‹ Une correspondance inédite; (volume 2)Chapitre 62 sur 79 · A MONSIEUR ARAGO, DIRECTEUR DE L OBSERVATOIRE, A PARIS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ARAGO, DIRECTEUR DE L OBSERVATOIRE, A PARIS

Givita-Vecchia, le 5 avril 1836.

Monsieur,

Toutes les citations de sommes cVargent, dans les histoires des dix-septième et dix-huitième siècles, n'ont aucun sens pour un lecteur de 1836*.

' Voir la lettre adressée à M. ïïules Tascbereau, le 26 mars 1834; page 191.

Voilà une belle lacune à remplir poar V Annuaire. Il ne suffit pas, ce me semble» de prendre la valear du marc d'argent aux deui époques. A Paris, moi apparlenant à la classe aisée, je ne puis pas revenir à pied en hiver, à dix heures du soir, de la rue de Babylone à la rue Taitbout; cela semblerait ridicule à la société dans laquelle je vis ; j'aurais la sensation désagréable du mépris. Â Bordeaux, où je passe Tété, je fais fort bien à pied un trajet semblable; je n'encours point le mépris. Voilà Vâément moral difficile à mettre en équation, et pour lequel jlnvoque les lumières de M. Arago ou de ses élèves.

Si Ton suppose exact le relevé suivant :

Le budget du cardinal de Fleury, i726à 1743, portele revenu de rÉtat à cent quarante-six millions, la dépense à cent cinquante-quatre millions : déficit huit millions. Qu'est-ce que cela vent dire en 1836? qu'elle est la somme qui, en 1836, me donne* le même bonheur que cent francs en 1726 ? g Ma position sociale, mes habitudes, sont à peu près celles d'un conseiller au parlement de 1726.

Je n'ose relire ma lettre, et pour ne pas faire une lettre anonyme, je signe la présente.

Je suis, etc.

H. Betlb, Lecteur assidu de Vànnuairt,

A HONSIBVRB A PARIS.

Rome, le 23 avril 1836.

La première chapelle à droite, en entrant dans Téglise d'Aracœli, mon cher ami, e^ peinte à fresque par le Pinturicchio : c'est la vie de San Bernardinode Sienne, lequel était diablement maigre et prêchait la charité.

Parmi beaucoup de pierres sépulcrales placées dans le pavé

LETTRES à SES AMIS. 233

derant cette chapelle, on remarque celle de Pietro délia Valle, faiiienx voyageur. On lit sur la pierre qui lui est consacrée:

•}- BIG REQUtBSGIT PETRUS DE TALLI C. AIA. BEQUIESCAT IN PAGE. AMEK.

On remarque dans celte église plusieurs autres monuments des deila Valle ; mais il m*a été impossible de découvrir le tombeau de Settima, femme de Pietro délia Yalle, que notre ami de Brosses dit y avoir vu ; peut-être les deux corps reposent-ils sous la pierre portant le nom du célèbre voyageur.

Il y a une pierre sépulcrale du Donatello ; c'est celle d'un archidiacre Grivelli, de Milan.

Je m'acquitte enfin de ta commission et t'écris en sortant de réglise de Saint-Louis-des-Français.

Le tombeau de mademoiselle de Montmorin est dans la première chapelle à gauche, appliqué contre le mur de la façade, comme tu sais. Le bas-relief est grossier ; il représente une femme couchée, le bras gauche hors du lit. Les cinq médaillons ont cinq pouces ; ce sont les parents que mademoiselle de Montmorin a perdus. On lit ces mots au-dessous des médaillons :

Quia non sont.

Voici maintenant Tinscription en français, placée au-dessous du bas-*relief :

Après avoir vu périr toute sa famille, son père, sa mère, ses deux frères et sa sœur, Pauline de Montmorin, consumée d'une maladie de langueur, est venue mourir sur cette terre étrangère.

F. A. de Chateaubriand a élevé ce monument à sa mémoire.

Vis-à-vis le monument de mademoiselle de Montmorin est le mausolée qui contient le cœur et la personne du cardinal de Beruis.

Sous le pavé de Saint-Louis on a placé le ccBur de M. le ma-

réchal-dii€ Aimibal d*Esirées; ce pauvre cœur avait atteodd cenl trente ou cent quarante ans dans la sacristie.

Celte église, très-ornce de marbres, est fort laide, parce qu'elle ressemble à nos églises de France. La nef du milieu est très-étroite, comme à Notre-Dame, à Paris. La deuxième chapelle à droite a d'admirables fresques du Dominiquin bien codsenrées. Sainte Cécile distribue ses biens, elle est portée aa ciel. Tout Fintérieur de Saint-Louis, peint par des artistes français, est plat, grossier, inÛme. Les statues de la façade, par M. Lestage, sont atroces; H. Lestage était apparemment de rinstitutde son temps.— Catherine de Médicis donna les sommes avec lesquelles on bâtit cette église, qui fut achevée en 1489, six ans après la naissance de Raphaël. La façade est bien pJale, quoique de Jacques délia Porta.

CCXXVÏI

A MADAME J.. C.y A PACIS.,

P.iris, le 15 septembre 1836.

Ma chère amie.

Ce matin, à onze heures, mon portier m*a remis une lettre fatale. Je suis bien sensible au profond chagrin où vous êtes plongée. D'après ce que vous m'aviez dit des assurances que les médecins vous donnaient, j'étais bien éloigné de prévoir un résultat aussi funeste et surtout aussi prompt. Il faut en revenir à la consolation des paysans : la personne qui vous manque avait fait son temps. Tout ce que la vie donne ordinairement de joies et de peines avait été épuisé par elle. Elle était arrivée à cette époque de l'existence où les peines l'emportent presque sur le peu de plaisirs qui nous restent.

Tout cela est vrai, mais tout cela n'empêche pas les larmes, surtout avec les bons cœurs que vous avez dans votre famille.

LETTAES A SES AMIS. 235

Que &ites-vous? Retournez-voos bienlAl à Saint-Denis? Croyez que je vous aime et que je vous plains bien sincère-

ment.

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