DOMENICO V
A M01IS1£IJR LE BARON DE H..., A FAKIS.
^ilan, le 12 juillet 1S20.
Je il ai pas osé vous écrire durant vos grands ou vos petits troubles de Paris, car je ne sais encore quelle idée m'en faire. Tout ce que j'aurais pu vous mander de ce séjour tranquille vous eût semblé bien insipide .
Tout ce que je puis vous mander de moins innocent, c'est que la reine Caroline d'Angleterre faisait ici l'amour publiquement avec un palefrenier du général Pino, nommé Bergami, qu'elle a créé baron, et avec lequel elle rentrait tous les soirs dans sa chambre à coucher, à dix heures. A Pesaro, elle montrait dans son salon ^ propre buste et celui de M. le baron; car c'est ainsi qu'elle el qu'on le nomme. Il a été palefrenier durant la campagne de Russie, et n'y a pris d autre part que de soigner les chevaux que montait son maître. Mais, depuis, il a pris trois cent mille francs À sa maîtresse, à force de faire faire mauvaise chère aux gens qu'elle invile. Comme elle est folle d'amour, elle n'y prend pas garde. Il dit au marchand de vin : < Il me faut dix sous par bou-
teille ; t au boulanger : c II me faut dix pour ceot sar voire compte. » — Tout le moudre crie ; c'est un scandale et m mépris abomiuable. Donc, si vingt pairs anglais viennent se promener six mois en ce pays, ils s'en retourneront avec Tidée qui leur Qiieen est la catin la plus ignoble des trois royaumes.
C'est ce qui fait que je Tadmire, c'est-à-dire son courage d punir ainsi son mari. Probablement le mépris et la haine qu'o a pour lui font la force de la reine. Tout ce qu'elle ditd'Ompt( est vrai. Elle a avec elle un bomme courageux, Yassalli, et i brave colonel, Italien aussi, dont j!ai oublié le nom. Elle est g néreuse, elle écrit des lettres de quatre ou cinq pages de ma vais français, pleines de feu, d'idées» d'orgueil et decourag j'en ai vu.
Son amour n'est que physique et dégoûtant ; on lui préseï Bergami pour un chasseur derrière sa voiture; elle tooi amoureuse de ses gros favoris noirs à la première vue. Si < eût pris quelque beau colonel italien, avec deux croix et vi campagnes, elle eût eu la bonne compagnie pour elle. Le e de comtesse Oldi, qu'elle porte, est celui de la sœur de ] gami, qui a épousé un comte; lui est d'assez bonne famille.
Voici les moyens de justification de ladite Queen ri*" une h de son mari, qui dit explicitement: < Je n'abandonnerai jai pour vous une telle, ma maîtresse ; de votre côte, je vous seille de vous amuser le plus que vous pourrez. » Cela < première année du mariage. 2** Elle a fait deux enfants ; de avec qui. Allons? — Avec le vieux roi Georges III, parlant personne. Tout ce qu'a fait Georges IV ici, contre elle, est au possible.
Vous saurez que, le jour de la Pentecôte, 21 mai, je croi fait une délicieuse promenade en bateau, sur le Tessin et pour aller voir les jardins de Belgiojoso ; il y avait des fe jeunes, gaies, riches, et pour moi anti'Saiut^Aubin. Seule j'ai pris une petite fluxion de poitrine peu forte, mais h car je suis encore faible. J'ai été amusé sur mon canapé ] nouvelles de Paris ; je dis celles qu'on débitait. Oa est ultra-libéral ici, et vingt fois la Charte a été proclamé! exception, sur la place du Carrousel.
LKttRES A SKS AMIS. 147
Jeûe coHipreiids pas im mot à ces de Parisieus. Que
)l. Laffitte s'amuse à les payer quatre fraucs par jour, cela me semble dur à digérer; que, d*on autre c(^té, ils abandonneBl le juste solo de leurs meubles d'acajou, pour affronter les cuirassiers de la garde royale, c'est ce que je ne croirai que dans Taotre monde ; car alors peut-être je les mépriserai moins. Mandez-moi ce que je dois croire. J'ai vu quatre ou cinq témoins ucnlaires qui ont eu diablement peur et qui se contredisent.
Adressez-Touâ à M. Garaffa, qui vous donnera les airs de la Nina. J'étais cloué dans ma chambre le jour de son départ, qui a été dix fois dilTéré ; je n'ai pas pu lui remettre quatre ou cinq cariosités musicales, mais que personne ne peut chanter à Paris. Croyez qu'on ne pouvail pas mieux faire votre commission.
La Nina fait un archimystère de ses airs ; ceux que Rossini Êibrique sont pour la Golbrand et étaient pour la Gamporesi ; c'est pour cela qu'aucune amateur de Paris ne les chantera jamais.
Rossini mange comme trois ogres et est gros comme Nourrit de rOpéra, auquel il ressemble. 11 a beaucoup d'estime pour mademoiselle Ghomel. Mademoiselle Golbrand, qu'il dirige de concert avec le prince Jablonowski et fiarbaglia, est furieuse cootre la Ghomel, que vous avez vue à Louvois.
Sans ma faiblesse, vous seriez arrivé à douze pages ; mai» adieu.
Laubry.
A MONSIEUR LE BARON DE Ml.... , A PARIS.
Milan, le 23 juillet 1820.
Mon cher ami» il m'arrive le plus grand malheur qui pût me tomber sur la tète.
Des jaloux, car qui est celui qui n'en a pas, ont fait circuler le bruit que j'étais ici agent du gouvernement français.
lis ŒUVRES POSTHUMES DE STËNDUAL.
Il y a six mois que cela circule. Je me sub aperçu que plusieurs persoones cherchaienl à ne pas me saluer ; je m'ra fichais roodemeut, lorsque le bon Plana m'a écrit la lettre que vous recevrez. Je ne lui en veux point ; cependant voilà un terrible coup ! Car» enfin, que fait ici ce Français? Jamais la bonhomie milanaise ne pourra comprendre ma vie philosophique, et que je vis ici avec cinq mille francs mieux qu'à Paris pour douze
mille francs.
Envoyez, je vous prie, la présente lettre et celle de Plana à Crozet, à Troyes. Je prie Grozet d'écrire quelques phrases à Plana. Donnez-moi voire avis ; que faire pour détromper mes connaissances d*ici ?
Je suis trop ému pour pouvoir parler d*un autre sujet. Soyez sûr que je ne m'exagère pas la chose. Il y a trois mois que je n'ai pas été admis dans une société, parce qu'une personne impartiale a dit : « S'il vient, plusieurs personnes (il est vrai que ce sont des gens qui me haïssent] se retireront. » Je n'ai su cela qu'il y a deux heures.
Voilà le coup le plus sensible que j'aie eu dans ma vie.
Depuis trois mois je n'ai pas de vos lettres.
A MOKSlEin LB BARON DE M..., A PARIS.
Milan, le 8 août 1820.
Mon cher ami, M. le docteur Razori est incontestablement un des hommes les plus remarquables de ce pays. Il joint mi esprit étonnant à Tari de faire des cures merveilleuses commt médecin*
M. Giovanni Fossati, que je vous présente, est l'âève d( M^Raiori. Cet élève, qui est di|à un nédeciB distingué, va passer «B hiver à Finis» pour se peifeciioMief et comparer la doc-
trioe des méiteciBS français à celle de M. Razori, quia înTenté le système des contre- stimulants.
Recommandez M. Fossati aux premiers médecins de yolre préfeciure, et donnez-lui les moyens de s'instruire. Donnez-lui aussi des bUlels de spectacle.
Je n'ai pas de lettre de vous depuis la loi sur les élections ; voyez quelle paresse abominable ! Je soupçonne quelque lacune.
Adieu; écrivez donc.