A MADAME L... S... B...S A PARIS
Paris, le 1824.
Je serais heureux, madame, de pouvoir vous donner quelques renseignements pour l'ouvrage que vous préparez sur lord Byron. Il est vrai que j'ai passé plusieurs mois dans la société de ce grand poète ; mais, en vérité, parler de lui n'est pas chose Me : je n'ai vu lord Byron dans aucun de ces moments décisifs qui révèlent tout un caractère; ce que je sais sur cet homme singulier n*est que le souvenir de ce que j'ai senti en sa présence. Gomment rendre compte d'un souvenir sans parler de soi, et comment oser parler de soi après avoir nommé lord Byron?
Ce fut pendant Taulomne de 1816 que je le rencontrai au théâtre delà Scala, à Milan, dans la loge de M. Louis de 6.... Je fus frappé des yeux de lord Byron au moment où il écoutait un sesleitod'un opéra de Mayer, intitulé Elena. Je n'ai vu de ma vie rien déplus beau ni de plus expressif. Encore aujourd'hui, si je viens à penser à l'expression qu'un grand peintre devrait donner au génie, cette tête sublime reparaît tout à coup devant moi. J'eus QD instant d'enthousiasme, et, oubliant la juste répugnance que tout homme un peu fier doit avoir à se faire présenter à un pair d'Angleterre, je priai M. de B... de ra'introduire à lord Byron,
* L'auteur de l'ouvrage ayant pour titre Lord Byron.
Je me trouvai le lenlemaiu à diaer chez N. de B..., avec loi, el le célèbre Monli, rimmortel aulear de la Basvigiiana. On parla poésie ; on eu vint à demander quels élaienl les douze plus beaux vers faits depuis un siècle en français, en italien, eu anglais. Les Italiens présents s'accordèrent à désigner les douze premiers vers de la Mascheroniana*^, de Monti, comme ce que Ton avait fait de plus beau, dans leur langue, depuis cent ans. Monti voulut bien nous les réciter. Je regardai lord Byron, il fut ravi. La nuance de hauteur, ou plutôt Tair d'un homme qui se trouve avoir à repousser une impprtunitét qui déparait un peu sa belle figure, disparut tout à coup pour faire place à rexpressiou du boulieur. Le premier chant de la Uasclieroniana, que Mouti récita presque en entier, vaincu par les acclamations des auditeurs, causa la plus vive sensation à Tauteur de Childe Harold. Je n'oublierai jamais Texpression divine de ses traits; celait Tair serein de la puissance et du génie, et, suivant moi, lord Byrou n'avait, en ce moment, aucune affectation à se reprocher.
Ou compara les systèmes tragiques d*Alûeri et de Schiller. Le poète anglais dit qu'il était fort ridicule que, dans le Philippe II d'Alfieri, don Carlos se trouvai sans difficulté, el dès la première scèue, en tête à tète avec Tépouse du soupçonneux Philippe. Monti, si heureux dans la pratique de la poésie, présenta des arguments tellement singuliers sur la théorie, que lord Byron se penchant vers son voisin, dit, en parlant de Monti : fie knows noi how he is a poet '.
Je passai presque toutes les soirées, à partir de ce jour, avec lord Byron. Toutes les fois que cet homme singulier était monté et parlait d'enthousiasme, ses sentiments étaient nobles, grands, généreux, eu un mol au niveau de son génie. Mais dans les moments prosaïques de la vie, les sentiments du poêle me semblaient aussi fort ordinaires. Il y avait beaucoup de petite vanité, une crainte continuelle et puérile de paraître ridicule, e( quelquefois, si je l'ose dire, de cette hypocrisie que les Anglais
* Pocine sur Bonaparle, composé en 1801, à l'occasion de la mort du célèbre géomètre Lorenzo Maschcroni. (H. B.)
* Il ne sait pas comment il est poète.
appellent canC. Il me semblait que lord Byron était toujours prêt à entrer eu compromis avec un préjugé pour en obtenir une louange .
Une chose qui frappait surtout les Italiens, c*est qu'il était facile de voir que ce grand poète s'estimait beaucoup plus comme un descendant de ces Byron de Normandie qui suivirent Guillaume lors de la conquête de TAugleterre, que comme Fauteur de Parisina et de Lara* J'eus le bonheur d'exciter sa curiosité, en lai donnant des détails personnels sur Napoléon et sur la retraite de Moscou, qui, en 1810, n'étaient pas encore un lieu commun. Ce geoijre de mérite me valut plusieurs promenades tète à tète dans l'immense et solitaire foyer de la Scala. Le grand homme apparaissait une demi-heure chaque soir, et alors c'était la plus belle conversation que j'aie rencontrée de ma vie ; un volcan d'idées neuves et de sentiments généreux, tellement mêlés ensemble qu'on croyait goûter ces sentiments pour la première fois. Le reste de la soirée, le grand homme était tellement An^ glais et lord, que je ne pus jamais me résoudre à accepter l'invitation d'aller diner avec lui , qu il renouvelait de temps en temps. 11 composait alors Childe Harold; tous les matins il écrivait cent vers, qu'il réduisait le soir à vingt ou trente. Entre ces deux travaux il avait besoin de repos, et il trouvait cette distraction nécessaire en bavardant, après dîner, les coudes sur la table, et, disait-on, avec le naturel le plus a>:nable.
Je remarquai que, dans ses moments de géuie, lord Byron admirait Napoléon, comme Napoléon lui-même admirait CornetUe. Dans les moments ordinaires où lord Byron se croyait un grand seigneur, il cherchait à donner des ridicules à l'exilé de Saiote-Uélène. 11 y avait de l'envie, chez UHid Byron, pour la partie brillante du caractère de Napoléon ; ses mots sublines le veiaienL ; nous lui donnions de l'humeur en rap'pelanl la fameuse ^ooutioo adressée à Tarmée d'Egypte : « Soldats, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent! » Lord Byron eût pardonné plus facilement à Napoléon s'il eût eu l'apparence un peu plate de Washington. Ce qu'il y ava't de plaint, c'est que ce n'était point du tout la partie despotique du cœur de Napoléon qui heurtait le pair anglais.
Un soir, comme lord Byron me faisait ThouDeur de se promener avec mol dans le foyer de la Scala, on vint Fa venir que FolBcler autrichien de garde au théâtre venait de faire arrêter î^OQ secrétaire, M. Polidori, médecin qui était auprès de lai. La figure de lard Byron prit sur-le-champ une ressemblance frappante avec celle de Napoléon lorsqu'il était en colère. Sept ou huit personnes raccompagnèrent .iu corps de garde; il y fui magnifique d'indignation continue et d'énergie, pendant uoe heure que dura la colère vulgaire de Tofficier de garde. Au retour, dans la loge de M. de B..., on se mit à faire l'éloge des principes aristocratiques qui, d'ordinaire, étaient fort du goAl de milord Byron. H fut sensible à la plaisanterie, et sortit de la loge furieux, mais sans s'être jamais écarté du ton d'une politesse parfaite. Le lendemain, le secrétaire fut obligé de quitter Milan.
M. de B... m'engagea peu après à conduire lord Byron au musée de Bréra ; j'admirai la profondeur de seulimenl avec laquelle ce grand poêle comprenait les peintres les plus opposés : Raphaël, leGuercfain, Luini, le Titien, etc. UAgar renvoyéepar Abraham^ du Guerchin, l'élcctrisa ; de ce moment Tadmiratiou nous rendit tous /nuets ; il improvisa une heure, et mieux, suivant moi, que madame de Staël.
Ce qui me frappait le plus chez cet homme singulier, surloot quand il disait du mal de Napoléon, c'est qu'il n'avait, selon mol du moins, aucune véritable expérience des hommes : son orgueil, son rang, sa gloire, l'avaientempéché de traiter jamais d'égal àégal avee eux. Sa hauteur et sa méfiance les avaient toujours tenus à une iro]> grande dislance pour qu'il pût les observer ; il était trop accoutumé ^ ne pas entreprendre ce qu'il ne pouvait pa^ emporter de haute lutte. En revanche, ou admirait une foole d'idées fines et justes si Ton venait à parler des femmes qu'il conua'ssait, parce qu'il avait eu besoin de leur plaire et de les tromper. 11 plaignait les femmes anglaises, celles de Genève, de Neufchâtel, etc. Il manquait au génie de lord Byron de s'éirc trouve dans la nécessité de négocier et de discuter avec des égaux. Je mis convaincu qu'à son retour de Grèce ses laleois eussent paiu tout à coup grandis de moitié. En cherchaol à
meUrela paix entre Mavrocordato etCoIocolroni, il eût acquis des connaissances positives sur le cœur humain. Peut-être alors lord Byron eût-il pu s'élever à la hauteur de la vraie tragédie.
Il aurait eu moins de moments de misanthropie ; il n'eût pas cru toujours que tout ce qui l'environnait s'occupait de lui» et s'en occupait pour faire de Tenvie ou chercher à le tromper. Le foQd de misanthropie de ce grand homme avait été aigri par la société anglaise. Ses amis observaient que plus il vivait avec des Italiens, plus il devenait heureux et bon. Si Ton met l'humeur ooire à la place des accès de colère puérile, Ton trouvera que le caractère de lord Byron avait les rapports les plus fr.tppants avec celui de Voltaire.
Mah je m'arrête, pour ne pas faire une dissertation. Je vous demande pardon, madame, de ces considérations générales, j'aurais bien voulu pouvoir les remplacer par des faits ; sept ou huit aimées d'intervalle les ont bannis de ma mémoire, et je n'y trouve, sur lord Byron, que les conclusions que dans le temps je tirai des faits mêmes. Je m'estimerai fort heureux, madame, si vous voulez bien accueillir avec bonté cette espèce de portrait moral, et voir, dans ces pages écrites à la hâte, une preuve du respect profond avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.
H. Beyle.
A MONSIEUR . . . , A LONDRES
Paris, le 24 décembre 1824.
Plusieurs curés ont entrepris d^nterdire la danse ù leur^ ouailles. La danse est le principal plaisir des paysans français, le dimanche soir ; c'est un usage national. Ce ne sont |»9is précisément les jésuites qui entreprennent la chute de la danse. Le système de M. Fortis, leur général, est au contraire de se montrer fort indulgent pour tous les plaisirs des sens. C'est par la 1. 16
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mise en pratique de cette doctrine, que les jésuites font des progrès dans la carrière du confeuional.
Instruction sur la danse, extraite des saintes Écritures, des saints Pères, des saints Conciles, par M. l'abbé Hulot.
La brochure de M. Hulot a fait sensation, parce qu'elle a para huit jours après le fameux programme de M. S... del. R... (Pami de madame du C...). Cet homme marié, ami d'une femme mariée, a entrepris la résurrection de la morale dans Paris, ci particulièrement au grand Opéra, dont il a la direction. 11 veut réformer la danse, la jupe et les pantalons de mesdemoiselles Nobiet et Legallois. Je ne vous parlerais pas du programme de M. S... del. R...,si tous les journaux de Paris ne s* en occupaient pas autant que tes v^res se sont occupés du malheureux Fauntleroy. Il est plus gai de s'occuper de M. S... et du traité de la danse, ou plutôt contre la danse ^ de M. Hulot. Ua M Baron vient de publier un ouvrage savant et sérieux sur la danse.
Du courage et de la patience dans le traitement des maladieSi traduit de rUalien du docteur Pasta.
(\c savant médecin italien est Toncle de la célèbre chanteuse madame P^sla. Sa dissertation philosophique a du succès. Elle nous apprend que le courage ^ dans les maladies chroniques, est une cause directe de guérison.
Mémoires du comte Joseph de Puysaie, lieutenant général, pour servir à l'histoire du parti royaliste, en France, pendant la Révolution. — Cinq vol. in-8°.
Je ne vous parlerais pas de la seconde édition de ces Mémoires, s'ils ne me donnaient occasion de noter un fait curieux. La première édition des Mémoires de M. de Puysaie parut de 1803 à 1808. Plusieurs des mensonges royalistes avancés, depuis lors, par le parti royaliste, sont démentis par la bouche royaliste de M. jde Puysaie. Et, en revanche, plusi^rs des mensonges avancés par M. de Puysaie sont démentis aujourd'hui par M. Lacretelle et les autres écrivains membres de la société des Bonnes lettres.
Mémoires de M, de Vauban, chef d'état-major de l'armée des princes.
M. de Vaubatf fut surnommé TAjax de Tarmée des émigrés. Il rentra en France, dégoûté par les intrigues dont il avait été témoin. 11 écrivit les Mémoires dont je vous par!c aujourd'hui, parce que dernièrement deux exemplaires ont été vendus deux cent quarante francs . Ces HIértioires ne consistent qn>n un seul volume iu-8«. Ou y trouve plusieurs parlicularilés curieuses sur S. M. Charles X. Sont-elles toutes vraies? La postérité prononcera.
Mémoires de M.- l'abbé Aimé Guillon, pour servir à Thisloirc de la ville de Lyon pendant la Révolution. — Tome III, in-S".
Des deux abbés Guillon in-8», l'abbé Goilion qui publie des Mémoires sur Lyon fut chassé de Paris par la police de Napoléon, et fort bien accueilli à Milan parle prince Eugène Beauharnais. Il eut des démêlés avec M. Ugo Foscolo. Rentré en France, cet abbé, Fun des grands et effrontés intrigants' de son parti, a publié sur la ville de Lyon des Mémoires curieux par les exagéra • tions ultra qu'il renferme, ce qui leur assure un grand succès dans les cbâteanx de tous les hobereaux du mtdi de la France. Les nobles qui habitent la campagne, de Lyon à Toulouse, et de Toulouse à Nice, «ont les plus fanatiques et les plus ignorants de France. Les Mémoires de M. Tabbé A. Guillon sont écrits pour leur plaire, et seront utiles à Tébrivain qui entreprendra de nous donner la curieuse histoire de l'insurrection du Midi. L'abbé A. Guillon est si effronté, qu'un autre abbé Guillon a cru nécessaire de publier un pamphlet, pour dire qu'il n*a rien de commun avec le Guillon qui écrit sur Lyon.
Le duc de Guise à NapleSy ou Mémoires de la révolution de ce royaumCy en 4647 et 1648.— In-8' de vingt feuilles.
Tous les écrivains qui aspirent a la célébrité en France se hâtent de publier leur imitation de Walier ScoU. M. de Salvandy adonné son Alonzo; M. Félix Bodin le Père et la fille; fA. Trognon son Childebert III; M. Rératry les Derniers des Beaumanoir, Tous ces ouvrages ont été vigoureusement piiffed par les auteurs eux-mêmes, dans les journaux qu'ils rédigent. Voici maintenant
:M. le comte de , un des grands de la cour de Charles X et
fils du pair de France, qui publie le Duc de Guise.
Jusqu'ici , de tous les romans publiés en imitation de sir Walter Scott, c'était le Père et la filles de M> Félix Bodin, qui
280 ŒUVRES POSTHUMES DE STENDilAL.
éiait le plus ennuyeux. Je crains beaucoup que M. le comte
de ne détrône M. Bodin et ne lui enlève la palme dePen-
nui. Le Duc de Guise a un air pompeusement niais, que M. Bodin a su éviler. Tous ces écrivains cherchent la vérité. L'immense succès de la Campagne de 181 !2, par M. de Ségur, va tuer tous les romans préparés pour la rentrée de la campagne, qui a lieu à la fin de décembre. Cette histoire est plus amusante et aussi pleine de bombast et de pathos qu*aucun roman.
Poésies de Ckaulieu, précédées d'une notice biographique et littéraire, par M. Lemontey, de TAcadémie française. — In-S" de vingt-quatre feuilles.
Je vous parle de ce livre à cause de la notice. M. Lemontey est un des hommes les plus avares de Paris ; mais, en même temps, c'est peut-être le membre de TÂcadémie qui a le plus d'esprit. Il est toujours amusant, tandis que son rival M. de Jouy devient lourd et ennuyeux depuis trois ou quatre ans. M. de Jouy écrit trop ; on se plaint que M. Lemontey n'écrive pas assez. Je conseille à tous les Anglais qui aiment l'esprit français, l'esprit à la Voltaire, de rechercher qurieusement les moindres opuscules de MM. Courier et Lemontey. Ces deux écrivains méprisent rinlrigue et le puff. Ainsi les journaux parlent raremeut
de leurs productions. MM. le vicomte d'A , de S
etc., etc., ne vivent que pour s'occuper du succès de leurs écrits. Ces derniers sont à la mode ; les autres s'avancent lentement, il est vrai, mais avec des pas assurés, vers la gloire littéraire. Vesprit devient tous les jours plus rare en France.
Notice sur la vie de Thaddeus KociuskOf par M. Alfred Fagot. - In-8° de deux feuilles.
Comme la Fayette, comme Carnot, Kociusko fit de grandes choses et cependant fut honnête homme; ce qui de nos jours est fort méritoire. Le mensonge et le cant contribuent au succès d'un/t^ro^ vivant^ mais tuent l'histoire d'un héros mort. Tout le monde méprise l hypocrisie, quand les richesses et les duchés qu'elle a procurés à Thypocrite sont passés en d'autres mains. Gett» notice Sur Kociusko est intéressante. On sait que le héros polonais, échappé aux cruautés de l'empereur Paul de Russie, s'était retiré près de Fontainebleau. Il refusa de prêter l'oreille aux
propositions de Napoléon en 1810. L'influence d'un tel homme aurait pu porter Napoléon à ressusciter, de bonne foi, le royaume de Pologne en 1812. Les mesures que Napoléon prit à Wilna tendaient à ruiner la noblesse polonaise : Koeiusko loi eût fait comprendre que peu importe à un esclave d'obéir à un maître on à un autre ; que, par conséquent, en Pologne, il fallait, avant tout, s'adresser aux passions et aux intérêts de la noblesse, pour arriver, par elle, à réveiller Famour de la patrie chez les Polonais des classes inférieures. Un conseiller comme Koeiusko aurait mieux valu que MM. le duc de Bassano et de Pradt, gens aimables, gens polis , mais gens à vues courtes.
De rémigration et des colonieSy par M. de Pradt, ancien archevêque de Malines. — Deux vol. in-8''.
Voici deTesprit, voici deux volumes amusants. Tout le monde allant parler, pendant deux mois, du milliard que M. de Yillèle va donner aux émigrés, on aimera mieux, à Paris^ répéter les pbrases de M. de Pradt, qui sont jolies, que les phrases de M de Chateaubriand qui, cette fois, sont ennuyeuses.
Une Chambre des députés, dont la majorité est noble; ime Chambre des pairs, dont Fimmense majorité est noble, sont évidemment ju^^s et parties, en décrétant que la nation fera cadeau d'un milliard aux émigrés. La platitude de la question éloignera U)ute discussion sérieuse dans les salons. Ce sont des gens qui ont pénétré jusque tout près des souterrains où est gardé le trésor de l'État, et qui profllent de cette circonstance pour y prendre on milliard. Gomme la gendarmerie est éloignée, ces messieurs ajoutent à leur vol Fimpudcnce de se le partager en public.
Voilà le thème que M. Fabbé de Pradt invarié en deux volumes de phrases scintillantes d'esprit. Malgré ses soixante huit ans, cet lioinme ne baisse point ; il parle quatre heures, chaque soir, dans les salons de Paris et trouve encore le temps de faire un livre charmant tous les ans. Celui-ci sera-t-il lu, scra-l-il compris par les étrangers ? C'est ce que je ne saurais décider. H y a une ^newe, une légèreté toutes françaises, dans les jolies pages de M. de Pradt; il y a loin de là à un lourd et irréfutable article de ^'^inburg'Reviev).