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A MONSIEUR LE RiDAOTEDR DO GLOftE, A PARIS.
Paris, le 30 novembre 1824.
Le plus grand poète tragique de rilalie, Thenreux imitateur de Racine, Silvio Pellico vient de Sortir *■ de la prison d'État du Spielberg où il était détenu depuis plusieurs années. Voici quelques faits sur cet homme aimable. Silvio Pellico naquit en Piémont vers Tau i 795. En ce pays, la société ne parle que piémontais. Parler à Turin Titalien de Toscane passerait pour uoe pédanterie insupportable, et je crois que les Piémontais conuaisseut mieux la langue française que celle qu*on parle à Rome et à Florence. Écrire en italien, pour un poète né en Piémont,
* Erreur partagée alors par ses nombreux amis. Silvio Pellico sortit àa Spielberiç seulement le i" août 1830, et il ne recouvra entièrement sa liberté que le 16 septembre suivant, en quittant Novarre pour se rendre à Turin. (R. C.)
c'est presque se servir d'uae langue étrangère > d'autant plus difficile à parler correctement que celte langue emploie presque les mêmes mots que celle dont on se sert chaque jour, tout eu leur donnant un sens différeùt. Florence, Sienne et Rome sont, dans le fait, les seules villes d'Italie où Ton parle italien. La plupart des littérateurs lombards qui écrivent en italien ne peuvent se défeiidre d*une sorte d'affectation ; on sent qu*à chaque page ils sont obligés d'avoir recours à leur dictionnaire. Le grand mérite deSilvio Pellico est d'écrire en italien avec les sentiments profoDds et tendres d'un Lombard, mais avec tout le naturel d'un habitant de Rome ou de Sienne.
La Francesca da Himini est, je crois, le seul ouvrage de ce grand poète qui soit traduit en français. Il y a quelques mois que j'ai vu donner cette tragédie à Bologne cinq fois de suite ; c'est un succès que n'ont pu atteindre les tragédies d'Alfieri. Pellico a su peindre Vamour italien de la manière la plus vraie, la plus touchante, et en vers dignes de Racine. Je n'ai jamais vu Eufemio di Messina, autre tragédie du même auteur. Avant que cet homme aimable fût mis eu prison, j'ai vu les manuscrits de dix tragédies nouvelles.
Pendant sou séjour au Spielberg, M. Pellico a composé de petits poèmes, dans le genre de la Parisina de lord Byron, sur des anecdotes tragiques de Thisloire du moyen âge en Italie.
Je crois M. Pellico fort pauvre ; son procès l'aura ruiné, et, d'ailleurs, il n'a jamais été riche. Je sais qu'on pense à Londres à publier ses tragédies par souscription. Je voudrais que beaucoup de Français connussent rexistence de ces tragédies, les plus remarquables que l'Italie ait produites depuis Alfieri.
Silvio Pellico est F homme du caractère le plus dou^c et le plus tranquille* toute l'activité de son âme s'est réfugiée dans la poésie. Placé avant sa détention auprès d'un noble Italien comme précepteur de ses enfants, sa conversation, pleine de grâces et de mélancolie, avait tellement captivé sou patron, qu'on ne lui laissait pas une heure par jour à consacrer à sa chère poésie. Peliico fut toujours d'une santé très-faible. Je lui ai entendu dire longtemps avant son procès : Le plus beau jour de ma vie sera celui de ma mort. Ce propos était tou-
chant dans la bouche de rhomme le plas simple et le plus naturel qui fût jamais.
A INSÉRER l»4NS UN PAUVRE JOURNAL MOURANT DE FAIH, FAUTE d'IDÉES.
Londres, le 14 décembre 1824.
Monsieur,
De tout temps il y a eu des coleries littéraires. Je pense que du temps de Voltaire et de d'Alembert, son premier ministre, il n'était pas trop prudent d'imprimer à Paris, sans adresser un pelit coup d'enceasoir au patriarche de Ferney. Vous vous souvenez des épitbètes peu polies décernées par VoUaire à M. Larcher, le traducteur d'Hérodote. De nos jours, il faut tenir au Constitutionnel, ou, au moins, aux Bonnes lettres^. Comme j'ai Taudace condamnable de ne tenir à rien qu'à mes opinions, j'ai grand'peur de ne trouver aucun journal qui veuille insérer la présente.
Je voudrais vous faire connaître une coterie littéraire anglaise. Dans ce pays-ci, où Ton prend tout au sérieux, cette colerie, 'fort inconnue en France, je suppose, mais fort redoutée à Londres et à Edimbourg, parvient à faire siffler les écrivains qui se monirent rebelles et qui refusent de se ranger sous sa bannière.
On dit assez généralement à Londres que MM. Croker, Gifford, rédacteur en chef du Qu irterly-Review, Soulhey, poète lauréat, et, avant sa conversion, poète jacobin, se sont réunis, et, depuis sept à huit ans, mettent à exécution, aux dépens de tous les Anglais qui, pour chercher à se désennuyer , lisent de temps à autre la fameuse maxime :
« Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis, d
* Société littéraire, composée des écrivains les plus dévoués au gouver' nement de la Restauration. (R. G.)
Les gens d'esprit qui ne sont pas ïes amis de MM. Croker, Gîfford, Southey, WaUer ScoU, etc., sont déclarés bêles, pédants, ennuyeux, grossiers, indécents et même, de temps à autre, gens dangereux et qu'il est à propos de surveiller. Si vous voulez, monsieur, vous donner la peine d'ouvrir le Qtiarterly-HevieWy qui est le grand instrument, la grande machine de guerre de la coterie, vous y trouverez la preuve de ce que dessus.