Kœnigsegg à Charles VI, le 30 avril 1726. W. S. A
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faire la reine, et parce qu'il s'imaginait que, tou es choses s'arrangeant à son gré, il la ferait facilement et glorieusement. Quand il avait vu ses calculs déçus, il avait hésité et cherché à reculer l'échéance. Mais déjà il était trop tard : les bravades, auxquelles l'avaient emporté son exubérance et sa présomption, avaient exaspéré ses adversaires, et, maintenant qu'il ne cherchait plus la guerre, on la lui imposait. Il allait l'entreprendre dans les pires conditions : aucune de ses fameuses réformes n'était accomplie, l'Espagne restait sans vaisseaux et sans soldats; les galions (la dernière ressource) risquaient d'être enlevés en chemin; enfin, tandis que la France suivait fidèlement l'Angleterre, il n'était pas sûr d'entraîner avec lui l'Empereur, envers lequel il n'avait pas tenu ses engagements et qui prenait peur. Sa grande « machine » était le Prétendant, et ce n'était pas avec une aussi faible carte qu'on pouvait jouer une aus-i grosse partie.
Si le lecteur nous a suivis jusqu'ici, et si nous lui disons que notre héros en est aux derniers jours de son pouvoir, sans doute il pensera que la chute de Ripperda a été amenée par sa politique extérieure et quMl est tombé sur la question de la guerre, — soit que Philippe V et Elisabeth aient aperçu à temps le danger, soit que l'Empereur soit intervenu pour les éclairer et ait exigé d'eux le renvoi du ministre. Il n'en est rien. La reine attendait de la guerre la réalisation de ses espérances et la satisfaction de ses rancunes; elle la souhaitait avec une rage têtue de femme ignorante et passionnée; elle s'inquiétait peu des moyens pratiques de la faire et des conditions dans lesquelles Ripperda l'engageait, pourvu qu'il rengageât. Quant à TEmpereur, il était assurément peu belliqueux, mais il ne savait pas encore à quel point la paix était compromise; d'ailleurs il était persuadé que la présence de Ripperda aux affaires lui garantissait la fidélité de FEspagne ; les quelques repréGentations que la cour de Vienne fit faire à Madrid, par exemple au sujet du Prétendant, furent très modérées; l'ambassadeur Kœnigsegg, nonchalant, préoccupé d'éviter les querelles, en adoucit encore les termes ; il les présenta toujours directement à Ripperda et n'excita pas contre lui les souverains espagnols. En résumé, ce n'est point par les tendances générales de sa politique extérieure, si
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imprudemment belliqueuses qu'elles fussent, que Ripperda a ruiné son crédit : c'est bien plutôt par ses procédés, par sa manière d'agir. El là encore il faut distinguer : ses intrigues secrètes ett ses mensonges n'ont été découverts qu'après sa chute; ce qui sautait aux yeux, ce qui a excité rirritation et la défiance à son égard, ce sont ses incohérences, ses indiscrétions et ses cachotteries.
Le roi et la reine remarquaient qu'il croyait trop facilement toutes les gazettes et toutes les nouvelles : à la merci du premier bruit qu'on lui rapporte, tantôt il représente la guerre comme inévitable, tantôt il s'abandonne à Tidée de maintenir la paix ou tout au moins de gagner du temps; par suite ses mesures sont changeantes et incertaines, et ses discours contradictoires : un jour il assure au roi qu'il aura assez d'argent, que les magasins sont remplis, que les troupes sont prêtes à marcher et qu'on les mobiUsera en huit jours, le lendemain il déclare que Ton manque de tout; — avec cela il ne peut garder aucun secret : dans la chaleur de la discussion, il se laisse emporter si loin vis-à-vis des ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande que Slanhope se vante qu'il lui découvre pour rien dts secrets qu'auparavant il aurait payés des milliers de livres ; — enfin on ne sait plus bien de ce qu'il machine : il commence à se permettre de ne plus soumettre au roi les affaires qu'en gros; il ne lui montre ni les instructions qu'il envoie aux ambassadeurs espagnols à l'étranger, ni leurs réponses ; il agit en cachette et sans ordres \ — Ces réflexions
i. Conversation de Kœnigsegg avec Philippe V et Elisabeth; Kœnigsegg à Charles VI, le 30 avril 1126. W. S. A.
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que le roi et la reine communiquèrent, à la fin, à Kœnigsegg, Tambassadeup impérial les avait faites dd son côté depuis longtemps. A plusieurs reprises il les avait insinuées timidement, dans ses dépèches à Gliarles VI et à Sinzendorf ^ Il les exposa librement quand Leurs Majestés Catholiques se furent ouvertes à lui : « Je ne veux pas parler, écrivait-il à Charles VI, des connaissances spéciales que Ripperda peut avoir dans la marine, le commerce elles finances ; mais quant à la politique, j'avoue qu'il a de si bizarres maximes, si peu de sagesse et de prudence, que je n'ai rien vu de pareil chez aucun ministre, en tant de cours où j'ai résidé'. » Et a Sinzendorf : « En vérité je ne sais plus comment venir à bout de Ripperda. Il a des hauts et des bas dans ses idées et ses desseins, qui ne sont pas d'un grand ministre et homme d'Élat, comme il prétend de l'être ; et depuis son élévation et sa grande autorité, il me paraît qu'il s'en fait accroire un p9u trop lui-même, décidant souverainement de tout, et ne faisant aucune attention à toutes les bonnes raisons et conseils qu'on lui propose. Et le pire de tout est que, selon que les avis des pays étrangers varient, il s'alarme où il s'endort dans ses dispositions*. »
Voilà le ministre des Affaires étrangères, jugé non parses ennemis, mais par les souverains qui l'avaient élevé au pouvoir et par l'ambassadeur qui avait ordre de l'y maintenir. Ripperda, cependant, ne s'était pas seulement chargé de la politique exté-