui n*a pas de passion d avoir uue conduite toujours mesurée et prudente ! &loi aussi, quand je puis m'écouter, je crois ne pas manquer de discrétion ; mais je suis dominé par une passion funeste gui ne me laisse plus le maître de mes actions. Je m'étais juré de m'embarquer, ou au moins de ne pas vous voir, et de ne pas vous écrire jusqu'à votre retour ; une force plus puissante que toutes mes résolutions m'a entraîné aux lieux où vous étiez. Je m'en aperçois trop, cette passion est devenue désormais la grande affaire de ma vie. Tous les intérêts, toutes les considérations ont pâli devant celle-là. Ce funeste besoin que j'ai de vous voir m'entraîne, me domine, me transporte. Il y a des moments, dans les longues soirées solitaires, où, s'il était besoin d'assassiner pour voas voir, je deviendrais assassin. Je n'ai eu que trois passions en ma vie : Tambltion de 1800 à 1811, l'amour pour une fenmie qui m'a trompé de 1811 à 1818, et, depuis un an, cette passion qui me domine et qui augmente sans cesse. Dans tous les temps, toutes les dislraciions, tout ce qui est étranger à ma passiou, a été nul pour moi ; ou heureuse ou malheureuse, elle remplit tous mes moments. Et croyez-vous que le sacrifice que je fais à vos convenances, de ne pas vous voir ce soir, soit peu de choses Assurément je ne veux pas m'en faire un mérite ; je vous k

préseoie seolemeDi comme une expiation pour lés Ions qqe je puis avoir eus avaut-hier. Cette expiation n'est rien pour vous, madame; mais pour moi, qui ai passé tant de soirées affreuses, privé de vous et sans vous voir, c*esi un sacrifice plus difficile à supporter que les supplices les plus horribles; c'est uu sacrifice qui, par Textréme douleur de la victime, est digne de la femme sublime à laquelle il est offert.

Au milieu du bouleversement de mon être , où me jette ce besoin impérieux de vous voir, il est une qualité que cependant jusqu'ici j'ai conservée, et que je prie le destin de me conserver encore, s'il ne veut me plonger, à mes propres yeux, dans le comble de Tabjectiôn : c'est une véracité parfaite. Vous me dites, madame, que j'avais si bien compromisXes choses, samedi iBftUi), que ce qui s'est passé le soir devenait une nécessité pour vous. C'est ce mot compromis qui me blesse jusqu'au fond de lame, et, si j'avais le bonheur de pouvoir arracher le trait fatal qui me perce le cœur, ce mot compromis m'en eût donné la force.

Mais non, madame, voire âme a trop de noblesse pour ne pas avoir compris la mienne. Vous étiez offensée, et vous vous êtes servie du premier mot qui est tombé sous voire plume. Je pren- <^rai pour juge, entre votre accusation et moi , quelqu'un dont vous ne récuserez pas le témoignage. Si madame D..., si la itoble et sublime Métilde , croit que ma conduite de samedi niatiu a été le moins du monde calculée pour la forcer, par le juste soin de sa considération dans ce pays, à quelque démarche nitérieurey je l'avoue , cette conduite infâme est de moi, il y a ufl être au monde qui peut dire que je mîanque de délicatesse. J'irai j^s loin. Je n'ai jamais eu le talent de séduire qu'envers les femmes que je n'aimais pas du tout. Dès que j'aime, je (leviens timide, et vous pouvez en juger par le décontenancement dont je suis auprès de vous. Si je ne m'étais pas mis à bavanter samedi soir, tout le monde, jusqu'au bon padre Rettore, se serait aperçu que j'aimais. Mais j'aurais ce talent de séduire, t|ue je ne l'aurais pas employé auprès de vous. S'il ne dépendait nue de faire des vœux pour réussir, je voudrais vous obtenir pour moi-même, et non pas pour un autre être que j'aurais

fîguré à ma place. Je rougirais, je ii*atirais plos de bonhear, je crois f même aimé de vous, si je pouvais soupçonner que vous aimez uu autre que moi-même. Si vous aviez des défauts, je ne pourrais pas dire que je ue vois pas vos défauts ; je dirais, pour être vrai, que je les adore ; et, en effet, je puis dire que j'adore cette susceptibilité extrême qui me fait passer de si horribles nuits. C*est ainsi que je voudrais être aimé» c'est ainsi qu'on fait le véritable amour; il repousse la séduction avec horreur, comme un secours trop indigne de lui, et avec la séduction tout calcul, tout manège et jusqu'à la moindre idée de compromettre Tobjet que j'aime, pour le forcer ensuite à certaines démarches ultérieures, h son avantage.

J'aurais le talent de vous séduire, et je ne crois pas ce talent possible, que je n'en ferais pas usage. Tôt ou tard, vous vous apercevriez que vous avez été trompée, et il me serait, je crois, plus affreux encore, après vous avoir possédée, d'être privé de vous que si le ciel m'a condamné à mourir sans être jamais aimé de vous.

Quand un être est dominé par une passion extrême, tout ce qu'il dit ou tout ce qu'il fait, dans une circonstance particulière, ne prouve rien à son égard ; c'est l'ensemble de sa vie qui port< témoignage pour lui. Ainsi , madame , quand je jurerais à vos pieds , toute la journée , que je vous aime ou que je vous hais cela ne devrait avoir aucune influence sur le degré de croyanc< que vous pensez pouvoir m'accorder. C'est Tensemble de ma vi( qui doit parler. Or, quoique je sois fort peu connu et encore moins intéressant pour les personnes qui me connaissent, cepen liant, fimte d'autre sujet de conversation, vous pouvez demaudei si je suis connu pour manquer d'orgueil ou pour manquer di constance.

Voilà cinq ans que je suis à Milan. Prenons pour (aux tout c< qu'on dit de ma vie antérieure. Cinq ans, de trente-un à treute-si! ans, sont un intervalle assez important dans la vie d'un homme surtout quand durant ces cinq ans il est éprouvé par des circonstances didftciles. Si jamais vous daignez , faute de mieux penser à mon caractère , daignez , madame , comparer ces cini ans de ma vie avec cinq années prises dans la vie d'un autn

LETTRES À SBS AMIS. 115

ioc^Yida quelconque. Vous trouverez des vies beaucoup plus brillantes par le taleut, beaucoup plus heureuses ; mais une vie plus pleine d'honneur et de constance que la mienne, c'est ce que je ne crois pas. Combien ai-je eu de maltresses, en cinq ans, à Milan ? combien de fois ai-je faibli sur Thonneur? — Or j'aurais manqué indignement à Thouneur si , agissant envers un être qui ne peut pas me faire mettre Tépée à la main, j'avais cherclié le moins du monde à le compromettre.

Aimez-moi si vous voulez, divine Mëtilde ; mais, au nom de Dieu, ne me méprisez pas. Ce tourment est au-dessus de mes forces. Dans votre manjère de penser, qui est très-juste, être méprisé m'empêcherait à jamais d'être aimé.

Avec une âme élevée comme la vôtre, quelle voie plus sûre i)oar déplaire que celle que vous m'accusez d'avoir prise ? Je crains tant de vous déplaire, que le moment où je vous vis le soir du 5, pour la première fois, et qui aurait dû être le plus doux de ma vie, en fut, au contraire, un des plus inquiets, par la crainte que j'eus de vous déplaire.

Réllcxions. — Mardi soir 8 juin 4819.

Idées de planter tout là.

Ce soir, froideur à ne pas remettre les pieds au collège; jalousie pour le cavalier Giorgi, qui va faire la conversation de Tautre côté du canapé, et, en sortant, elle s'appuie beaucoup ^T lui, d'un air intime. Les femmes honnêtes aussi coquines que les coquines.

A MADAME ..., A FISE.

Florence, le 41 jnin 1849.

Madame,

Depuis que je vous ai quittée hier soir, je sens le besoin d*implorer votre pardon pour les manques de délicatesse et d'égards auxquels une passion funeste a pu m'enlraîner depuis huit

ilO ŒUVRES POSTHUMES DE STËNDIIIL.

jours. Mon repentir est sincère ; je Tondrais, puisque je vous ai dëplu, n'être jamais allé à Volterre. Je vous aurais exprimé ce sentiment de regret profond, hier même, lorsque vous daignâtes m*admetlre auprès de vous; mais, permettez-moi de vous le dire, vous ne m'avez pas accoutumé à l'indulgence, bien au contraire. Or je craignis qu'il ne vous parât que demander pardon de mes folies ne fût vous parler de mon amour et violer le serment que je vous avait fait.

Mais je manquerais à cette véracité parfaite qui, dans Tablme où je suis engagé, est ma seule règle de conduite, si je disais que je comprends un manque de délicatesse. Vous verrez dans cet aveu Tindice d'une âme grossière et peu faite pour vous comprendre, je le crains. Vous avez senti ces manques de délicatesse ; ainsi ils ont existé pour vous.

Ne croyez point, madame, que j*aie formé tout d'un traie le projet de venir à Volterre. Vraiment je n'ai pas tant d'audace avec vous ; toutes les fois que je suis attendri et que je vole . auprès de vous, je suis sûr d'être ramené sur la terre par une dureté bien mortifiante. Voyant sur la carte que Livourne était tout près de Volterre, je m'étais informé et Ton m'avait dit que de Pise l'on apercevait les murs de cette ville heureuse, où vous dtiez. Dans la traversée, je pensais qu'en prenant des lunettes vertes et changeant d'habit je pourrais fort bien passer deux ou trois jours à Volterre, ne sortant que de nuit et sans être reconnu de vous. J'arrivai le 3, et la première personne que je vis à Volterre, ce fut vous, madame ; il était une heure ; je pense que vous reveniez dîner en sortant du collège ; vous ne me reconnûtes point. Le soir, à huit heures et quart, lorsqu'il lit tout â fait obscur, j'ôiai les lunettes pour ne pas sembler singulier â Schneider. Au moment où je les étais, vous vîntes à passer, et mon plan, si heureusement suivi jusqu'alors, fut renversé.

J'eus sur-le-champ cette idée : si j'aborde madame D..., elle me dira quelque chose de dur, et dans ce moment-là je vous aimais trop, une parole dure m'eût tué; si je l'aborde comme son nmi de Milan, tout le monde dira dans cette petite ville que je suis sou amant. Donc je lui marquerai bien mieux mon respect en restant inconnu. Tout ce raisonnement eut lieu en un clin

LETTRES A SES AMIS. i\l

<r<Bii; ce fat lui qui me couduisil Coule ia journée du veudrcdi à. h puis vous jurer que je ne savais pas que le jardin Giorgi appartint à voire maison. Je croyais vous avoir vue entrer à droite de la rue, en montant, et non à gauche*

Dans la nuit du 4 au 5, je pensais, dis-je, me trouver le plus ancien des amis de madame D... Je fus tout fier de celte idée. Elle peut avoir quelque chose à me dire sur ses enfants» sur son voyage, sur mille choses étrangères à mon amour. Je m'en vais lui écrire deux lettres telles, que, si elle veut, elle peut rendre raison de mon arrivée à ses amis d'ici et me recevoir. Si elle ne ie veiu pas, elle me répondra non, et tout sera fini. Comme, eu cachetant une lellre, j*ai toujours Fidée qu'elle peut être surprise, et que je connais les âmes basses et Tenvie qui les pos- "^e, jeme refusai à joindre mon billet aux deux lettres ofiidélies, afin que, si votre hôte les ouvrait par mégarde, on n'y vtl rien que de convenable.

Je vous Tavoue, madame, et peut-être je risque de vous déplaire en vous ravouant, jusqu'ici je ne vois point de manque ^ délicaiesse.

Vous m'écrivîtes d'une manière très-sévère ; vous crûtes surtout que je voulais forcer votre porte, ce qui ne me semble inMare dans mon caractère. J'allai rêver à tout cela hors de la porte, à ... ; en sortant de la porte, ce fut par hasard que je ne pris pas à droite ; je vis quMl fallait descendre el remonter, et je voulais être bien tranquille et tout à mes réflexions. Ce fut àitm que je fus amené au Pré, où vous vîntes plus tard. Je m'appvyai contre le parapet et je restai là deux heures à regarder cette mer qui m'avait porté près de vous, et dans laquelle j'aurais mieux fait dé finir mon destin.

Remarquez, madame, que j'ignorais entièrement que ce Pré

fût votre promenade habituelle. Qui me l'aurait dit? — Vous

l^euez que j'étais d'une discrétion parfaite avec Schneider. Je

jjous vis arriver ; aussitôt je liai conversation avec uu jeune

^omme qui se trouvait là et je partis avec lui, pour aller voir la

fûer de l'autre côté de la ville, lorsque M. Giorgi m'aborda.

J'avoue que je pensai que vous ne croyiez plus que j'eusse ronlu forcer votre porte; je fus très-heureux, mais, en même

118 ŒOVRES POSTHl'MES DE STKNDUÀL

lenps, irës-lîmide. Sans b ressource de parier aux en certaîoemeDt je me compromettais. Ce fat bien pis qoaud entrâmes an collège : j'allais me trouver vis-à-vis de vous e voir parfaitement; en un mot, jouir de ce bonhear qai me vivre depuis quinze jours et que je u'osais même espé fus sur le point de le refuser à la porte du collège ; je sentais pas la force de le supporter. En montant les esca] me soutenais à peine ; certainement, si j'avais eu affaire gens fins, J'étais découvert. Je vous vis enfin ; depuis ce n jusqu'à celui où je vous quittai, je n'ai conservé 'que dei confuses; je sais que ]e parlais beaucoup, que je vous dais, que je fis l'antiquaire. Si c'est dans ce moment-là i commis des manques de délicatesse, c'est bien possible, ai nulle idée ; seulement j'aurais donné tout au mond pouvoir fixer le tapis vert de la table. Je puis dire que ment a été un des plus heureux de ma vie, mais il m'esi rement échappé. Telle est la triste destinée des âmes i on se souvient des peines avec les plus petits détails instants de bonheur jelleul lame telleroeni hors d'elle qu ils lui échappent.

Le lendemain soir, je vis bien, en vous abordant, que avais déplu. Serait-il possible, pensai-je, qu'elle fût air de M. G...? — Vous me donnâtes la lettre qui conmiei monsieur; je n'en pus guère lire au collège que ce mol Je fus au comble du nialbeur au même lieu oà la veille j' de joie. Vous m'écriviez que j'avais voulu vous trompe sant le malade et qu'on n'avait pas la fièvre lorsqu'on | promener. Cependant, le vendredi, avant de vous écril eu l'honneur de vous rencontrer deux fois à la promi ne prétendais point dans ma lettre que la fièvre m*e! à coup, dans la nuit du vendredi au samedi. J*avais si tristes, qu'être renfermé dans ma chambre augi malaise.

Le lendemain de ce jour fatal, je me punis eu ne pas; le soir, je vis M.' 6... jaloux; je vous vis vons lui en sortant du collège. Plein d'étonnemenl, de a et de malheur, je pensai qu'il n'y avait plus qu^l

complais oe plus vous faire qu'une visile de politesse, la veille de mon départ, visite que vous n'auriez pas reçue, lorsque la femme de chambre ine courut après dans le jardin, où j*élais déjà avec M. Giorgi, criant : « Madame dit qu'elle vous verra ce soir au collège. » Ce fut uniquement pour celle raison que j'y allai. Je pensais que vous étiez bien mailresse d'aimer qui vous vouliez; je vous avais demandé une entrevue pour vous exprimer mes regrets de vous avoir importunée, et peut-être aussi pour vous voir bien à mon aise et entendre le son de cette voix délicieuse qui retentit toujours dans mon cœur, quel que soit le sens des paroles qu'elle prononce. Vous exigeâtes le serment que je ne vous dirais rien de relatif à mon amour; je l'ai tenu, ce serment, quelque grande que fût la violence à me faire. En- Oa je suis parti désirant vous haïr, et ne trouvant poinl de haine dans mou cœur.

Croyez-vous, madame, que je désire vous déplaire et faire l*hypocrite avec vous? Non, c'est impossible. Vous allez dire : « Quelle âme grossière et indigne de moi !» — Eh bien, dans cet exposé fidèle de ma conduite et de mes sentiments, indlquez-moi le moment où j*ai manqué de délicatesse et quelle condoite il eût fallu substituer à la mienne. Une âme froide s'écrierait aussitôt : « Ne pas revenir à Volterre. » Mais je ne crains pas cette objection de votre part. Il est trop évident qu'un être prosaïque n'eût pas paru à Volterre: d'abord, parce qu'il n'y avait pas d'argent à gagner; en second lieu, paice que les auberges y sont mauvaises. Mais, ayant le malheur d'aimer réellenteut et d'être reconnu de vous le jeudi soir, 3 juin, que (A - .laitpil faire? Il est inutile de vous faire remarquer, madame, que je Q'ai point Timpertinence de vouloir faire avec vous une guerre de plume. Je ne prétends point que vous répondiez au long à mou journal; mai^ peut-être votre âme noble et pure me ren. dra-ielle un peu plus de justice, et, quelle que soit la nature des relations que le destin laissera subsister entre nous, vous ne disconviendrez pas, madame, que Testime de ce qu'on a tendre- ^meut aimé ne soit le premier des biens ^

* Je trouve la réponse en quatorze pages au clou des clefs ; un procacio

120 ŒCVRES POSTHUMES DE STENDIUL.

XLVÏ

Florence, le 50 juin 1819.

Avec uu peu de fièvre, sorlant de YInganno felke^ qui nùpUi beaucoup pour la première fois, et pendant lequel je composais cette lettre. J*ai écrit ce qui suit le 29, de dix heures et demie à minuit et demi :

Madame,

J*ai ce malheur, le plus grand possible dans ma position, qu

mes actions les plus pleines de respect, et je puis dire les pk

timides, vous semblent le comble de Faudace; par exemple

n'avoir pas épanché mon cœur à vos pieds les deux premte

jours que je fus à VoUerre et sur des actes de respect qui m'(

peut-être le plus coâté dans ma vie. A tous moments, j'ét

tenté de rompre la règle que le devoir m'imposait. Dix fois, pi

de cho'^cs a vous dire, je pris la plume. Mais je me dis : S

commence, je succomberai. Je sentais le bonheur d'oser*^

écrire dix lignes au-dessus de tout pour moi. Mais, si dix li^

pouvaient m*excuser auprès de vous, il me semblait que je

lais par là de Tespèce d'Incognito où je devais me tenir soig

sèment pour ne pas vous blesser. Avoir été vu de vous éta

hasard, oser vous écrire était une action de ma pleine ei

volonté.

Il est évident que, con^me étrangers, et permellez-ni croire que ce n*est que de nation que nous sonfimes étrs Tun à Tautre, comme étrangers nous ne nous comprenon nos démarches parlent une langue'différente.

Je frémis pour le passé; que de manques de délicatesse vous exprimer en vous disant tout le contraire! Nous n

l'a apportée hier soir, demandant une grazzia. Cette réponse, d fin du 26, n'est pas venue par la poste. .T'ai bien fait de n'en p une seconde. (H. B.)

l.BTTRES A SES AMIS. 121

comprenons absolument pas. Quand j'écrivais : « Sciïneider» en bavardant, certifiera que je suis malade, • j'eatendais, cerliOera à voas, à la maîtresse de ma vie. Que me font les idées des habitaDtsde Volterre?

Autre chose. Je n'ai jamais compris qu'il fât décent d'aller ehez le Rettore, et, pat* le plus cruel des sacrifices, je m'étais promis de ne plus y aller, et je crus faire merveille en ne m'y présentant pas le mardi. Je croyais que c'était vous poursuivre, voos vexer de mon amour; car, en allant chez le Rettore, j'allais chez vous, et vous m'aviez reçu froidement; et, si vous vous en souvenez, madame, le mercredi, en vous abordant tout tremblant, je sentis le besoin d'excuser ma présence là, par l'invitalion de la femme de chambre.

Combien de mes actions les plus simples de Milan ont dil vous «téplairel Dieu sait ce qu'elles signifient en italien.

Pour l'honneur de la vérité, pour n'en plus reparler, .je vous affirme que, vous voyant passer le 5, à une heure, un instant après que vous m^eûtes regardé sans me reconnaître, Schneider Jne dit, en deux mots, qui était cette dame et qu'elle habitait casaGuidi. Je n'osai lui faire répéter ce nom. Il me semble toujours être transparent quand on me parle de vous. Le 5, je fis le toar de la ville, de la porte de l'Ârco à la porte de Florence, m'oneutant d'après le plan levé par monsieur votre frère. Je remarquai à c6té de la porte Fiorentina le jardin anglais de M. Giorgi. J'y allai et je vis déjeunes demoiselles sur le mur. 11 me plut, je ^ promis de revenir le lendemain, et j'ignorais qui j'étais deslioé à y rencontrer. De même, pas la moindre préparation dans niOB excuse à M. Giorgi, car je n'avais pas fait la plus petite in- Usrroption à Schneider, je n'avais pas même prononcé votre nom.

Soyez sûre, madame, qu'on ne vous a pas remis ma première lettre de samedi, au moment que je. la portai. J'allai me promener assez loin. Quand je repassai devant la casa Giorgi, il y avait certainement plus d'une heure à ma montre, et je me rappelle fort bien que j'hésitais beaucoup; je ne trouvais pas l'intervalle assez considérable. Enfin je me dis: « Maudite timidité! » et je frappai. C'est absolument M. Giorgi qui me prêta l'idée de demander à vous voir; c'est exactement comme mercredi matin.

quand j*aliaii voir sa galerie, pour vous remettre one lettre; il voulait absolument me £aiire entrer dans votre chambre, quoiqu'il ne fût que neuf heures et demie.

Je me suis bien mai fiait comprendre, madame, si vous me croyez un homme si difficile à désespérer. Non, je n'espère plus, et il y a déjà longtemps. J*ai espéré, je Tavoue, au mois de janvier, surtout le 4 ; un ami qui était cbez vous le 5 me dit en sortant (pardonnez-moi les termes propres) : Elle est avons: fere::, votts le scélérat? Mais, le 15 février, je perdis tout espoir. You; me dites des choses ce jour-là que je me suis sonveni redite depuis. Il ne faut pas croire que les choses dures, que je ne vou blâme en aucune manière de m'adresser, bien ad contraire soient perdues. Elles tombent profondément dans mon cœur, < ce n'est qu'assez longtemps après qu'elles commencent à faii effet, à se mêler dans mes rêveries et à désenchanter vot image.

J'ai beaucoup pensé depuis quatre mois à ce qui me resl< faire. ~ Faire Tamour à une femme ordinaire? La seule U me révolte et j'en suis incapable. Me jeter dans Timpossibi de vous revoir par une bonne insolence? — D'abord, je o aurais pas le courage ; ensuite, excusez mon apparente malb nèteté, ce serait me mettre dans le cas de m'exagérer le b heur d'être auprès de vous. Pensant à madame D... à i lieues d'elle, j'oublierais ses rigueurs, je mettrais à côlc les des autres les courts moments où il me semblait, à tort, qu me traitait moins mal. Tout me deviendrait sacré, jusqu'^au qu'elle habite, et, à Paris, le seul nom de Milan me ferait veni larmes aux yeux. Par exemple, depuis un mois, pensant à vo* Milan, je me serais Gguré le bonheur de me promener avec à Volterre, autour de ces superbes murs étrusques, et jam ne me serait venu à l'esprit de me dire les choses vraies € res qu'il m'a fallu dévorer. Ce système est si vrai, que, lorsc reste quelque temps sans vous voir, comme au retonr de S zaro, je vous réaborde toujours plus épris. Je puis don avec vérité, madame, que je n'espère pas ; mais le lieu terre où je suis le moins malheureux, c'est auprès de va malgré moi, je me montre amoureux quand je suis près de

LETTRES A ses AMIS. 125

e'esi que je suis amoureoi ; dims ce D*esi nulieioeat que j'espère vous faire partager ce sentiment. Je vais me permettre ud longue explication 'philosophique, à la suite de laquelle je pourrai dire:

Trop d'espaee sépare Andromaque et Pyrrbus.

Le principe des manières iialieunes est une certaine emphase. Rappelez- vous la manière dont V... frappe à votre porte, dont il s'assied, dont il vous demande de vos nouvelles.

\jè principe des manières parisiennes est de porter de Ja sinr plicité dans tout. J'ai vu faire en Russie cinq ou si grandes actions par des Français, et, quoique accoutumé au ton simple de la bonne compagnie de Paris, je fus touché encore de trouver si simples les gestes de ceux qui les faisaient. £h bien, je crois, madame, qu'à vous, Toruement d*un autre climat, ces manières simples auraient semblé légères et peu passionnées. Remarquez que, dans mes belles actions de Russie, il s'agissait de la vie. chose qu'on aime assez, en général, quand on est de sang-froid.

Les manières de M. Lampato et Peccfaio peuvent vous donner quelque idée de notre ton simple, à nous autres Français. Remarquez que le visage de Vismara est tout à fait à la française ; ce sont ses manières qui font un contraste avec les nôtres et que je donnerais la moitié de ma vie pour pouvoir contracter. 11 suit de laque mes démarches, comme cela m'a frappé hier à la lecture de votre lettre, que mes démarches, dis-Je, doivent souvent peindre à vos yeux un sentiment bien éloigné de celui qui les inspire. C'est probablement comme cela que vous trouvez que jW.

Vous savez que, dans les romans, les amants malheureux ont nue ressource : ils disent que l'objet de leur amour ne peut plus aimer; je trouve que cette ressource me vient depuis quelques jours. Vous voyez donc, madame, par cette confidence que je prends la liberté de vous faire de tout ce qui se passe de plus intime dans moi, que je n'espère pas.

On vous écrit, madame, « qu'on pense à Milan que je suis venu vous rejoindre ou que j'ai souhaité qu'on le croie. » — C'est

celle anuée, pour la piemière fois, que j'ai passé un an i sans (aire de voyage. Je parle k irès-peu de personnes, et < personnes sont aecootumées à me voir partir et arriver. V( êtes partie le 12 et moi le 24 : j*ai dit que j'allais à Grenol Ici j'ai trouvé Vaini et Trivulzi ; je leur ai dit que je revenais Grenoble ; que, me trouvant à Gènes, la Luminara de Pise, : noncée alors pour le iO juin, m'avait amené à Livourne, e retard de Farrivée de Tempéreur à Florence.

Quant à F idée qneje désire qu'on croie que je suis venu v rejoindre, s'il est au monde 4inc supposition maligne dont il soit facile de me justifier, non par des phrases, mais par de b faits bien constants, c'est celle-là.

Depuis cinq ans que je suis à Milan, le peu de personnes me connaissent peuvent le certifier, il ne m'est pas arrivé seule fois de nommer une femme. Je ne parle pas d'une sonne qui voulut, malgré moi, me loger chez elle. Une a femme s'est affichée au bal masqué ce carnaval; mais elb bien voulu, et je n'y ai pas eu la moindre part, et ce qui me montre bien franc du collier sur cet article, c'est que mes ; les plu s iuiimes ont été très-élonnés de cette relation déjà cienne et terminée depuis longtemps. 11 est vrai que je u'a ces femmes que comme des (il les. Mais ceb, loin de nuire petite vanité de s*en vanter, ne ferait que lui donner un v< de meilleur ton. Je défie la personne qui vous écrit de faire n mer sur mon compte deux autres femmes. A propos de c madame, vous aurais-je donné la préférence pour une iafa à vous, surtout, que l'estime publique rend si difficile d quer sur ce point? J'ajouterai que* dans ma jeunesse j'ai ton été trop ami de la gloire véritable, et, grâce à beaucoup gueil, j'ai toujours eu trop d'espoir d'y parvenir, pour aina gloire du mensonge. ,

Madame, si Ton me calomnie sur une chose dont Gui; Vismara et les autres peuvent me justifier mathématiqnei que dira-t-on sur d'autres sujets qui, de leur nature, ne soi susceptibles d'autant de clarté dans la justification? M m'arrête par respect pour l'amitié dont vous honorez la sonne qui écrit.

LETTRES A SKS AMIS. 125

Je pense, madame, qa'en arrWanl à Milan ce que j'ai de roieox à hire est de dire comme à Yaini. Si vous pensez autreroeat, madame, daignez me donner vos ordres. Dois-je'dîre que j*ai été à Volterre? ]1 me semble que non.

J'espère, madame, avoir 6té de cette lettre tout ce qui rappelle trop ouvertement Tamour ^

A MONSIEUR LE BARON DE M..., A PARIS

Florence, le 48 juiUct 1819.

C'est charmant! Je revenais de me promener aux Uffizzj, où. comme vous savez, on va le dimanche ; je pensais justemeut à V0I1S. Quel plaisir de le tenir sous le bras! me disais-je; mais

le m'a abandonné, comme uu vil jacobin. Je rentre et je

trouve votre lettre. Je suis bien fâché de voir que vous souffrez ; je vous exhorte à la plus grande prudence; le vieux Moscali m'a dit qu*il fallait trente ans de tempérance pour se consoler de ces accidents. Donnez-moi des détails.

U. m'est arrivé, le 25 mai, de toucher sept cents francs; grande fêle au manoir inferual.Que faire d'une somme si énorme ?

— Le 24, je suis parti par la diligence de Gênes, — cinquante francs. — Huit jours à Gênes. —Traversée délicieuse en vingt sept heures, et soupant à Porto Venere, de Gênes à Livourne. —Huit jours à Livourne et Pise, pour ces plates fêtes; et, enfin, je suis à Florence depuis quarante jours et j'ai encore cent francs .

— Dernièrement, au dîner de table d'hôte, devant trente convives, j'ai soutenu une dispute de chien sur le maréchal Ney.

* EUe me répond par une rupture apparemment fondée sur le vern : Trop d'espace ftépare Andromaque et Pyrrhus.

Lettre de désespoir de Dominique, dont on n'a pas gardé de copie 1.^ 6 juillet, la lettre suivante lui est adressée ; elle l'aura reçue le vendredi 9 juillet. Cette lettre, bien écrite, n'a qu'une page. (Elln n':i pas été nHronvée.)

i^ ŒUVRKS POSTHUMES DE STENDHAL

Qaand le vicomte verra cette lettre, H dira : i Bod, voilà jns tcment le début de Je fais mes farces. »

Je cherche du noir dans ma tète. Je vous dirai que les Flo rentins me déplaisent extrêmement ; il y a quelque chose de se et de correct qui me rappelle la France. L:i Lombardie el mo cœur sont faits Tun pour Fautre ; j'espère que voilà uu grai cœur. Vous allez me dire quelque injure quand je vous aveu rai qu'en quarante jours de temps et étant lout le jour dans rue, ayant vu toutes les processions du Corpus domini el de Saint-Jean, je n'ai pas trouvé une seule Florentine vraiin< belle. Mes beautés ici sont deux jeunes Anglaises, que jev tous les soirs aux Casciney et sur le pont délia Trinilà, vers oi heures. Encore sont-ce des beautés de brochet : je veux d sans expression. G*cs^ sur le pont délia Trinilà que nonsav cherché un remède aux infâmes chaleurs qui nous ont c pendant dix jours. Figurez-vous qu'on n'arrose pas les ru* Florence; littéralement, les pierres de la place du Grandétaient encore brûlantes à minuit. Le Bottegone était brtti mais il doit avoir fait une fortune ; il Atllail prendre une gra lata toutes les heures, sous peine de crever ; on dit que ' i)*avons eu que vingt-huit degrés et demi.

Que pense-t-on de VHistoire de Venise de M. Daru ? Il < qu'il y avait, en 1790, un ambassadeur vénitien à Vers qui fîûsait des rapports originaux à sa République. G'étai infâme tyrannie que celte aristocratie ; j'ai été sur les lit j'ai vingt anecdotes : pas Tombre de liberté ; cent familles sanles qui nourrissaient quelques milliers de pauvres a< umt le reste opprimé. A ces deux dernières circonstances n'est comme à Vienne. — A propos, Tempereur a été d^u nérosité incroyable- il donne trois ou quatre mille se comme on donne vingt-cinq louis; c'est le contraire i trois ans ; il se sauve en économisant sur sa défroque ; il p4 chapeau à calotte enfoncée par le temps, que le domestl votre domestique jetterait à la rue. Tout son habilleme bien trente francs. Du reste, le comte de Sainte-Hélène *

' Na|>oloon.

le màier; ces souverains se j^omènent comme des osiensoirs, plus ou moins beaux à voir, mais ils ne font point de décrets quV tiennent le public en aniiété, Us ne sont pas centres d'action. Aussi indifférence complète et pis que cela. — Mon Dieu ! où mettrai-je cette lettre à la poste ? Si j'étais un Irlandais, je vous dirais : Ne manquez pas. de m'avertir, si vous ne la recevez pas. Je compte sur mon écriture.

Ma société ici se compose d'orfèvres, avec lesquels je fais des piqoe-niques, où Ton boii-à la santé de Benvenuto Gellini. Ces orfèvres ont amené au dernier dîner, à c6lé de la tour du Dante, près de VAcienda del Ghiaccio, dîners exécrables, qu'ils trouvent fort bons et qui coûtent cinq panles ; ils ont amené, dis-je, deux Américains, qui ne doutent pas que l'emprunt de TAngleterre ne soit para bellum, pour eux. Mais ils croient que les ministres anglais, pour se soutenir, veulent la guerre. Les aristocrates anglais meurent de peur et se serrent contre le ministère. J'espère avoir la joie de voir une révolution dans ce payslà. Les pontons et Sainte-Hélène seront vengés. — Adieu, je vais à la Cenerentola par la Monbelli'; c'est très-bien chanté; mais toujours Rossini, c'est le Pâté d* anguilles.

XLVIÏl

Florence, le 2(MmlleM819.

Madame,

Peut-être que, dans ma position de disgrâce, il peut vous sembler peu convenable que j'ose vous écrire. Si je vous suis devenu odieux à ce point, je veux tâcher, du. moins, de ne pas mériter davantage mon malheur, et je vous prie de déchirer ma lettre sans aller plus loin.

Si, au contraire, votre âme sensible, quoique trop tière, a la bonté de me traiter comme un ami malheureux, si vous daignez me donner de vos nouvelles, je vous prie de m'écrire à Bologne, où je suis obligé d'aller : « Al signor B., nella locanda deir Aquila

ISS ŒUVRES POSTHUMES DK STENDHAL

Nera . » ic suis réeHemeol inquiet de TOlre santé. Seriei-?oas asset cruelle, si tous éliei malade, pour ne pas me rapprendre ea deui mots? Mais il faut ro'atlendre à tout. Heureux le cœur qm est éciiaufFé par la lumière tranquille, prudente, toujoars égale d'une faible lampe ! De celui-là, on dit qu*il aime, et il ne commet pas d*inconvenaDces nuisibles à lui et aux autres. Mais le cœur qui est embrase des flammes d'un volcan ne peut plaire à ce qu'il adore, fait des folies, manque à la délicatesse et se consume lui-même. Je suis bien malbeurenx.

Hbnri.

Bologne, le 24 juillcl 1819.

La pipe du caporal m*a fait apporter ici ma lettre. Save vous qu'en arrivant le ^22 j'ai trouvé neuf lettres qui m'anuo cent que j'ai perdu mon père le 20 juin, et qui me grondent n'être pas à Grenoble depuis longtemps? One de ces lettres ce lient la copie du testament, qui est une espèce de manife contre ce pauvre Henri. On lui donne cependant la moitié la partie disponible; mais tout le mobilier, qui esl considérai à M. M , ce qui est juste.

SI Ilenii avait pour sa part cent mille francs, comme cela ralt probable, il mettrait :

40,000 fr. à fonds perdu^ à iO p. 100. . 4,000 fr. \

40,000 en renie 2,500 [q »(u\

20,000 à 5 p. 100 sur terres. . . . 1,000 >^^^^^^

ot son fonds perdu actuel 1,600 *

Je m'abonnerai bien à avoir sept mille francs. — Il faut j'aille m'ennuyer à Gularo Je serai électeur; parlez-in< cette comédie. Vous êtes mon comeil des ancietis. Dans la \ avec sept mille francs de renie, faut-il vivre à Paris on à M

A AiON81KUR LE BARON Dfi N., À FAP.IS.

Gularo (Grenoble), 'cl*' scplcinbre 1819.

Je sois bien reconnaissant de voire belle Iciire de huit pages. Je compte aller voas joindre, le 1 4^ après les élections ; la chose est sâre, car j'ai dans le tiroir de ma table six mille francs en or. — Il laisse dei debiti infiniti ; j'aurai de trente à ciu* qaante mille francs, voilà tout. J'ai trouvé cent vingt mille francs de délies^ plus deux mille cinq cents francs de rentes viagères, à servir annuellement; tous les aperçus qu'on m'avait envoyés étaient exagérés, et ce n'est, comme vous voyez, qu'après vingt jours de courses et d'attention soutenue que j'y vois clair.

Je serais avec vous^ sans les élections; quoique mon mépris soit déjà au comble, je veuiL cependant sacrifier dix jours à ce spectacle. Je suis électeur, car je paye quatre cent quatre-vingts francs.

Je parierais pour M. Grégoire; le parti libéral, guidé par M. Duport-Lavillette, une des meilleures tètes du pays, le porte ferme, et, pour gagner les électeurs de Vienne et de Bourgoin, nommera Sapey et Français de Nantes, choix dont vous, ventru, vous devez être enchanté. Je crois que M. de RoUin sortira au premier tour de scrutin.

Le préfet déclame ouvertement contre Grégoire, et, ce matin, on a reçu un pamphlet anonyme contre ce digue évéque ; c'est le relevé de ce qu'il a dit en 1792 contre la royauté. Malheureu* sement G*est justement ce que pensent nos péirâ de campagne, qui payent trois cents francs juste. Les susdits paysans sont les seals (à part Topinion anlimonarchit^ue ) qui pensent raisonoablement sur tout. Ils nommeront qui vous voudrez dès que vous leur aurez rendu la nomination des juges de paix, des maires et des officiera de la garde nationale.

Le préfet porte le comte Bérenger contre Grégoire ; aujour* d'boi voici les probabilités :

RoUio, Grégoire, Sapey, Français.

Lo miuîstèrc présente : Bérenger (le comle conseiller d*Ëla(), Planelli-Lavalette, Duboochage.

La partie la mieux liée est celle des nltra; ils ne perdront pas une voix ; les curés de campagne èteront à Grégoire cent cinquante voix de dévots.

Le préfet est méprisé, quoique plein d'esprit ; c'est qu'il est uvarc ; il ne leur a pas donné à boire assez largement le jour do la Salut -Louis. — il y »eu uu demi-duel pour une danseuse, j'euleuds pour une demoiselle jolie et honnête, sur laquelle uu officier est tombé en valsant ; le préfet est intervenu gauchemeut. Enfin il a invité, par écrit, un nommé Comeirau, charcutier grossier, mais qui paye plus de trois cents francs d'impôts ; ledit charcutier eu fait des gorges chaudes avec ses amis les peigneurs de chanvre ; il sout deux artisans dans ce cas.

Au total, vous savez que ma profession de foi est le Commen. taire sur Montesquieu. Toute la basse classe ici pense comme moi, et, dans dix ans, les deux tiers des gens aisés partageront cette opinion. On lit très-peu à Grenoble; mais le Censeur et Va Minerve sont crus aveuglément. On vend beaucoup de Tkouret et l'on a déjà vendu huit Commentaires, — Il y a dans la bourgeoisie deux ou trois Hambden de village. — Il y a une nuance, le parti militaire et le parti libéral pur. Les militaires, étant insolents, perdent chaque jour du terrain. — Au reste, en organisant d'une manière populaire le jury, les mairies et les juges de paix, M... pourra garder ses chères places ciuq ou six ans encore. Il est une bête de laisser condamner Duuoyer et acquitter Martainville. Je suis témoin que cela a donné trente voix, au moins, à Grégoire. 11 me semble que Mazarin n'aurait pas fait cette faute; mais cet homme n'est, au plus, qu'un demi-Hazarin. A sa place, rhonneur à part, j'aurais dix millions de plus et serais plus as* sure de la majorité.

Les gens que Votre Excellence ventrue me désigne pour dé* pûtes sont, politiquement parlant, dans le dernier mépris; on

ne doute pas que le banquier K ne soit prêt à tout vendre

pour nue pairie.

J'ai beaucoup d'estime pour MM. Michoud» le général finiUi

LETTKKb A. SES AAIIS. 151

DuporlpLaviileUe cl Rivier, notaire; voilà des gens modérés, au moins trois des quatre, et Hiu'il faut employer, si vous voulez uae véritable populai'ité. Les juges soni daus la boue et les prêlres i;n peu moins, parce qu'on regarde M. 6... comne un habile fripon. — Du reste, Irauquiliité profoude, car le préfet elle général sont modérés; vous pouvez vexer de mille manières ce peuple avant qu'il montre les dents. Adieu; au revoir le 4 8 ou f9 septembre.

Dupuv.

A N0K6IEUR LE BARON DE M..., A PAKIS.

Milan, le ^2 novembre 1849.

Arrivé le 22 octobre, en boune santé, mon illustre paresse ma empêché de vous faire part des sensations que j'ai trouvées sur le Simplon, dans la vallée dlzelle et aux Titans, ballet <ie Vigauo. — L*idée dominante que je rapporte de Paris, c'est <Ioe chacun a raison dans son trou, et qu'il est absurde de vouloir être à la fois dans deux trous. Quelle belle cbose d'être ambidextre, c'est-à-dire, à la florentine et à la française eu même lemps! G^est parce que la délicieuse promenade du boa-* levard me fait bâiller jusqu'au talon que je vous semblerai le comble de Tabsurde en vous disant qu'un de messieurs les Titans, assis et haut de cinquante pieds, baisse la tête, élève une nuiiu daus les nues et en redescend -sa chère sœur. LesTiUiusi <|oi sont malins et qui s'ennuient en enfer, donnent à cette chère sœur trois petites urnes, qui ne sont autre chose que les igcs de fer, d*airain et d'argent. On ouvre ces urnes, et les malheurs correspondants se développant sur la terre. Tout cela, ccsl Terreur d'un grand homme, aussi grand que Canova, enleudez-vous ? Deux grands hommes, à savoir, Mouti et moi , sommes fous des deux premiers actes. Le premier peint Tin- Bocence. Au quatrième , les malheurs qui sortent de Tunie de

13â ŒUVKES POSTHUMES DE STKNDUAL.

fer, OÙ il y a des brasselets, une épëe et uo diadème ( nolei ce dernier mol), sont du premier grand en fait d an.

Un lioumie d'esprit de Turin, avec lequel j'ai dioébier^a iiU' provisë ou discours sur Vigano; je l'ai prié de me donner ci»quante ligues, que Taimable M. la 6... pourra arranger dans le Journal de Paris. Ce pays-ci est comme les familles nobles tombées dans la misère; il faut casser le nez avec Tencensoir. D'ailleurs, Caites observer à M. L... que la France n'a pasqualn hommes à opposer à Canova, Vigano, Monti el Rossini.

J'ai vu Rossini hier à son arrivée; il aura vingt-huit ans a mois d'avril prochain, et veut cesser de travailler à treu ans. Cet homme, qui n'avait pas le sou il y a quatre au vient de placer cent mille francs chez BarbagHa, au sept demi pour cent. On lui donne mille francs par mois comi directeur despote du théâtre de Saint-Charles. Voilà une b( idée : prendre l'homme de génie de la partie el le faire despc

Outre les mille francs par mois, Rossini' a quatre mille fra pour chaque opéra qu'il fait,, et on lui en demante tant qu^il peut faire. Sa Donna del Lago^ sujet tiré de Walter Scott, ; Je plus grand succès, il va nous faire une Bianca Capeilo, nous jugerons le 26 décembre. On sera sévère ; il a dé^à fa premier acte à Naples, d'où il vient. Barbaglîa entrelien grand homme, et lui donne gratis carrosse, table, logeme arnica. La divine G..., qui n'a, je crois, que quaranli cinquante ans, fait les délices du prince Jablonowski» du mi naire Barbaglîa et du maestro.

La Hipresaglia (la Revanche ), opéra actuel de Slund une plate imitation de Mozart; le petit ballet est iufàn suis fâché de ne pas avoir apporté le Frère Vénitien et ti quatre autres mélodrames. Il faut des choses nettes à l sique ; ce qui lui convient le moins, c'est l'esprit français, < la Revanche, Crivelli est passable, et la Gamporesi exc< La Rouini acquiert beaucoup,; la Pasta n'est plus reconna elle travaille sept à huit heures par jour à donner de nu habitudes à son gosier. La Grassini a dix mille francs poi ter deux mois à Brescia : voix usée. La Nina, toujours plu toujours plus brillante, je ne l'ai point vue. Son piaao ir:

LETTRES A SES AMIS. î55

quartier générât de Rossiai, qui hier, à son arrivée, a été invité àdiiier i^our dix jours de chaque semaine. Il comple rapporicr àNapIes ^Paga entière, ce qui Tenchanle.

J'allais vous abonner au Conciliatore ; mais le pauvre diable

esliDort le 20 d'octobre, de répidémie de C'est dommage,

surtout pour les articles de M. Ermès Visconli.

Vous avez à Paris, depuis deux mois, un M. Manzoni, jeune homme de la plus haute dévotion, lequel avait fait, ce priniemps, deux actes fort longs sur la mort du général Garmagnola, le graod'père de la Carmagnole, né à; Garmagnola en Piémont, ûfaiio morire à Venise, par le Conseil des Dix. Ces actes étaient faits pour être lus ; il s'est interrompu pour traduire le livre de Tabbé de Lamennais, sur V Indifférence en matière de religiony et pour réfuter les impiétés de Sismondl. Ërmès Ta excité à faire une tragédie jouable : il a refait ses deux premiers actes et les trois derniers, le tout en trois mois. Cette Mort de Garmagnola est sous presse e desta la pià alla aspettazione. Toute nia crainte est que cela ne plaise pas à H. Duvicquet ou au grand Evariste Dumoulin, car c'est romantique. Des soldats se battent , un solitaire les arrête : « N'êtes-vous pas tous Italiens, tous lils delà même patrie? » etc. On dit ce passage sublime.

LU

A MONSIEUR LV. BARO.N DE M..., A PARIS

Milan, le 21 décembre 1810.

Uae collection de baïonnettes ou de guillotines ne peut pas plus arrêter une opinion qu'une collection de louis ne peut an-êter la goutte.

Voilà, mon cher ultra, l'idée qui m'est venue en lisant la deuxième partie de votre lettre du 8. Je riais de bon coeur de votre ignorance politique, ou plutôt du voile que l'amour de votre baronnie et les souvenirs de supériorité individuelle qu'on vous inocula jadis, à Facadémie d'Alfieri, mettent devant vos yeux. Vous me rendez ce rire quand je vous parle de Vigand, et I. 8

uoas avons lous deux raîsoD, car il n'y a pas de moral, physiques sont difTéreols. La preuve eu est que de loul 1 De regrelle que Nina. Toul le resle me semble vieille co el vos lableaux ei vos livres me foui Teffei de madame Aubin ; u'cslrce pas là le nom de Tamie de madame La Tout cela se réduit à ce que le Corrëge aurait fait ses h noires s'il eût peint au Sénégal.

Le bon, entre amis, c'est d^ètre francs ; comme cela donne le plaisir de loriginalilé. Donc, à Tâge près, je v être Grégoire. Mon seul défaut est de ne ne pas aiii blood *■ ; mais, puisqu'on ne peut compter ^ur rien, pai sur la Charte, je me réjouis de Télectioa de Grégoire, bi qu'au raomeut où nous la fîmes. La raison, c'est que soi siou, après le ministère Fouché, est un fait palpablCy dernier paysan, acquéi'eur de domaines nationaux, corai quand nous le lui aurons expliqué, de toutes les manière dant un an. Même dans le sens de votre roi, je l'aurais ce irait de respect pour la Charte, que coûtait-il? Enfin, moins endortnant que cette séance. Je vous parais le coi Tabsurde, ainsi baUa cosL

Je vous donne ma parole d'honneur que, si j'avais été j'aurais fait entrevoir les idées que je viens de vous écri aurait fait ma gloire en 1850. Je trouve les libéraus même M. d'Argenson fut plat, en 1815, de ne pas parler sur Ntmes. Donc, encore une fois, vous vous trompe vous me dites que j'aurais vu deux cent cinquante hommes à la séance du 6.

Dans votre réponse, mettez une phrase ultra, en ca bien lisibles. Au reste, notre style français, à vous et à i inintelligible ici, et noire écriture archiinintelligible : <j vous gênez nullement.

Nous ne sommes pas moins éloignés en tragédie qu' tique et en ballets. Un médecin vous sauve en vous rémétique ; cela diminue-t-il la gloire du médecin qui d ici, à trois cents lieues de vous, en ne me donnant pas Tén

* Le sangi

Voilà le principe do romanticisme que yous ne sentez pas assez. Le mérite est d'administrer à un public la drogue juste qui lui fera plaisir. Le mérite dq M. Manzoni, si mérite il y a, car je n'ai rien lu, est d'avoir saisi la saveur de Teau dont le public italien a st)if. Cette eau ferait peut<être mal au cœur au p&blic de la rue Richelieu ; qu'est-ce que cela me fait à Milan ? Seittez bien ce principe du nrmanticisfne ; là il n'y a pas d'académie de Turin entre vous et moi.

Uq mélodrame est à Paris un ouvrage que deux mille littérateurs peuvent faire; une Mort de Cartn^ignola ne peut être f^ite ici que par deux ou trois hommes. Croyez que si M. Manzoni réussit il aura une gloire immense, et que tout ce qu'il y a de jeunes prêtres en Italie se creuse la cervelle depuis douze ans pour laire une tragédie différente d'Alfieri, et ne trouve rien. Donc, quand Camto^o/a serait un mélodrame traduit, s'il fait pâmer toute une nation, il a un grand mérite; lisez cette phrase à vos ^int-Aobin.

Je passe mes soirées avec Rossini et Monti ; tout pesé, j'aime mieux les hommes extraordinaires que les ordinaires. — Je vous quitte pour aller dîner avec Rossini ; je passe ici pour être ultraonU-rossinien ; on s'occupe beaucoup de musique et de Grégoire. Je vais lire votre lettre à Rossini ; il est fort drôle et a de Tesprit : il est juste à la hauteur des lettres de Rombet, il crét^ ^sm savoir comment. Schiller a fait deux ou trois excellentes tragédies conwie If'a^tém, ayant sur le sublime des idées dignes «le M. Cousin. Si Rossini vovait le comment de ses œuvres, il devrait être à mille lieues en avant des théories du sieur Rombet; moi-même je sttis fort en avant aujourd'hui, après cinq ans d'expérience.

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