II
174 (KUVHËS J'OSTUUMIàS UK STENDHAL.
gioKail CD garnison dads celle petite ville. On y trouTait trois ou quatre maisons ouvertes tous les soirs. Rien de semblable aujourd'hui; tout est triste et guindé dans les villes de six à huit mille âmes ; rétranger y est aussi embarrassé de sa soirée qu'en Angleterre. Les hommes dht pris le goût de la chasse et de TagricuHure, et leurs pauvres moitiés, ne pouvant faire des roman -, se consolent en en lisant.
De là r immense consommation de romans qui a lieu en France. Il n'est guère de femmes de province qui ne lisent leur cinq ou six volumes par mois; beaucoup en lisent quinze ou vingt ; et Ton ne trouve pas de petite ville qui n'ait deux ou trois cabinets de lecture. Là on loue des romans à un sou par volume et par jour. Quand le roman est de quelque auteur célèbre, il rapporte deux et quelquefois trots sous par jour au cabinet littéraire. S'il y a des gravures de Tony J<^annot, le dessinateur à la mode, et qui a, dans le fait, un talent bien original, et si le roman est bien prôné dans les journaux, le maître du cabinet littéraire coupe en deux chaque volume du roman, cl chaque moitié se loue trois sous par jour. Mais, pour obleuir cette marque de succès, il est indispensable que le livre soit imprimé sous format in-octavo.
L'ouvrage dont je vais vous rendre compte a obtenu rhooneur des trois sous, et, qui plus est, d'être ainsi écartelé.
Toutes les femmes de France lisent des romans, mais (ouïes u ont pas le même degré d'éducation. De là la disânction qui s'est établie entre le roman pour les femmes de chancre (je demande pardon de la crudité de ce mot, inventé, je crois, par les libraires) et le roman des saUms.
Le roman pour les femmes de chambre est, en gésëral, imprimé sous format in-12, et chez M« Pigoreau. C'est un libraire de Paris, qui, avant la crise commenciale de 1831, avait gagné un demi-million à faire pleurer les beaux yeux de province. Car, malgré cette dénomination méprisante de romau pour les femmes de chambre ^ le roman Pigoreau in- 12, où le héros est toujours parfait, d'une beaulé ravissaïUe, fait au tour, et avec de grands yeux à fleur de tête, est beaucoup plus lu en province que le roman in-8% édité par M. Levavasseur on
par M. Gosselin., et dont Tauteiir eh^rche le méHte liltëraire«
Il y a tel auteur qui a fait quatrervingts volumes de romans, imprimés à Paris, et dopt te nom esl dans toutes les bouches à Toulouse, Marseille, Bayoone, Agen, et que personne absolument ne connaît à Paris. Tel est, par exemple, M. le baron de la Mothe-LaugoD, auteur du roman intitulé M, le Préfet, et de vingt autres. MM. Victor Dueai^e, Paul de &ock, etc., seraient aussi inconnus à Paris que M. le baron de la Molbe^Langonj s'ils ne prenaient le parti de faire des drames et mélodrames avec leurs romans.
A Paris, à Rouen, et dans quelques villes du nord de la France, plus civilisées que celles du Midi, le roman de femme de chambre ne passe jamais au salon. Rien ne semble phis fade à Paris que ces héros toujonrs parfaits, que ces femmes malheureuses, innocentes et persécutées des romans de femmes de chambre.
La province lit bien quelquefois le roman de bonne compagnie, le roman in-8°; mais, en général, elle ne le comprend pas tout entier. Elle le lit plutôt pour accomplir un devoir que pour se donner un plaisir.
Walter Scott et M. Manzoni ont seuls fait exception ; les ouvrages de ces grands poètes ont été lus également en province et à Paris ; avec cette exception, pourtant, que Paris s'ennuie des premiers volumes de Walter Scott, remplis de détails trop circonstanciés et trop peu animés. Ces détails, au contraire, charment la province. Paris s*est un peu ennuyé des détails que donne M. Manzoni sur la peste de 1628 à Milan, et les Untori; la province, an contraire, en a frémi.
Sir Walter Scott a peut-être eu en France environ deux cents imitateurs; tous les ouvrages de ces auteurs ont été lus ; quelques-uns même ont eu plusieurs éditions et sont parvenus à se ûiire lire à Paris. Dans les romans de femmes de chambre, peu importe que les événements soient absurdes, calculés à point nommé pour faire briller le héros ; en un mot, ce qu'on appelle par dérision romanesques. Les petites bourgeoises de province ne demandent que des scènes extraordinaires, qui les mettent tout en larmes ; peu importent les moyens qui les amènent.
Les dames de Paris, au contraire, qui consomment les romans
in-8*, sout sévères en diable pour les érénemerits extraordi^ flaires. Dès qu*uo évcQement ai Tair d'èlre amené à point ponr laire briller le héros, elles jettent le livre, el l'autenr est ridlctile à leurs yeux.
C'est à cause de ces deux exigences opposées quMI est si dIfOcilc de faire un roman qui sotl In à la fois dans la chambre des bourgeoises de province et dans les jalons de Paris.
Tel était, en 1 850, Tétat du public par rapport au roman. Le génie de Walter Scott avait mis le moyeu âge à la mode; on était sâr du succès en employant deux pages à décrire ta ^vue que Ton avait de la fenêtre de la chambre où était le héros; deux autres pages à repro<lùire son habillement, et encore deux pages à représenter la forme du fauteuil^ulr lequel II était posé. M. le Barbier, fatigué de tout ce moyen âge, de Togive et des vêtements du quinzième siècle, osa raconter une aventure qui a lieu» en 1850, et laisser le lecteur dans une ignorance complète sur la forme de la robe que portent mesdames d'Espague et Saint- Ange, ses deux héroïnes, car ce roman en a deux, contre toutes les règles suivies jusqu'ici.
L'auteur a osé bien plus : il a osé peindre le caractère de la femme de Paris, qui u'aime son amant qu'autant ^'^//e se croit tous les matins sur le point de le perdre. Tel ee t l'effet produit par rimmense vanité qui est devenue, à peu près, la seule passion de celte '^ville, où Ton a tant d*esprit. Ailleurs, un amant peut se faire aimer en protestant de Tardeur de sa passion, de sa fidélité, et prouvant à sa belle ces louables qualités. A Paris, plus il persuade quMI est fixé à jamais, qu'il adore, plus il se ruine dans Tesprit de sa maîtresse. Voilà une chose que les Allemands ne croiront jamais; mais j'ai bien peur, cependant, que iM. le Barbier n'ait été peintre fidèle. La vie des Allemands est contemplative et Imaginative. La morale, exécrable aux yeux des belles, là morale qui résulte du livre de M. le Barbier, est celle-ci : « Jeune homme qui voulez être aimé dans une civilisa- « tiou oà la vanité est devenue, sinon la passion, du moins le « sentiment de tous les instants, chaque matin persuadez, avec « politesse, à la femme qui, la veille, était votre maîtresse ado- « rée, <jue vous êtes sur le point de la quitter. »
LBTTRES Â SES AMIS. 177
Ce nouveau gjstème, s'il prend jamais, va renouveler tout le dialogue de Tamour. En général, jusqu'au moment de la préten* due découverte de M. le Barbier, quand un amant ne savait que dire à sa belle, quand il était sur le point de s'ennuyer, il se rejetait vivement dans la protestation des sentiments les plus vife, dans Textase, dans les transports de bonheur, etc., etc. M le Barbier veut démontrer aux pauvres amants que ces pro** pos qu'ils croyaient sans conséquence sont leur ruine. Suivant cet auteur, quand nn amant s'ennuie auprès de sa maltresse, ce qjoi à toute force peut arriver quelquefois dans ce siècle si moral, si hypocrite, si ennuyeux, ce qu'il a de mieux à faire, c'est tout simplement de ne pas nier son ennui ; c'est un accident, c'est un malheur tout comme un autre.
Ceci paraîtra tout simple en Italie, le naturel dans les façons, dans les discours, y élanl le beau idéal; mais en France, pays affecté, ce sera une grande innovation.
A MONSIEUB D... P.o., A PAHIS.
Civila-Vecchîa, le & novembre 1852.
Quoi ! vous avez le courage d'affronter Neptune ! Je suis charmé de cette idée. Naples vaut tout à fait la peine d'être revue. N'allez pas vous attendre à revoir votre ville de 1799; tout est nouveau. Songez que le Code Napoléon y règle tout. Je vous accompagnerai, je vous irai voir. A quoi bon, penserez-vous? à bavarder. Je suis presque étranger à Paris ; vous me décrirez la .continuation de la rue Vivienne.
Je suis au mieux avec mon chef, qui vient de demander pour moi un-ornement que Ton ne porte pas sur la tête, mais ailleurs. La femme de mon chef aime la miniature, et moi je peins «^ l'huile; ainsi je n'ai pas trop réussi à ses yeux ; mais elle m'a promis, une fois arrivée à Paris, où elle se rend, de parler en
ma faveur à M. Victor. Au reste» je suis liîea, eertaîa^ne&l, mais je crève d eonui ; le vrai raëlîer de i animal est d'écrire un romau dans un grenier.
Mais quand passerei^vous? Qud dommage de ne pas passer à celle heure I Débarquer à Gènes, et venir se rembarquer à Li* vourne» pour éviter les maudites quarantaines. Figurez- vous, pas un jour de pluie depuis six mois; un soleil admirable, aujourd'hui, 5 novembre. Les boeufs à la canqKigne raenrcul de faim ; mais enfin je ne suis pas le Père éternel Jupiter Piuvtus, et je n*ai pas un mouton. Nous voyons passer un monde fou dans notre lanterne magique de Rome.
J'ai passé dernièrement la soirée avec M. le due de Duras, qui
allait partir avec M. G , nouveau pair, dont la femme est
comme lord &inesaitseter. Cela passe pour de Tespril vers la rue de Babykme. 11 y avait deux dames Grani fort bien, madame de Ludolf, envoyée de Naples, assourdie à Rome, au palais Famèse, par les cloches de Téglise de la Mort, qui, à partir du 2 novera* bre, sonnent neuf jours, presque sans discontinuer. Dans le fond (lu salon placez trois ou quatre princes ou ducs, parmi lesquels j'ai choisi mes amis, fidèle aux devoirs de ma haute naissance. Mais, cher ami, pourquoi me générais -je; j*ai quarante-cinq ans sonnés; je suis peut-être encore ici pour huit ou dix ans.
Adieu « mon cher père, je meurs de sommeil; j'ai fait seize lieues et quinze lettres. — - J'ai un congé d'un mois; j'en userai peut-être en mai; mais chut! on me Fêterait.
Perikek.
GXCIII
A MONSIEUR L...., UDRAIBE A PAKIS.
Civita-VeccUia, le 11 novembre 1832.
Je suis véritablement touché^ monsieur, de la lettre aimable que vous avez pris la peine de m'écrire. Je ne suis pas liant d^
LËTTÂ'BS k S£S AMIS. 179
ma nature; les bomme» m'enmiient pour la i^upar^. Par codfiéquant beaucoup de gens seraient charmés de répéter : « 11 ne s'occupe pas de son métier ; voyez, il a le temps d'écrire des f»» daises. » Que serait-ce, si dans ces fadaises il y avait de petites plaisanteries occasionnelles sur les niaiseries utiles aux gens puissants? Que dirait votre ami le Journal des DélHiU? Il est permis de tout dure, pourvu que vous ne parliez ui de ceci, ni de cela; ni de cette autre chose encore^ ce qui tend à nous faire re^ commencer la littérature de TËmpire*
J^ai donc fait un roman dont le.style est, j'espère^ mdns haché que celui du Rouge S deux gros volumes ou trois petits. Si la littérature pouvait me donner trois mille francs {mr an, je vous enverrais le Chasseur vert; car je préfère le plaisir d'écrire de» folies à celui de porter un habit brodé qui coule huit cents francs.
J'ai acheté très-cher de vieux manuscrits en encre jaunie» qui datent du seizième et du dix-septième siècle. Ils contiennent en demi-patois du temps, mais que j'entends fori bien, des historiettes de quatre-vingts pages chacune et presque tout à fait tragiques. J'appellerai cela Historiettes romaines. H n'y a rien de croustilleux comme dans Taliemaut des Réaux ; cela est plus sombre et plus intéressant. Quoique Tamour y joue un grand rôle aux yeux d'un homme d'esprit, ces historiettes seraient Futile complément de Thistoire d^Italie aux seizième et dix>septième siècles. Ce sont ces mœurs qui ont enfanté les Raphaël et les Michel-Ange, que Ton prétend si niaisement recommencer avec des académies et des écoles des beaux^arts. On oublie qu'il faut une âme hardie pour conduire le pinceau le plus habile, et Ton n'arrive qu'à de pauvres diables, condamnés à faire la cour à un chef de bureau pour avoir la commande d'un tableau.
Mais pardon, monsieur, je m'égare, j'imite trop Pindare. Ne montrez pas ma lettre aux demi-sots, et croyez que je serais charnu de vous donner un ouvrage que, par votre talent, vous placeriez rapidement sous les yeux des bons juges, ce qui m*a toujours manqué.
* U vent parler de son roman ayant pour litre : le Rouge et le Noir.
J'éerU maialeflâol un livre qni peut être uoe grande soiiise; e'est Mes Confession^ au style près, comme J.-J. Bonssean, avec plus de franchise. J'ai commencé parla campagne de Ras- Kie en 1812; j'étais en colère de toutes les platitudes de M. de S...., <|ui,lui, veut voler le grand cordon de la Légion d'honneor. A côté 4Ïe la campagne de Russie et de la cour de TEmpercar, il y a les amours de Tauteur; c'est un beau contraste. (Beau ici veut dire grand.) Peut-être la franchise de ce manuscrit le-reudra-l-il trop ennuyeux pour être publié.
On me dit que vous annoncez un fiouveau roman de M. de Stendhal. A la bonne heure: si donc je fais un héritage de (rois mille fîrancs de rente, je vons enverrai le Chasseur vert, qui sera tout fier d'avoir été annoncé pendant deux ou trois ans. Ce ro* man peut aussi s'appeler les Bois de Prémol, si cela vous coovient mieux. Voilà, monsieur, tout ce que je puis faire de liltétaire en ce moment. ^
GXCIV
A MADBMOISELLB S,.... D. «...., A PAR».
Rome,' le 12 janvier 1S33.
Je réponds tout de suite, mademoiselle, aux aimables reproches que vous m'adressiez le 30 novembre. Votre M. *** n'est arrivé qu'aujourd'hui; je ne l'ai pas encore vu. Je suis lout à fait Italien Je compte ne revoir Paris que quand je serai deslilué. Un homme de sens, un nommé Boileau, a dit :
Qae (ieorg:e vive ici, puisque George y sait vivre.
Votre politesse parisienne est devenue un jeu d'échecs, qui demande une attention continue. Et les Français ne sont pas assez amusants. Pour être admis dans les salons de madame la duchesse du Maine à Sceaux (1710), à la bonne heure. Il y avait là deT^*
prit et de Vamour. Dans rabsence de ces deux aimables façon» de passer la soirée, le jeu ne vaut pas la chandelle.
H faul aujourd'hui une certaine impudence comme votre ami D........ et le spectacle seul de cette effronterie de laquais m'est
insopporiable. Je crois qu'il n'y a pas d'envie dans mou fait ; je me sois souvent examiné sévèrement là-dessus. Je ne voudrais pas être ni M, D , ni M. V
A MONSIEUR D... F..., A PARIS
Rome, le 20 janvier 1833.
Cher ami, je deviens plus stupide chaque jour; je ne trouve personne pour faire de ces parties de volant, qu'on appelle avoir de Vesprit, Partant, plus d'imprudence. J'espère, avec le temps, être aussi béte que mon prédécesseur. Vous voyez bien que je ne compromettrai pas votre grave protection. L'amour est un feo qui s'éteint s*il ne s'augmente; vous croyez que je vous parle de ma cervelle, pas du tout; je parle de ma place; si Ton ne songe pas à me récompenser, d'autres songeront à solliciter la place, etc.
Je faisais, de temps à autre, quelque partie de volant avec M. de Sainte- Aulaire ; après lui, il faut laisser la raquette, plus d'idée exprimée à demi-mot.
c Si vous aviez une fille, qui voudriez-vous qu*elle fût : ma< dame la duchesse 4e la Vallière, ou Ninon de l'Enclos? » J'ai répondu bravement : « Ninon. »
Gomment M. Dijon prend->-il la vie? Est-il encore ammareg* giato par le souvenir du triste choléra?
Je voulais commencer ma lettre par cette question : c Comment vous trouvez-vous de la liberté? » — mais j'ai craint votre machiavélisme : c 1^ coquin va me parler de sa place. » Voyez
18t ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.
Teffel de votre haote sagesse; die rend les gens sees et égoïstes malgré cou. Ceci est sérieux, et s'applique, soivaut moi, à loole la sociéié de Paris.
Quand eomptei-vous revoir Naples? Une fois à Nice, on prend un vetturino, pour la délicieuse route de la Gomîehe; G*est voyager sur la tablette de votre cheminée; la mer est le pan|uei, la glace est la crèie de rApennin; des auberges trèspassables et pas Tombre d*un brigand.
A MONSIEUR R... C..., A PARIS
Civita-Vecchia, le 25 février 1853.
Je le remercie de ta bonne lettre du 9 courant. C'est un compte rendu superbe.
Depuis que je ne t'ai écrit, je n*ai été occupé que de quarm' iainea. C'est iH>ur le coup que je suis entré dans le métier; H y a eu orne ou douze mémoires ou notes officielles. Enfin, depuis quinze jours w>s pauvres bateauz peuvent entrer en libre pratique.
L'\ pension de sept cents francs par au à madame F... L... continue el continuera tant que je serai le camarade de Gicàtm*
I/amitié descend et ne remonte pas; j'aime tendrement Clara Gazul, son talent m'enchante ; il est à peu près le seul avec Rcmnger.
Que dit Fleurs du voyage de Dominique? Trente ou quarante jours à Paris coûtent quatorze francs par jour ; car on est i demiHwIde. D'un autre côté l'ennui étouffe ce pauvre garçon. H était cent fois plus heureux au numéro 71 de la rue Richelieu; il lui aurait iallu cinquante louis de rente de plus, et non pas dix mille francs à manger bêtement, par exemple, en voitures qu'il faut avoir ici de certains jours. Enfin, il meurt d'ennui;
LETTRES A SKS AMIS. 185
maift il est bien avec tout le monde, sauf la peiite envie de sociale, mais qui marque peu dans un pays non littéraire.
Fleurs viendra-l*il voir Rome? Fais en sorte que je le sache
avant ; je m'y trouverais, et ce serait pour moi un grand plaisir,
mais j'y compte peu. Quoi de plus curieux, cependant, que de
revoir Ifaples, après trente-trois ans d'absence! Probablement,
si mon nouveau chef est aussi admirable de complaisance que
le précédent, je pourrais accompagner Fleurs; je ne dis pas à
Naples, oà il n'aurait que faire de moi, mais à Florence, Viterbe,
Srâne, Gometto, Tarquinies (admirable par les tombeaux du'
chevalier Nanzi). Les hommes peints ont trois pieds de haut;
on distingue l'expression des traits pendant six mors; l'air,
ensuite, altère un peu les couleurs. Gela semble fait par un élève
du Domini(|uin, et cela a trois mille ans au moins, peut-être trois
mille cinq ans. Je deviens antiquaire en diable. Gependaut il
me reste encore un peu de logique ; je ne regarde pas coiume
vrai tout ce qui convient à mon système.
A MONSIEUR R... C..., A PARIS
Civita-Veccbia, le 20 mai's 1835.
Od a beaucoup parlé des vases étrusques, nous avons pluàenrs ouvrages sur cette matière; mais la plupart des auteurs se sont attachés de préférence à écrire sur les beautés de leur dessin, leurs sujets mythologiques, leur antiquité et leur provenance. Cette dernière question surtout a été l'objet de nombreuses et savuites recherches, et a soulevé des discussions inflniea parmi les savants.
Quelque&-uns prétendent, que les plus beaux de ces vases ont été importés de la Grèce en Étrurie, en appuyant cette opinion sur leur style, les sujets quMls représentent, presque tous tirés de la mythologie grecque, ainsi que leurs inscriptions.
D'autres, »tt cootraire, soutieimeDt quils ont été faits daiis rÉtrurie, selon les principes de l'école grecque, établie à Tar- (|uiuies par les peintres grecs, qu'y conduisit Démarate de Corinihe, Fan 94 de la fondation de Rome, ou 660 ans avant l'^ chrétienne.
Toutes ces questions peuvent bien avoir de l'intérêt pour l'archéologie, satisfaire la curiosité des savants, et peut-être ou jour, à l'aide de nouvelles découvertes, établir avec quelque foodément l'histoire de la peinture eu Italie dans les temps anciens. Mais il me paraît qu'il y a une autre question d'une utilité plus immédiate pour la société eu général, et qui cependant n'a pas été traitée jusqu'à présent, comme elle aurait dû Tètre et avec tous les développements dont elle était susceptible. Je veux veux parler des formes de ces vases, de leur précision, de leur justesse dans le contour et de la position de leurs anses.
Les Étrusques, sous ce rapport, ont surpassé et laissé bien en arrière toutes les autres nations, tant antiques que modernes* Ils possédaient le grand secret de joindre l'utile à l'agréable.
Nous avons, il est vrai, des auteurs qui ont parlé des formes des vases étrusques et qui nous en ont donné des planches; mais ils ne leur ont pas donné toute l'imporlanee qu'elles pouvaient mériter. D'ailleurs, on découvre tous les jours de nouvelles formes, qui, si elles étaient Unitées, pourraient être d'une véritable utilité pour les usages communs de la vie autant qu'agréables à la vue.
U serait à souhaiter que non-seulement chaque État de l'Europe, mais même chaque province pût avoir une collection de vases étrusques aussi complète que possible, pour servir de modèle aux fabriques de poterie.
Il existe dans plusieurs villes d'Italie différentes collections de vases étrusques; mais une des p)us complètes, surtout sous le rapport des formes, est, sans contredit, celle qu'on voit à Civita-Vecchia, dans le cabinet de l'excellent Donato Bucci. On y trouve des formes récenunent découvertes, d'une élégance parfaite et qu'on chercherait vainement dans les musées des grandes capitales, composés à si grands frais. Si le cœur t'en dit, donne-moi tes ordres.
LtTTUEb A SKS AMIS. i«:
A MADAME S...., A l'IEIHA-SANTA (toSGANe).
Rome, le 20 avril 1835'.
J'ai reçu, ma chère amie, voire lettre de Pielra-SuiJt;i du 1*' avril Je trouve que vous urécrivez peu. Eh bieu donc, nous ue serons qu'amis. Je vous reuvoie ci-joint, vu ce cas-là, un papier qui ue signifie plus rien. — Pour me consoler, dounezmioi mille détails. D'abord, quand M. B. faisait la cour à Sophie, jusqu où est arrivé son bonheur ?
S'est-il aperçu de la naissance du penchant que Sophie a pour le marquis Greppi ?
EsVce que je connais ce marquis? Est-il plus beau que moi, j'ai peine à le croire?
Quand l'avez-vous vu pour la première fois ? Vient-il tous les jours et à quelle heure ? De quel pays est-il ?
Pourquoi dites-vous que vous serez malheureuse ? Le seul malheur est de mener une vie ennuyeuse. Sans vouloir vous offenser, car vous savez combien je vous suis attaché, il me semble que la vie que vous menez depuis deux ans peut élrc souvent ennuyeuse. Â Siupposer tout ce qu'il y a de mieux, c'est la vie d'une femme de trente-cinq ans, et vous avez encore beauc<mp de belles années avant cette époque de raison. Mais vous avez besoin d'un mari tel que l'homme de Vignano.
En un mot, chère amie, donnez-moi mille et mille détails. Moi, dans mon chagrin; je me console avec les mesdemoiselles Pauline, comme celle qui se baignait dans la Seine cet été, vous souvient-il, dans la lettre d'Alfred que vous avez lue? Mais c'est
* Ma IcUi'c arrivera mardi ou inererecii procliain, vers le 24. J'ai adouci ce brouillon et ai rendu V\ lellrc plus nniicalc. {\ote de l auteur.)