‹ Une correspondance inédite; (volume 2)Chapitre 72 sur 79 · LE SALON DE · texte numérisé non relu

LE SALON DE

A une dame de ynples.

Il aurait fallu piquer la vanité des Suédois de façon qu'ils fissent les frais de transport de ces slatues jusqu'à Paris, où elles auraient rempli une* place vide à Texposition : je veux dire de Yidéal sublime.

Les tableaux de S..., qui font pâmer les belles dames du faubourg Saint-Germain, ne sont qu'un centon de certains tableaux de l'école de Venise, moins le coloris, bien entendu. Tout cela est couleur de vin et a un air triste assez digne. La Marguerite de Faust, qui passe pour le chef-d'œuvre de cet auteur^ n'est qu'une grosse Allemande qui a le ventre proéminent et les joues tombantes. H y a du naturel dans l'ensemble de cette figure ; mais, de toute façon^ elle est le contraire de l'idéal. Le regard de Faust qui devient amoureux serait fort bien pour une tête de

276 ŒUVRES POSTHUMES 1>E STENOUAL.

genre ; le diable n'est pas assez méchant, quoique bien sardonique. Le grand défaut de toules ces figures de S...., c'est que, comme je vous lai dit, elles ont Tair d'une décoction du Tiotoret et de Paul Véronèse; c'est-à-dire, de décoction des ouvrages de leurs élèves, de Carlo Véronèse, par exemple, le fils de Paul. Ce qui séduit les dames, c'est Tair sérieux et digne qu'<m ne peut refuser à ces figures. ,

Cet air sérieux et digne est ce qui manque tout à fait aux trois immenses tableaux de V...., relatifs à Constantine. Ils sont beaucoup moins beaux et moins sérieux que la nature. Cest la nature vue par un homme d'un immense talent, mais qui ne sent rien de cequiest noble. Aussi le public, qui, en général» est plat, admire-t-il beaucoup la vérité de ces assauts. Les soldats ressemblent à d'affreuses grenouilles ; ils manquent de chairs. Le prince naturellement est le centre de tout. L'immense, celui du milieu, estle plus plat; le petit, à droite, le moins froid.

J'ai vu beaucoup de Gudin très-plats et un admirable ; c'est une église de Normandie sur le bord de la mer qui commence à ee retirer. Je n'ai jamais vu la mer si limpide sur les côtes de Normandie.

Je n'ai pu voir encore aucun des quatorze Decarops. Hier soir, au concert du Cercle des Arts, musique criarde, exécrable et étonnamment applaudie. On portait aux nues le Corps de garde turc de Decamps et le Supplice turc du même. On précipite des hommes le long d'un graud mur garni de pointes de fer ; chacun est accroché comme le diable veut.

Les tableaux de dévotion, fabriqués au mont Pûicio, n'ont aucun succès ; on les trouve horriblement plats; on ne rend pas justice à la science profonde. Au reste, comme ils m'ennuient, je ne lésai regardés qu'en passant.

Le chef-d'œuvre de M. Flandrin, c'est toujours, pour moi, les Envieux du Dante ; sou Saint Clair, que j'ai vu à Nantes, est bien triste et bien sec.

Il y a une chose à mourir de rire au salon ; c'est une allégorie de M. Mausaise. 11 est fâcheux qu'on ait permis à ce peintre de profaner la figure d'un personnage auguste et révéré. Sur le premier plan j*:û trouvé une femme nue qui a des appas étt0^

mes et lesyeax bandés ; elle tient une torche pour mettre le feu I>ailont : tous avez reconnu la Liberté. Cette figure est bonne et bi^i peinte ; je la couperais avec des ciseaux. Une autre 4gure, très-boofronne, présente la couronne au roi.

Il y a de charmants poriraits de jolies femmes, peints dans le genre du Dominiquin, par M. Court. Je ne conçois pas comment cet homme n'est pas un grand peintre.

Mes yeux ont été fatigués par une suite énorme d'assez bons poriraits. M. Amaory Duval a peint avec du chocolat le portrait d*une fille laide, que Ton dit un chef-d'œuvre de dessin : je n'ai pu le trouver.

£n général, tons ces peintres m'ont l'air d'ouvriers habiles, mais dépourvus d'esprit et encore plus d*âme ; ils ne voient la dignité que dans l'afiTectation. J'excepte, bien entendu, Eugène Delacroix, duquel ces animaux de l'Institut ont refusé trois ta* bleaux, par envie; les chiens \ M. Court, et peut-être M. Decamps (Raphaël parlant àl'Arioste), que je n'ai pas vu. Les ouvriers en peinture qui remplissent le Louvre devraient bien parler aux gens d'esprit ; ils pourraient peut-être accrocher quelque petit bout d'idée.

CCXLVIll

A MADAME R... C..., A i>ARiS«

Paris, le 9 juin 1839.

* Mon adorable cousine,

Ne pouvant pas avoir de tôte-à-tête avec vous, je prends le parti de vous écrire. Je crains réellement que Colomb ne couve une maladie. Celte figure rouge, le dégoût dont il se plaint, le changement de son humeur, sont des signes funestes.

Je pense que, par vanité, il veut tout faire à son bu^an et

in (EtjVHES f^OSTUliMËS DE STENDUAL.

aussi, poar ne pas laisser prendre pied, comme oo dil, à son lieoiàiaDt.

Comme les femmes, à Paris, peuveol loot, forcez-le à demander oo coDgé de boit joors, pour se soigner. Eu Toyaot sa léle rouge, on le lui accordera.

Enuoeoei-le à Ghaolilly et fiutes>loi mettre quinze saogsoes. (Joe semaioe passée là, daos le seio do bonheur dMoestiqoe et au milieu des grands ari>res, le remettra tout à fait da^ son eut ordinaire. Forcez -le égalemetit à aller à Saint-Germain tous les dimancbes, par le chemin de fer.

Enân, consolez-vous : si vous le perdez, je vous épouserai, comme nous en sommes convenus tous trois.

COTOKËT.

A MONSfEUR D... F.., A PARIS.

Nnples, le 9 novembre 1839.

Le soleil est d*une chaleur accablante. Je loge à la Ville de fiome, à Sanla-Lucia, à cinquante pas de la fontaine ; j'ai voulu aller à Ghiaja, où loge M. Casimir Périer, par Ghiatamone; je rentre à demi grillé et couvert de sueur : voilà le beau de Na^ pies.

Le revers de la médaille, c'est que toutes les femmes sont laides; leur physionomie n*est que la saillie des sensations gros^ sières de la béte. Jamais Tair candide, possible à émouvSir, capable de passion ; jamais sur la figure la saillie de la femme : je ne vois 'que Tétre digérant. J*ai vu deux duchesses, une princesse, deux marquises, qui ne font pas exception ; seulement elles ont Tair souriant de la bonne compagnie. En 1853 j'allai au bal à ràcadémie dei Cavalieri, encore à la mode en 1859; j'y trouvai treize jolies femmes^

LKITIIKS A SES AMIS. 270

M . G P met beaucoup de convenance, de prudence,

à manger on revenu de cent mille francs. J'ai trouvé à dkier chez lui la meilleure compagnie de Naples, un sot qui a dîné avec vous chez M. Garafa, et qui m'a fait beaucoup de questions :

a II est à Passy, en espalier, devant le peu de soleil que le ciel accorde à Paris, » m'a-t-il dit en parlant de vous.

Le Kîng aFidée fixe deTargent; on dit qu'il a réuni cent qua* ire-vingt-cinq millions dans son palais; il ne veut jamais payer personne. On le dit aimable et poli ; je Tai rencontré dix fois ; il est toujours par voie et par chemin ; il aime son ministre des finances, M. d'Andréa, qui dit la messe secca ^

Le roi fait démolir Faugle du bâtiment attenant a son palais vers Toledo, ce qui va dégager d'une façon admirable le théâtre San-Gario, qui est détestable de tous points.

M. le duc de Bordeaux n'a pas été reçu par le pape; H est arrivé comme secrétaire de M« de Levi. 11 f:ût une pauvre figure a Rome. Sa mère s'est hâtée de s'enfuir à Florence, pour ne pas être témoin de cette mauvaise réception.. Adieu ^ mille amitiés*

Giii DarnadI^.

A MOKSiEUU It... C..., A l'AUiS.

Rome, 4 janvier 1840.

Je suis réellement si pressé, mon cher ami, que mou écriture serait Hlisible; c'est pourquoi je prends le parti de dicter ma lettre. Tu as dû recevoir une paire de cornes de bufile» qui t'ont, sans doute, ravi d'admiration. Je te prie de faire porter ces cornes dans le second salon deM* D..i F.... C'est là Texpres* siou de mes souhaits de bonne année.

♦ Sèche. Messe sèche ; la récitation des prières de h messe, sans la éonsecraiion. (R. Gi)

Tout ce que disent lesjouniaux sur le rMe que jcrae ici qd gros jeune homme fort mal bâti est ridtcolemeat faux. L*ambassadeur du roi des Français a donné une fête â laqudle toos les cardinaux ont assisté; il était, à la lettre, impossible de circuler dans les deux magnifiiques^salons du palais Golonna; jamais je ne tîs tant de diamants.

Le jeune homme en Thonneur duquel on fait tant de mcD-

songes est une copie en gros du duc d'Â ; il se dandine

sans cesse d'un pied à Fautre ; eu pariant aux dttaes, il a Tair de réciter une leçon et regarde continueUement son gouveroear, ce qui ne Tempèche point de laisser écbter contre celui-ci des mouvements d*impatience peu polis. On lui a donné tant de

mauvaises habitudes, que M. de 6 aura bien de la peine à

lui faire voir les choses de ce monde telles qu'dles sont. D vil continuellement dans une telle atmosphère de flatterie, qu'il ne se rencontre jamais avec aucune difBculté véritable.

Dès qu'il parait dans un salon, deux de ses courtisans s'approchent des pjersonnes qui portent des gants et les engagent à les 6ter, ce qui a fort choqué les jeunes Romains. On l'inviCe par curiosité ; les intimes de son entourage demandent la liste des personnes engagées et effacent toujours cinq ou six noms; remarque que ce sont des noms italiens. Cette effaçade et Tbistoire des gants ont fait juger fort sévèrement ce pauvre jeune homme; on ne comprend pas que ces choses doivent être attribuées uniquement aux têtes étroites qui l'environnent. -

Le prince a le teint superbe et de beaux cheveux blouds; il est gros, entassé et mal fait ; sa figure rappelle beaucoup celle de Louis XVI. 11 parle 'd*une façon singulière, du haut delà lé(e, et ses phrases ne sont pas du français de nos jours. On lui a enseigné l'art de n'exprimer jamais une pensée décidée. Il ne dil point : c Ce cheval est bon ou mauvais. » H n'a pas de feu dans l'œil ; ce n'est point là le regard d'i^n futur conquérant. Je dirais plulôt qu'il a le regard et les mapières emmiellées ; loul est chez lui d'une douceur compassée. Au^total, le prétendant a l'air très-bonj très-doux ; il parle bien de toutes choses; mais oa sent que c'est une leçon apprise, sans aucun mélange d'improvisation. Si, au lieu d'un proscrit, c'était un jeune duc du Dmi-

LI^TTRES A SES AMIS. i^81

bourg Sainl-€ermain, orné de cent mille livres de reote, il au- ' raitde grands succès et serait le chevalier Graudisson des geos pensant bien. Le pauvre malheureux n'a pas vu un palais ou uue statue sans être environné de huit ou dix officiers, qui semblent avoir pour mission expresse d'empêcher tout bon sens d'arriver jusqu'à lui. En somme, il n'a'pas le diable au corps. On remarque habituellement chez lui, dans ses gestes, dans ses paroles, quelque chose de fade et d'appris par cœur. En se dandinant, en fléchissant tantôt un genou, tantôt l'autre, il dit à toutes les femmes :

« Y a-t~il longtemps que madame est à Rome? madame compte-t*elle y rester encore bien du temps? »

11 baisse les yeux en prononçant ces paroles spirituelles et semble fort occupé du chapeau qu'il tient de la main droite.

Ce qui fait beaucoup de tort à ce prétendant, c'est l'amabilité franche, naturelle, *pl^in6 de feu, du grand-duc héréditaire de Russie, qui était ici il y a un an. C'était un prince tout militaire, sans façon, joyeux et bon. Il n'a rien de barbare, mais ne tient jamais en place, et semble l'ami intime de ceux de ses officiers avec lesquels il se trouve. En un mot, ce jeune Russe fait un contraste parfait avec le prétendant français Tous deux ont des figures allemandes et fort bonnes ; mais le nôtre a l'air niais et l'autre a l'air gai. D'ailleurs, tous les gens qui environnent le jeune duc sont horriblement mal mis et ont l'air cuistre. Les dames romaines ont même remarqué que les gens de la suite puent.

À MONSIEUR ...., A PARIS

Ci vita-Veccllia. le... janvier 1840.

Monsieur,

Je n'ai point été à Rome, et je n'irai de longtemps; ainsi, je n'ai rien de bien détaillé à vous mander sur M. le Blanc.

282 (BUVnES t'OSTHUMES DE STENDHAL.

A Vienne, H demanda à M. de Melternich la permission de voyager eu Iialic; on lui répondit en Tinvilantà ne pas sortir des possessions de la maison d'Autriche en ce pays.

Il paraît que Son Excellence M. l'ambassadeur de France près du saiût-siége eut avis que M. le Blauc était à Bologne; il figurait sur le passe-port de M. de Lévi en qualité de secrétaire. Son Éminence monseigneur le cardinal Lambruschini, secrétaire d'État, répondit à la note française en donnant à M. Tarobassadeur l'assurance que jamais M. le Blauc n'entrerait sur le territoire romain : le surlendemain M. le Blanc était à Rome.

Notre saint-père le pape refusa de le recevoir ; mais lui envoya un cameriere segrelo, pour remplir auprès de lui les fonctions de chambellan ; c'est l'usage pour les princes appartenant à une maison souveraine.

CCLH A Monsieur k.».. it.., a rAnis.

Civlla^-Vecdiii, le 12 janvier 18i0.

Uu voyageur, monsieur» a-tMl jeté quelques pierres < dans votre jardin? Je les ai trouvées dans un mouchoir un peu détérioré) à six pieds sous terre.

Pline, ce vantard, n'a pas parlé des tombeaux de Cornelo (ancienne Tarquinies). Gela ne montre-t-il pas qu*ils sont plus anciens que lui ?

Quant aux pierres, j'en ai trouvé du siècle de Maximien^; rien de moins ancien.

Ne me répondez pas par politesse ; je vous dégage de cet ennui.

Le roman est-il mort? Pourquoi ?

' 11 s'agit de deux pierres gravées antiques.

^ L'empereur Maximien monta sur le trône Tan 286 de l'ère dirétienoe.

LETTRKS A SES AMIS. 285

Que foDl les daines, qui s'ennuient à la campagne, de huit à dix heures du soir? Est-ce tout simplement qu*on ne lU plus les romans de M. Lottin *?

Rome a été bien amusante depuis deux mois. Rien d'héroïque dans i*œii, bien éduqué, voiià toul^.

Continuez, monsieur, à être honnête homme, et à dire ce que vous pensez, même quand Tauleur femme a une belle gorge.

Tout à vous.

Fabrice.

A MONSIEUR D... F...., A PARIS

Civila-Veccliia, le 29 janvior 1840.

Cher ami,

A vous, ancien employé du gouvernement, jVnvoie ce projet de lettre, qui ne contient aucun secret. Rien de plus vrai que les faits allégués par moi. Sur cent étrangers qui passent ici (et en 1859 cinq mille sont allés à Rome) cinquante veulent voir le célèbre brigand Gasparone, et quatre ou cinq M. de Stendhal.

Ce consulat n'était rien avant 1831 ; maintenant c'est un des plu& occupés, c'est un bureau de poste. Cette nuit, j'ai été réveillé à cinq heures par un courrier venant de Rome, et il fait si peu froid que je lui ai donné audience en chemise.

Si vous approuvez lu lettre, mettez-la à la poste ou à la porte du ministère. Si vous ne l'approuvez pas, gardez-la dans les

* M. Lottin de Laval, auleur d'un roman historique dont Rassompierrc éLiit le héros. (R. C.)

* 11 est question du duc de Rordenux, qui séjourna à Rome en janvier 01 février 1840. (R. C.)

4g| ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHAL.

archives de la maison Uu Flores. Le même bateau eoiporte les pierres anlMittes à Marseille. J'ai bit le paqoet 11 y a trois joars; je ne me souviens plus do nombre. Deux ou trois sont très-bien ; mais peut-être le golit, à Paris, esl*â aux antipodes du goût de Rome!

La plus belle découverte faite depuis un siècle, ce sont lesonze statues éeCerveterif ville grecque, qui avait un traité avec Cartilage. Je les ai admirées avant-hier soir et hiei* matin. Gela vaut trente mille francs ou cent mille ; il faudrait les faire pr6ner en Angleterre. Le Tibère assis est superbe ; je Tai reconnu par les yeux, ressemblant à ceux du buste ^. — A propos, dans le paquet, il y a une pierre reconnue pour un Tibère par les érudils de Givita-Vecchia ; on pourrait Taltacber au cou du buste ou au piédestal ; mais le paysan du Danube n*a pas le tact qu'il faut pour parler de telles choses.

J'ai fait monter en cachet une jolie tète que l'orfèvre forçat a cassée. — Jugez de la barbarie àCerveieri, il n'y a pas un cabaret pour coucher ; nous avons vécu, trois antiquaires affamés, avec onze alouettes tuées par nous. Je ferai une fouille en mars.

Jacques Durand'.

A UONSIEDR r..... C..., A PARIS.

Civila-Yecchia, le 29 janvier id40.

Hier, mon cher ami, je suis. allé à Cerveteri, ancienne ville étrusque, à vingt-deux milles de Givita-Vecchia, sûr la route de

* Il s'agit d'un buste antique de Tibère, acheté par Beyie au moment où il venait d'être trouvé dans une fouille près du cap Mysène, et ofTert en juin 4839 à M. le comte Mole, comme un témoignage de profonde gratitude. (R. C.)

* l.a lettre qui devait accompagner celle-^i n'a pas été retrouvée.

LETTEKS A SES AMIS. . «85

Rome, pour voir les statues déjà célèbres de M. Paul Galabresi.

Le 10 janvier» M. (]aiabresi, faisaul enlever les pierres d'une vigne à lui, située sur le mamelon de tuf volcanique derrière Gerveteri, a découvert onze statues de marbre, la plupart plus grandes que nature ; deux assises à demi nues sont colossales : on n'a trouvé jusqu'à présent que neuf têtes. — Les tètes et les bras ont été travaillés dans des morceaux de marbre séparés, de façon que les têtes peuvent s'èter à volonté.

Les deux statues nues, de proportions colossales, dont Tune me semble apparlenir à Tibère, sont fort belles. — Des statues colossales de femmes drapées sont remarquables, surtout par la hardiesse avec laquelle le marbre a été attaqué; deux statues d'hommes, également drapées, viennent ensuite.

Deux statues, revêtues de cuirasses fort ornées, me semblent inférieures, quoique oiïrant toujours la même hardiesse dans la façon dont le marbre est travaillé. Une tête de jeune femme, trouvée seule, est fort belle.

Le travail de la plupart de ces slatues me semble apparlenir au siècle d'Adrien ; elles pourraient représenter des personnages du siècle d'Auguste. J'ai vu aussi beaucoup de fragments de draperies d'un travail remarquable. Il y a bien des années que Ton n'a fait une découverte de cette importance. Pourquoi ne vieudrais-tu pas voir ces belles choses ?

Ces statues ont été probablement cachées dans un puits de vingt-cinq j^ieds de profondeur, creusé dans le tuf volcanique, peut-être pour servir de tombeau.

Le caractère particulier des statues de Gerveteri, ce sont les tètes coupées en rond, au bas du cou, de façon à pouvoir être enlevées. C'était peut-être une collection de statues appartenant à une maison de campagne située sur une colline, à une lieue de la mer ; elles auraient été cachées un peu avant un pillage.

On trouve des détails sur l'histoire de l'ancienne Cœre, maintenant Gerveteri, dans Texcellent ouvrage de feu le professeur Nibfoy, sur les environs de Rome. — La ville étrusque de Cœre est connue par le traité qu'elle conclut avec Carthage. Rien de plus triste que le village qui porte le nom de Gerveteri ; encore est-il désolé par la fièvre. Quelques savants placent la ville de

tore quatremillesplas au nord, auUeooù'se trouve le village de Ceri, ducbc de doo Alexandre Torionia.

A MONSIEUR D... F...., h PARIS.

Givtta^Vecchin, le 29 mars 1840.

Je suis tout honteux quand je pense à la longue lettre à laquelle vous vous êtes cru obligé, il y a un mois. Quel saut pour une grenouille galvanisée ! — Avant-hier, quatre pouces de neige ici et à Rome, ce qui arrive tous les dix ans.

M. de G...I ayant voulu ûnasser, en faisant demander son aodience à Sa Sainteté par un prêtre en crédit et non par M. Lunbruschini, n*a rien obtenu ; puis il est revenu au cardinal secrétaire d'État, qui a fait la sourde oreille ; ensuite au prêtre, qui Fa trouvé ridicule. Il était déshonoré auprès de la finesse italienne, il obtient enfin son audience, et oublie net de parler à Sa Sainteté du rétablissement des oratoriens, objet prétendu de son voyage à Rome. A peine dans rantichambre, il s'aperçoit de son oubli et fait demander un supplément d'audience, chose qui ne se fait jamais. Le pape, qui est la bonté même, accorde en souriant, et ce Français, qui passe pour si fier à Paris, prend la fuite pour éviter les sifQets anonymes.

J*ai eu de fortes migraines; je pteuds de la belladonna elje viens d'acheter un fusil. Au total, vaut-il la peine de vivre?

A. L. Champagne.

A MONSIEUR R .. C...., A PARIS

Civiu-Vmhia, le 20 mai 1840.

Avant-hier, M. Fermy. homme élégant qui tient le meilleur hôtel de Rome, place d'Espagne, est venu me voir. Ayant gagné beaucoup cet hiver, il va visiter Paris et Londres. Je lui ai remis vingt médailles pour mesdemoiselles Colomb. Ces médailles leur sembleront horribles. Il faul les laisser traîner sur la cheminée. Au bout d^in an elles auront guéri une de ces demoiselles de Tadmiraiion pour les plates affectations des lithographies.

Il u*y a qu'un pas de Thorreur pour ces affectations à Thorreur p6ur le vaudeville et les faussetés du roman moderne.

Tu recevras, par rhôtcl des Capucines, trois petites médailles de Constantin, trouvées sous dix-huit pieds d'eau, dans le port de Civita-Vecchia. Elles occupent le centre d'un paquet de papiers d*un pied cube. Le doigt du facteur ne peut doue avoir la fatale sensation de la pièce de monnaie; mais la petite poste? Je regretterais vivement ces médailles, destinées à tes filles.

Je t'envoie par une autre occasion quatre paquets de pierres antiques ; elles ont été trouvées à Cerveleri, ville étrusque antérieure aux Romains, le 28 août 187)0. Ce sont de petites cornalines dont la gravure est généralement médiocre ; mais n'est-ce rien qu'une antiquité de deux mille cinq cents ans, et peut-être davantage ?

Si le cœur t'en dit, ouvre les paquets, choisis pour toi d'abord et distribue le reste aux personnes dont tu trouveras les noms joints au!i paquets. Les plus estimées par les antiquaires sont étrusques et horriblement laides. J'en ai gardé une pour moi ; lu la verras à mon cachet dans huit jours ; un forçai de Civila- Yeechia m'y f;)il un manche en ébène ; s'il te plaît, tu n'as qu'à parler.

CCLYll

^ HONftiEUft B...» COLONEL DU 2* RÉGIIIENT DE CHASSEURS A CHKVAL

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