AVERTISSEMENT
Lorsque ces Lettres, — jusqu'alors entièrement inédites, et dont je crois que l'existence même n'était connue que de peu de personnes, — ont paru, cette année, pour la première fois, dans la Revue des Deux Mondes, on les a lues avec l'empressement de curiosité que provoque la publication de toute espèce de Coirespondance, et qu'on devait bien d'ailleurs au nom de Prosper Mérimée. Seul, en effet, ou presque seul de tous les romantiques, Mérimée a eu les qualités d'un « épistolaire », et notamment la
Il AVERTISSEMENT.
première, qui est de ne pas parler uniquement de soi dans ses lettres. Le Moi, toujours haïssable, n'a peut-être, en effet, besoin d'être nulle part plus <( couvert », comme disait Pascal, que dans une Correspondance ; et c'est ce qui distingue les Lettres des Mémoires, où l'on est admis à plaider auprès de la postérité la cause que l'on a perdue devant ses contemporains. Aussi, avons-nous dans notre littérature beaucoup de Mémoires. Nous ne manquons pas non plus de Correspondances, qui intéressent l'histoire de la littérature ; nous en avons bien plus encore qui importent à la biographie d'un écrivain ou d'un artiste ; mais nous en avons moins qu'on lise, qu'on puisse lire pour elles-mêmes et pour elles seules, pour le seul agrément du tour, pour l'envie de plaire qu'elles respirent, pour l'accès ou l'entrée qu'elles nous donnent, si je puis ainsi dire, dans une conversation spirituelle, élégante et polie. Les Lettres de Mérimée sont de ce petit nombre : celles de Sainte-Beuve, de George Sand, ou de Flaubert lui-même n'en sont point.
AVERTISSEMENT. l"
Non 1 l'intérêt n'en est vraiment pas là, mais ailleurs ; et il faut avoir pour les lire d'autres raisons que de les lire.
Une autre remarque à faire sur le sujet de cette Correspondance inédite, c'est que le ton en diffère sensiblement du ton de Mérimée dans le recueil de ses Lettres à Panizzi, ou dans sa Correspondance avec ses inconnues. Rien de plus naturel, si, dans un véritable « épistolaire », le ton de ses lettres dépend bien moins de lui que de ses correspondants. Madame de Se vigne n'écrivait pas du même ton à madame de Grignan et à Bussy-Rabutin. Ici, le Mérimée sceptique, moqueur, souvent cynique des Lettres à Panizzi, — osons dire le mot, le Mérimée « poseur », — s'est changé en un Mérimée décent, respectueux, parfois même mélancolique : c'est presque un Mérimée nouveau.
Regretterons-nous, à ce propos, de ne pouvoir nommer la personne à qui ces lettres étaient adressées ? Il suffit que, pour avoir imposé ce changement de ton à l'auteur de cette célèbre plaquette sur Henri Beyle, qu'on