A MONSIEUR
Paris, le 6 avril \Hn.
Monsieur,
Oo vous a parlé, me dites-vous, d'un comte de Galiemberg, jonissant de certaine réputation comme compositeur, et vous me faites Thonnear de me demander ce que j'en pense : je vais voas satisfaire.
Le comte de Gallemberg est un noble Allemand, né vers 1780 : c'est le premier compositeur du siècle pour la musique des ballets, et peut-être le premier compositeur qui ait jamais parti en ce genre. M. de Gallemberg est, ce me semble, le véritable' représentant du compositeur allemand ; tout en lui est un effet de seieDce. Quand on chante devant ce maestrone, son oreille ne rfistiDgue pas les sons faux; on peut chanter impunément à un demi-ton et même à un ton tout entier au-dessous ou au-dessus do loo. Cette petite différence, qui fait bondir un habitant du Midi, n'est pas même perceptible pour M. le comte de Gallemberg. Et ce même homme fait des choses admirables en musique instrumentale. 11 a fait des morceaux d'éclat et de majesté |K)ur des scènes de ballet, représentant rentrée triomphale d'un général vainqueur dans la ville qu'il vient de conquérir, ou un jeoDe prince conduisant à l'autel la fille d'un puissant empereur, <|ai n'ont été égalés par personne.
N. le comte de Gallemberg n'a été longtemps qu'un simple amateur. En 1822 les plus belles voix d'Italie sont des amateurs étrangers au théâtre.
Un mol encore sur la musique. L'un des hommes que j'ai vus de ma vie les plus aimables au piano, C'est M. Peruchini de Veaise. On peut dire que sa renommée a rempli la Lombardie. Il a composé plusieurs chansons un peu vives, à la vénitienne, qui étaient supérieurement chantées par la fille de l'immortel Yigano.