Ibidem
II
avons vu en quel triste état était Tarmée espagnole. Incapable d'assurer la sécurité extérieure, elle menaçait maintenant la paix intérieure. Personne ne lou* chant la solde, les officiers allaient « mendier la portion dans les couvents » et négligeaient le service, les soldats maraudaient, se rebellaient; il y avait journellement des désordres dans les troupes et Ton craignait une sédition militaire».
Les fonctionnaires civils n'étaient pas payés non plus. La déroute des finances était complète. lUpperda ne trouvait pas une pistole à emprunter en attendant les galions : ses brusques manières avaient rebuté et effrayé les négociants auxquels on recourait d'habitude pour les anticipations, et personne ne se fiait plus à traiter avec lui". Le peu d'argent disponible allait aux agents secrets qu'il entretenait un peu partout, et l'on sut plus tard qu'il avait fait passer de grosses sommes à son fils, à Vienne.
Enfin le cours même de la justice était suspendu. En s'immisçant dans les tribunaux, Ripperda, qui n'avait aucune pratique des lois espagnoles, retardait plusqu'ilne pressait la solution des affaires 3. Jl avait, par décret, autorisé les particuliers à porter plainte contre les magistrats pour déni de justice, et les plaideurs mécontents augmentaient la confusion*.
L'anarchie, avec la guerre étrangère et la guerre civile en perspective, voilà les bienfaits dont l'Espagne lui est redevable. Une clameur universelle
1. KœDigsegg à Charles VI, le 16 mai 1726. W. S. A. Adoncourt à Morville, Rayonne, le 11 mai 1726. A. E. Espagne, 344.