II. Beylb
▲ MONSIEUR LE BARON DE M..., A PARIS
Milan, le 30 août 1820.
Mais que diable devenez- vous? Je n'ai pas de lettre de Votre Excellence depuis les charges de cavalerie sur les badauds de Paris; et moi, badaud de province, je ne comprends pas encore lesdites charges.
Je voudrais vous intéresser par des nouvelles. Savez-vous
qu'un M. de M , en Savoie, vient d'avoir un grand-cordon
des la Très-Sainte- Annonciade? Voyez le journal de Milan du 25 ou 26 août.
On se dégoûte de Rossini. Sa réputation est plus générale que jamais; elle est arrivée aux bas étages de la société; mais la tète revient à Mozart et Gimarosa, ou, mieux encore, elle voudrait du nouveau. Mercadante, de Naples, me semble bien pâle. -~ On va avoir à Milan, en octobre, un opéra de M. Meyerbeer, juif de Berlin, brûlant d'enthousiasme pour la musique, enthousiame garanti de ridicule par quatre-vingt mille francs de^rente. Hais, comme la musique de Mercadante, celle de Meyerbeer ne fait rien sentir de nouveau, malgré toute la bonne volonté du mdBde. — Mademoiselle Tosi, fille d'un avocat riche, quand on parlait au barreau, et pauvre depuis qu'on écrit, va débuter à la
i5U ŒUVRES POSTHUMES DK STBMDHAL.
Scala, eu octobre. Figure soperbe de Ihéfttre, beHe vois, méthode, id est aulaul de méthode que la Gatalani.
Avez-vous été intéressé par une lettre sur la Queen gleterre? C'est uue foUe dans le geore ignoble et bas, ue rofne de corps de garde, yoilà enfin le mot propre, plei plus grand courage. Rien de plus avéré que sa d^oâtantc duite avec le courrier fiergami ; mais, par ce maudit espril position, on commence à la nier.
Ou parlait hier soir d'une grande conspiration à Paris, journaux libéraux sont pleins d'exagérations sur le liber de l'Italie. A Rome, tout est prêtre, laquais ou Mercure d très; les-nobles, bétes comme des pots ; il n'y a pas le pk élànent de libéralisme; chaque ville a quinze ou vingt gens qui lisent Benjamin CoDSlant et font des oimè! — ^ L traire à Bologne et Ferrare. Uu peu des deux à Rimini cône, etc. ; là, la révolution est mûre.
A Milan et Venise, le gouvernement est si juste, si de lent, qu'au fond on est bien : des vœux vagues, rien de pi
En Piémont, deux partis acharnés qui voudraient bien la douceur de se fahre écarteler réciproquement. Mais les sont les phis forts. Le roi n'est que le chef de Taristocrs reine est ultra exécrée; on dit qu'elle va faire occuper A drie par une garnison allemande ; excellente mesure, King est si bon, qu'il peut un beau matin signer la consti Il y aura beaucoup de sang répandu un jour ou l'aul coups de couteau recommenceront de plus belle.
J'ai été malade, puis calomnié; je me sais tranquillisé ^ sant quinze jours au frais, à Varèse, avec l'aimable Schi qui me chantait toute la soirée ; elle fait ce qu'elle vev voix. Elle sera libre le 1" avril 1821 ; dites^le aux | Tbéfttre-Italien. Elle sait trente opéras, dont elle a l chanté le premier rôle; voilà de l'argent comptant po direction. Mademoislle Schiassetti a une mémoire si étoi qu'elle peut chanter demain soir celui de ces trente opëi plaira à Votre Excellence. Vous aurez un contralto a^ cordes hautes, uue espèce de baryton femelle. Belle tète a elle a vingt mille francs par an.
LETTRES A SKS AMIS. i.51
A propos, le mari de la maîtresse de lord Byrou est préeiséineot ao bravo du quatorzième siècle, très*capable d'assassiner rboinme auquel il a vendu his wife. Cette wife est une grosse blonde, portant dans la rue ses appas blancs étalés et des sou« liers de satin rouge ; du reste, très-fraîche et vingt-trois ans. J'ai oublié le nom de cette comtesse de Pesaro ; je vous Tai dit de Bologne. — Ledit lord, pour se faire des partisans, se fait tout classique en parlant aux pédants italiens ; par exemple : Mezzofanti à Bologne ; cela me parait bien milord.
Toute la Romagne se met en garde nationale, bon gré mal gré. Le cardinal Consalvi a la signature du pape en poche, pour une eoostitulion; mais, à mes yeux, ledit Consalvi est ath-dessous de sa position.—- Adieu; voilà tout ce que je sais, et je vous ai écrit nudgré les nerfs : voyez Tamitié !
M. Tabbé de B..., ami du duc de Broglie, vient de mourir de rage de n'être rien et d'une fluxion de poitrine.
k liONSIROR R. C..., DIRECTEUR DES C0KTRI8DT10NS INDIRECTES,