‹ Une cour et un aventurier au XVIIIe siécle [microform]. Le Baron de Ripperda, d'après des documents inédits des archives impériales de Vienne et des archives du Ministère des affaires étrangères de ParisChapitre 79 sur 130 · Kœnigsegg à Charles VI, le 16 et le 27 mai 1726. W. S. A · texte numérisé non relu

Kœnigsegg à Charles VI, le 16 et le 27 mai 1726. W. S. A

ville et une réponse lant soit peu moqueuse du ministre français, — et l'on apprit avec stupéfaction les tentatives auprès du duc de Bourbon! Ormond et Liria, inquiets de l'aventure où allait se lancer leur maître, vinrent confier leurs craintes à la Paz, — et l'on découvrit l'intrigue avec le Prétendant I Le roi, la reine, Kœnigsegg et la Paz, en s'y mettant tous les quatre et en reprenant les affaires ab ovo, suèrent sang et eau pour tirer les choses au clair. On courut après les agents que Ripperda avait expédiés aux quatre points cardinaux. Ormond rattrapa Wharton avant qu'il eût quitté l'Espagne. L'ambassadeur à La Haye, Saint-Philippe, alla à Amsterdam arrêter un certain comte de Lambilly, que Ripperda avait envoyé en Russie avec les instructions les plus extraordinaires : Saint-Philippe réussit à mettre, à temps, la main sur Lambilly et sur ses papiers, mais le vieil ambassadeur avait fait si grand'diligence qu'il en mourut deux jours après. Enfin prière fut faite à l'Empereur d'arrêter le baron de Ripperda et son secrétaire Henri Wiespien, s'ils cherchaient à s'enfuir; Sinzendorf alla à l'ambassade espagnole, mit sous scellés tous les papiers et essaya de se faire rendre des comptes ; le jeune Ripperda et Wiespien reconnurent d'abord avoir reçu 190000 ducats, puis avouèrent encore 6000 doublons et c quelque autre argent > , qu'ils avaient touché par l'intermédiaire d'un négociant de Prague, nomméMoser, et l'on vit, parles registres de la douane, qu'un certain Juan Henrique Hoff, à Vienne, avait encaissé, au nom du duc de Ripperda, jusqu'à deux nîillions et demi de florins *.

1. Kœnigsegg à Charles VI, les 3, 4, 5 et 6 juiu et h 14 août 1726; pour Lambilly Rousset, Recueil^ 111, p. 165-166.

UNE COUh Et UN AVENTURIER

Cependant on ne fit pas le procès de Kipperda. On déclara qu'il n'était coupable que de sottise, d'indiscrétion et de « brouilleries ». On ne connut pas ses révélations à Stanhope, qui constituaient sa véritable trahison. Un procès aurait ébruité trop de choses qu'on tenait à garder secrètes. On trouva plus commode de le laisser au château de Ségovie.

AU XVni« SIÈCLE

Vin

Il y resta deux ans. Sa femme vivait à Madrid. Son fils, relevé de sa charge d'ambassadeur, resla à Vienne et s'y maria. Il était complètement oublié, lorsqu'au mois d'octobre 1728 les gazettes rappelèrent sur lui l'attention. Il s'était évadé. Il avait gagné la servante du gouverneur et le caporal qui montait la garde devant sa chambre, et il s'était sauvé avec eux, laissant dans son lit son domestique. Le gouverneur ne s'aperçut de sa fuite qu'au bout de vingtquatre heures. Voilà un gouverneur bien négligent — ou bien stylé; pour toute punition il fui, mis aux, arrêts avec son lieutenant, et le domestique, le fidèle Jacob, fut rendu peu après à la liberté.

Ripperda atteignit sans encombre la frontière portugajse. A Lisbonne il s'embarqua tranquille ruent pour Londres, d'où il gagna la Hollande, sa première patrie*.

M lis il n'en avait pas fini avec les aventures. Quatre ans après, nous le retrouvons — au Maroc. A La Haye il se lia avec un drôle de sa trempe, un Espagnol, nommé Pérès, qui faisait le personnage d'ambassadeur du sultan de Maroc auprès des États-Généraux. Ce Pérès lui persuada de le suivre en Afrique, où il retournait. Mulley- Abdallah venait de monter sur le trône ; des troubles avaient éclaté ; l'Espagne, dési-

1. Gazelle d'Amsterdam, année 1728, numéros des 5 et 12 octobre et du 7 décembre.

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reuse de montrer sa puissance dans la Méditerranée et d'affermir son influence sur la côte africaine, metlait les circonstances à profit et préparait une expédition. L'humeur inquiète, le désir de se venger des Espagnols, l'espoir de faire une nouvelle fortune entraînèrent Kipperda et il partit avec Pérès.

Il s'est formé une légende sur le séjour de Kipperda au Maroc. On a prétendu qu'il embrassa le mahométismCj devint général en chef du sultan et, sous le nom d'Osman-Pacha, dirigea les opérations contre le corps expéditionnaire espagnol en 1732. Celle lable, qui a prévalu dans nos livres S a couru les gazettes au moment de la mort de Ripperda*. Elle a le mérite de la symélrie : ambas>adeur prolestant des États-Généraux, minisire catholique du roi d'Espagne, généralissime musulman de MuUey- Abdallah, voilà un beau balancement d'antithèses. Malheureusement, elle n'est pas absolument exacte. Si l'on en croit les correspondances envoyées d'Afrique à la Gazette d' Amsterdam pendant l'expédition de 1732, le rôle de Ripperda a été beaucoup plus modeste. Après avoir abordé à Tanger, il rendit visite au sultan, en fut bien accueilli, mais n'en reçut aucune charge, et s'établit à Tétuan en simple particulier. Sa présence dans cette ville fut révélée aux Espagnols d'une façon certaine par la capture du valet de chambre Jacob, qui s'était sauvé en emportant les hardes de son maitre. Il n'est point parlé de Ripperda dans le récit des opérations autour d'Oran et de Mostaganem, qui furent les faits principaux de

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